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 Une fête en l'honneur de Clio !

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Maelys Dremm
Ne connait pas ce mot
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Date d'inscription : 14/02/2014

MessageSujet: Une fête en l'honneur de Clio !   Dim 25 Mai 2014 - 10:56

La fête traditionnelle en l'honneur des muses. Tout le monde s'y prépare depuis quelques semaines, et malgré le nombre restreint d'Artistes au sein de Muzenn, une certaine effervescence règne. Car c'est aux Tresadenn d'organiser l'évènement et fierté oblige, il faut faire les choses bien. Maelys aime cette atmosphère studieuse, elle est propice à la Création. Et n'est-ce pas à cette occasion qu'il faut faire valoir son Talent ?

Et puis le jour tant attendu arrive.

Les Familles se sont réunies au cercle de pierres, elles chuchotent entre elles, font courir des rumeurs. Neuf menhirs les entourent. Qu'ont donc préparé les Tresadenn ? Cela sera-t-il à la hauteur de leur réputation ? Maelys trépigne d'impatience, cherche des yeux quelques personnes connues. Judi est-il venu ? Elle l'espère mais au fond, elle a l'impression qu'il n'apparaîtra pas. Elle aurait aimé lui montrer ses œuvres mais elle n'en aura sûrement pas l'occasion. Elle soupire.

Il lui manque.

L'agitation commence à emporter les personnes présentes. Ils attendent, mais pas d'Appoline Tresadenn en vue. Où donc a-t-elle bien pu passer ? Madame aime se faire désirer. Quelques photographes prennent des souvenirs, des têtes célèbres. Les murmures se font de plus en plus forts. Maelys se déplace à travers la foule, elle se faufile entre les adultes qui ne lui adressent même pas un regard, pauvre adolescente invisible. Pauvre Artiste perdue.

Puis du bruit.
Des acclamations.
Elle arrive ?

_________________
Maelys écrit en crimson.
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Jeanne d'Outreleau
Scotch double face
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Mar 27 Mai 2014 - 20:35

Au premier rang, Jeanne gardait les yeux fixés sur le menhir face à elle, les mains crispées sur la bougie qu'elle tenait contre son ventre. À côté d'elle, il y avait sa petite sœur, Victoria, qui avait pris la même posture qu'elle. À sa droite, son père et sa mère aussi, étaient présents. Il y avait foule, ce soir-là, si bien qu'on voyait s'étaler les gens jusqu'à plus de cinquante mètres derrière elle. Ce n'était pas surprenant, tous les habitants du château de Muzenn étaient présents, et le monde était venus de partout de France, voire d'Europe, pour la commémoration de Clio. Sa mère lui serra fort la main avant de la lâcher, et elle sentit sa pression sanguine se faire plus forte. Appoline Tresadenn se faisait attendre, comme d'habitude, lorsqu'il s'agissait de soirées officielles dans ce genre-là. Il ne fallait pas oublier que c'était une vraie Tresadenn, alors elle le rappelait comme elle le pouvait ; créer le manque, ce type de choses. Jeanne, elle, n'était pas impatiente, parce que ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à une fête en l'honneur d'une Muse, et parce qu'elle savait comment cela fonctionnait. Il y avait du bruit, sans doute des gens impatients qui n'en pouvaient plus d'attendre, et qui s'occupaient comme ils le pouvaient. Jeanne ne perdait ni son sérieux ni sa concentration. Elle adressa un sourire au fils d'une famille que ses parents avaient l'habitude de côtoyer, par politesse.

Et puis, dans le groupe face à elle, l'on vit les gens s'écarter pour laisser assez – un peu trop même – de place pour qu'une grande jeune femme à la taille fine, les cheveux rougeoyants, et habillée d'une longue robe blanche. Elle marcha encore un peu jusqu'à atteindre la petite estrade que monsieur Cabedoce avait prévu à cet effet.

Appoline Tresadenn venait d'arriver.

Le monde, soudainement, se mit à applaudir et à s'extasier devant elle. Jeanne ne broncha pas, laissa les gens crier pour elle. Sa sœur non plus, ne fit pas un seul geste pour montrer son enthousiasme – et pourtant, elle l'était tellement, enthousiaste. Appoline Tresadenn lissa sa robe d'un geste de main, avant d'adresser un grand sourire à l'assemblée, flattée de la réaction qu'elle avait escomptée et qui s'était avérée juste. Elle attendit quelques secondes que le silence face place avant de prendre la parole, de sa voix claire, distincte et forte :

- Bienvenue à Muzenn.

Appoline Tresadenn posa ses mains sur la tablette face à elle, comme pour se mettre à l'aise.

-  Avant de commencer la cérémonie, je souhaiterais remercier tout particulièrement monsieur Cabedoce, sans qui cette fête n'aurait pas eu lieu. Merci également à vous tous, chers membres des Familles, d'être venus pour cette soirée en l'honneur de Clio, Muse de l'Histoire.

Alors qu'elle terminait sa phrase, elle s'octroya une seconde de silence pour reposer sa voix, avant d'attraper de ses deux mains un large et long volumen qu'elle brandit au dessus de sa tête.

- J'ai, ce soir, pour glorifier Clio, fait parvenir le même rouleau de papier appartenant à la Muse : Le Thucydide.  Je m'en suis inspirée pour la cérémonie qui va avoir lieu dans quelques minutes.

Elle reposa délicatement le volumen sur la tablette et tourna la tête derrière elle pour qu'un Sonnen se mette un jouer une musique enchanteresse. Puis, alors qu'elle reprenait sa posture pour regarder face à elle, elle fit un signe à une Tresadenn, proche des menhirs. Soudain, les blocs de pierres se retrouvèrent couverts de peintures toutes plus belles les unes que les autres. Appoline se gargarisa des exclamations qui se firent entendre de partout dans la foule. Elle n'attendit pas plus longtemps pour faire un signe à un Luskan, et Jeanne éloigna aussitôt la bougie de quelques centimètres du tissu de sa robe, et la mèche s'enflamma, comme toutes les autres bougies. Appoline donna le Thucydide à un Tresadenn derrière elle avant de se baisser pour de se redresser aussitôt, une clepsydre dans les mains qu'elle posa avec délicatesse sur la tablette face à elle.

- Et maintenant, le temps, parce que l'histoire embrasse tous les lieux et toutes les époques.

Il y eut l'orage, et la pluie, très vite, pour éteindre les bougies. Appoline Tresadenn remercia très brièvement un Luskan du regard. Jeanne sentit l'air froid se coller à sa peau, alors que l'averse cessait aussi vite qu'elle avait commencé.

- Afin de terminer la cérémonie, j'appelle Jeanne D'Outreleau.

Jeanne tendit calmement sa bougie éteinte à sa petite sœur, avant de s'avancer lentement vers Appoline. La femme Tresadenn lui tendit la main que Jeanne attrapa gracieusement, en un sourire. Appoline lui murmura un « Je t'en prie. » et Jeanne s'écarta lentement d'elle, son regard toujours ancré dans le sien, avant de lui tourner le dos pour s'approcher d'un menhir. À l'assemblée, elle déclara :

- Si certains d'entre vous veulent bien me suivre...

Et elle entra à l'intérieur du menhir le plus proche. Merci Maelys Dremm.
Elle se trouva soudainement dans un gigantesque salon d'un tout aussi gigantesque manoir – elle le devinait parce qu'il y avait de gigantesques fenêtres qui donnait sur un gigantesque jardin. Un vieil homme avec un chapeau Homburg entra dans la pièce et lui fit une révérence  en même temps qu'il enlevait sa coiffe et Jeanne mit quelques secondes à le reconnaître, avant de l'imiter. Elle avança à pas lents dans la pièce, pour pouvoir bien observer chacun des portraits présents sur les murs. À quelques pas d'elle, elle reconnut son grand-père et sa grand-mère, toujours en vie  à l'époque, discuter et rire avec La famille des Familles. Elle s'éloigna doucement d'eux pour aller dans un autre coin de la pièce, et esquissa un sourire en voyant une petite fille de quelques mois, les cheveux déjà très roux, se faire prendre de bras en bras par toutes les personnes présentes autour du berceau. Jeanne avança encore un peu jusqu'à atteindre le bébé, et lui attrapa la main en soufflant doucement :

- Faustine te ressemble tellement.

:
 
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Cael Dremm
Le gars aux cheveux violets
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Mar 27 Mai 2014 - 22:21



« Ça vous dit de faire la fête ? »

Une phrase toute simple. Banale. Anodine. Sans intérêt, même. Qu’il a répété une douzaine de fois. Dans son intérêt. Une sacrée fête. Douze réponses. Sept positives, seulement. Pas étonnant. C’était pas son domaine, la fête. C’était pas clair. C’était Cael. Sept, bien parti. Puis cinq, confirmées. Juste assez. Le reste coulerait de lui-même.

« J’réalise un projet de photographie. Sur une soirée dans un cadre atypique. »

Terriblement atypique. Neuf menhirs et une foule en délire. En plein délire. Il menait son petit groupe à destination. Garés pas loin, ils avançaient dans la forêt. Faites-moi confiance, j’ai les coordonnées en tête. Le seul moyen d’y accéder, la logique. Sa logique. Ils sont quatre derrière lui. Des phares projettent des ombres effrayantes dans le bois. D’autres arrivent. Les étudiants rennais aiment sortir. Qu’ils suivent les roses.

« C’est dans un petit village en campagne. Organisé par une école d’art. Vous savez comment ils sont, les artistes… »

Tout un bouquet, qu’il égrainait fleur par fleur. Poucet excentrique. On se refait pas. Les discussions s’écoulent tranquillement. Il y participe, de loin. Ces gens n’ont d’intérêt que pour le rôle qu’ils servent. Offrande inattendue à la grande dame des Tresadenn. Elle sera ravie de l’attention, n’est-ce pas ? Et ses parents. Ils seront si fiers. Leur fils revient.

« N’amenez ni alcool ni drogue. Il y aura tout ce qu’il faut pour votre plaisir sur place. Faites-moi confiance. Et prévenez qui veut. Plus on est de fous… »

Plus je ris. Nous y voilà ! Plus d’arbres. Seules ces pierres dressées contre le vent. Et ces âmes perdues au centre. J’arrive vous délivrer de votre idiotie. Parmi ce groupe de tête, Cael n’est réellement proche de personne. Il y a bien cette blonde avec qui il a partagé plus que quelques cours. Mais elle est accompagnée. D’un brun, quel manque de goût. Et Allaude. Ou Alaude. Un L, je crois. Serveuse à Muzenn. C’est elle qui a fait germer l’idée. Elle fut enthousiaste dès le début. Étrange personne. Son mari est là, aussi. Et d’autres suivent. Mes roses bleues.

« Nous y voilà. J’vous laisse vous familiariser avec les autres, vous mettre à l’aise. J’vais me tenir au courant des évènements et trouver les meilleurs points pour la photo. J’vous retrouve plus tard ! ~ »

Ou pas. Maintenant qu’ils étaient lâchés, il ne répondait plus de rien. Il sortit son portable, répondit sans superflu à ceux qui souhaitaient s’incruster au dernier moment. Bien sûr ! Et se contenta d’un mot à son seul – presque – allié. Arrivé. De l’eau recouvra son écran tactile, d’un coup. Le temps qu’il lève le nez, la pluie avait disparu. Bienvenue en Bretagne ? Ohh, j’ai déjà entendu ce nom. Y’a longtemps, ou pas. Et… Ohh ! Parfait ! Elle venait d’entrer dans le menhir. Flash. Flash. Flash. Discret ? À quoi bon. J’ai déjà les cheveux violets.

Les autres n’étaient pas encore entrés dans la foule. À peine s’étaient-ils timidement approchés, ne comprenant certainement pas les codes de ce rassemblement. Ils n’avaient rien vu. Et ne verraient sans doute rien. C’était la clé de l’expérience. Qui du Profane ou de l’Art aurait le dernier mot. Une poignée d’étrangers pouvaient-ils ruiner cette cérémonie si méticuleuse ? Ou, à l’inverse, seraient-ils témoins du moindre détail, de la moindre incohérence à leur réalité ? Qui sait ? Moi. Bientôt.

Les dernières fleurs tombent, délaissées, dans la foule. Pour ne pas s’encombrer. Il n’en retiendra qu’une. Le reste est superficiel. Il serpente entre les gens. Et arrive à destination, près d’un menhir. Le tableau est joli. Oui. Mais sans importance. Aucune à côté de l’artiste, discrète, qui siège à côté. Même de dos, il n’a aucun doute. Toujours aussi petite, lueure. Il se faufile, doucement, jusqu’à elle. Tapote son épaule.

« On dit que vous êtes la prodige à qui on doit ce décor. Je ne pouvais passer sans vous féliciter. »

Un genou au sol, la main tendue. Une dernière rose. Rouge.


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Indigo. C'est MA couleur.
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Alaude Le Mézec
Alouette, gentille Alouette...
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Mer 4 Juin 2014 - 16:32

« Chéri, chéri ! Regarde !

-Je regarde, je regarde... »

Habillée de couleurs vives, véritable petit clown au milieu de tenues qu'elle juge trop rigides, la demoiselle – dame, pardon – croise les bras dans son dos et étouffe un rire, se laissant aller contre l'épaule de son époux. Le bras qu'il passe autour des siennes est aussi rassurant et protecteur qu'il sert de muselière à sa joie et son enthousiasme ; trop heureuse d'être là, bien trop bruyante et lui tellement rabat-joie. Elle est contente, elle exulte, elle respire la vie et brille de son humeur plus que festive.
Il faut dire que si la jeune femme adorait les fêtes, elle les adorait d'autant plus quand ce n'était pas elle qui les organisait – et d'autant d'autant plus si elle y était invitée, ce qui avait été le cas ici. Accompagnée de son cher et tendre crispé et presque réticent à l'idée de rester, mal à l'aise au milieu de Familles qu'il n'avait jamais aimé et dont il ne se sentirait jamais tout à fait partie intégrante, elle avait entreprit de sauter un peu partout et de tourner sur elle-même pour manifester son contentement. Sourde et aveugle à tout ce qui la dérangeait, amusée d'une averse si rapide qu'elle se demanda si elle l'avait rêvée, elle tournait le dos aux événements qui n'avaient d'existence pour elle que leur nom et peut-être quelques bribes de rêves : elle ne voulait rien savoir et son corps, comme pour l'aider, la faisait tourner au rythme de paroles qui auraient dû l'interpeller mais qui, en lieu de cela, ne faisaient que l'intriguer vaguement pour être oubliées la seconde suivante. Elle aurait aimé retrouver d'autres têtes connues, s'amuser peut-être de voir des personnes qu'elle n'avait croisé qu'une ou deux fois sourire bizarrement tout en se demandant intérieurement quel pouvait être le nom de cette énergumène, et où ils avaient bien pu la rencontrer ; la présence de son mari lui suffisait, cependant. Elle savait se contenter de ce qu'elle avait, surtout si c'était quelque chose d'aussi précieux et intéressant que son époux. Elle avait bien failli devoir venir seule, tellement il avait traîné des pieds, mais finalement sa présence était rassurante et salvatrice. Entourée d'inconnus, aussi douce et délicate soit-elle – et elle l'était, bien sûr... – Alaude n'avait guère mieux à faire qu'embêter tout le monde : ce n'était pas au goût de chacun et, parfois, on finissait par gentiment lui sous-entendre d'aller ailleurs et elle s'en retrouvait si attristée qu'elle faisait la tête tout le reste de la soirée.
En présence de Corentin, au moins, elle était sûre de ne pas rester seule. C'était le principal. Quelle que soit l'issue de cette fête – tiens, des menhirs ? – et quelles que soient les festivités prévues – oh, une tête blonde ! – rien n'empêcherait Alaude de faire ce qu'elle entendait, de voir ce qu'elle voulait, d'entendre ce que bon lui semblait. Elle n'avait jamais été du genre à ouvrir de grands yeux ébahis sur ce qui était nouveau pour elle – ou du moins plus depuis des années. Avant, elle aurait accueilli la magie avec tout ce qu'elle avait de foi en elle, pour en rire et en pleurer et battre des mains : maintenant, ses yeux se fermaient et son esprit avec eux, comme pour l'empêcher de se heurter à des murs que son scepticisme lui-même n'aurait su briser. Chacun sa façon de se protéger. Elle avait la sienne bien à elle, toute particulière et très efficace.

« Oh, j'ai faim. Tu crois que je peux –

-Alouette, du caaalme. C'est déjà bien que tu puisses être là.

-Rabat-joie. »

Sa moue ne l'émut pas.
Quel cœur de pierre.

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Suite à de violentes menaces de mort, Alaude a décidé de parler en firebrick.
Corentin parle en steelblue.
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Teo Cioban
Taggeur Turbulent
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Sam 7 Juin 2014 - 10:03

- Teooo, c’est la fête de Clio !
- Gweeen, c’est bien ta veine !

La petite, bien vissée sur les épaules de son frère qui l’amenait au cercle des menhirs, explosa de rire. Teo aimait les fêtes des Muses – il y avait toujours une ambiance phénoménale, des gens partout, de la lumière, de la musique. Etre en Artistes créait comme un lien invisible entre les gens, un lien qui faisait qu’ils se sentaient… en famille. Et puis c’était chez lui, ici – il n’avait pas raté une seule fête depuis sa naissance, à part… à part… Non, il n’avait pas envie de penser à cette fois-là.

- Teooo ?
- Gweeen ?
- Est-ce que tu crois aux Muses ?

Ohlà, question bien trop sérieuse pour un jour de fête ! Et question à laquelle il ne saurait pas trop comment répondre… Il en connaissait, des Artistes qui vénéraient les Muses, qui gardaient à leur cou un pendentif à l’effigie de l’une ou de l’autre, et qui les priaient tous les soirs. La chapelle désaffectée de Muzenn était, parfois, leur lieu de rendez-vous… Ils les remerciaient pour l’Art, ils les remerciaient pour les Talents, l’Art qui mettait des couleurs dans la vie… Lui ? Il y avait cru, à une époque, à leur existence réelle, en plus que de l’image figurative qu’elles créaient. N’avait-il pas un Talent, après tout ? Ne parlait-on pas des Muses depuis la Grèce antique ? Et puis sa mère y croyait, et sa mère lui avait tout appris. Mais plus maintenant. Plus depuis… Non, il n’avait pas envie de penser à cette fois-là.

- Pas vraiment. Mais on ne peut pas savoir, tu sais !
- Maelle y croit.
- Depuis qu’elle est toute petite.
- Tu crois que si on prie Clio le jour de sa fête, et qu’on fait des choses assez géniales en son honneur, elle pourra changer le cours de l’Histoire ? Tu crois qu’elle peut sauver Dana ?

Teo serra les doigts de Gwenaëlle dans sa main, tendrement, et elle fit de même. Il ne pouvait pas voir son visage, elle qui était au-dessus de sa tête, et elle ne pouvait pas voir le sien non plus, mais elle devinait dans son ton une véritable détresse derrière tout son courage…

- On peut essayer.

Il avait arrêté il y a longtemps, mettant sa confiance dans les sciences médicinales plutôt que dans les Muses… Mais il y avait des médecins Artistes, des Dorn qui peut-être avec l’aide des Muses pourrait l’aider.

Dommage que les Cioban soient bien trop pauvres pour pouvoir jamais se payer leur service.

Mais ce n’était ni le lieu ni le moment d’y penser – c’était la fête de Clio, et ils étaient censés s’amuser. Teo se mit à courir, et Gwenaëlle hurla sur ses épaules, criant qu’elle allait tomber. Mais elle savait bien qu’il ne la laisserait jamais tomber… Ils rejoignirent Lucile, un peu plus loin, qui leva les yeux vers sa petite sœur.

- Mais, tu es plus grande que moi !
- Oui ! Je suis la plus grande de tout le monde ! Je peux voir super loin !

Ils arrivèrent au Cercle des Pierres. Teo sourit en reconnaissant Emilie, Sonia et Gab dans la foule. Ils attendaient – ils l’avaient supplié de lui donner des détails sur la Fête avant l’heure, mais rien à faire, il n’avait pas lâché le morceau. Il préférait qu’ils aient la surprise. Ça avait beau été les Tresadenn « purs » qui avaient organisés le gros de la fête, Teo et Lucille avaient tous les deux donnés un coup de main.

Apolline apparut. La pluie tomba. Les bougies flambèrent. Les menhirs s’animèrent. Teo fit descendre sa petite sœur de ses épaules, et celle-ci fonça dans l’un des Tableaux.

- Lucile…
- J’y vais, t’inquiète pas !
- Merci !

Teo sourit, puis s’engouffra dans un autre Tableau.

Un tableau étrange. Tout semblait noir et blanc, dans le fond, avec des créatures humanoïdes étranges, longues et squelettiques. Une petite musique de noces s’entendait… A une table, un homme aux cheveux roux portant un énorme chapeau était assis à une table, buvant le thé, entouré d’autres chapeaux. Il riait, l’air fou. [Cadeau pour celui qui devine Wink0]

Maelys avait fait du bon boulot. Il sortit du tableau, et - son téléphone sonna l’arrivée d’un message. Sloan, sa sœur ainée.

Y a un con à la fac qui a invité des profanes à la fête de Clio. J’ai entendu pas mal de monde en parler, et les étudiants en médecine ne  seront pas les derniers à arriver. Je suis avec l’un des groupes qui arrivent, là, je vais essayer de les emmener dans la mauvaise direction. Si j’attrape celui qui a fait ça, je lui ferai regretter d’être biotique et je lui ferai subir une apoptose dans les règles. Préviens les Tresadenn.

…Je fais ça.

Voilà qui allait être encore plus drôle que prévu. Teo fonça vers Apolline, et s’adressa à elle, essouflé.

- Madame Tresadenn.

« Madame Tresadenn » tourna à peine la tête, pour voir qui venait l’importuner en pleine discussion, et, ne le reconnaissant pas, se retourna vers ses interlocuteurs. Teo insista.

- J’ai un message d’importance pour vous.

Elle tourna à nouveau les yeux vers lui.

- Et à qui ai-je l’honneur ?
- Teo Cioban, de votre Famille.
- Puis-je savoir ce qui vous amène ?

Bon sang ce qu’il avait du mal avec les codes des Tresadenn purs.

- Ma sœur étudie à Rennes, madame, et m’annonce que les étudiants ont eu vent de la Fête qui a lieu ce soir en l’honneur de Clio. Des profanes sont en route et ne devraient pas tarder à arriver…

Apolline eu l’air légèrement perturbée par la nouvelle, et fronça les sourcils de colère.

- Qui a fait ça ?
- Aucune idée.
- Je vous remercie, Monsieur Cioban. Je ferai le nécessaire pour… éviter toute inconvenance. Vous pouvez retourner payer vos honneurs à la Muse Clio.

Teo hocha la tête, et se retourna pour partir, alors qu’Apolline disait que le Réseau entendrait parler de ça aux deux adultes et à l’adolescente blonde qui étaient devant elle. Il n’eut pas le temps de s’éloigner qu’il vit Jeanne sortir du menhir le plus proche.

- Jeanne !

Il se dirigea vers elle, faisant basculer son sac à dos sur le ventre pour pouvoir l’ouvrir et en sortir son gilet.

- Salut, ça va ? Je t’ai ramené ton gilet, tu l’as laissé la dernière fois ! Il est tout propre, pas d’inquiétude !

Et il lui fourra le gilet dans les mains, sans voir, dans son dos, les regards médusés du groupe de Tresadenn qu’il venait de quitter.

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Le Clown
J'ai un gros nez rouge, deux traits sous les yeux
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Sam 14 Juin 2014 - 21:14

Le Clown rit.

Il aimait les fêtes de Muzenn – des années, déjà, qu’il ne s’y était pas rendu, et c’était bien la première fois qu’il était à une fête organisée par les Tresadenn. Elles étaient très, très différentes de celles des Luskan… Beaucoup plus… solennelle, disons, la pluie, les bougies, les coups de théâtre – bien que le théâtre soit du domaine Luskan – ils aimaient le drame et les coups de projecteurs.

L’univers des tableaux tourbillonnait, intriguant, mais le Clown ne s’en approcha pas. Lui, il passait au milieu des gens, incongru, bariolé, et il… donnait des ballons.

Passant devant un garçon qui tendait une rose rouge à une jeune adolescente, il lui fourra la ficelle d’un ballon de la même couleur dans la main, à la place.

- Cadeau !


A peine fait, et disparu déjà, avec, derrière lui, simplement le souvenir de carreaux dansants sur les rétines, un peu comme les points de couleurs qui papillonnaient dans ses yeux à lui quand il était sur le point de tomber dans les pommes. Il aimait la foule. La foule empêchait les regards de se fixer plus de quelques secondes, il existait pour tous, il était multiple, et pourtant il n’avait pas le temps de devenir quelqu’un de précis, défini, il était flou, mouvant, disparu déjà, nous l’avons déjà dit. Ça avait quelque chose d’exaltant, de laisser son Talent d’acteur ricocher dans tous les sens, comme une balle rebondissante.

Il tapa sur l’épaule d’une petite femme rousse et, avec un grand sourire, lui tendit un autre ballon, rouge lui aussi.

- Cadeau !
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Tessa Andedräkt
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Jeu 19 Juin 2014 - 21:40

Les mains dans les poches de son jean, Tessa se dirigea vers le cercle de pierre. L’endroit mythique de Muzenn, la ville mythique, était tout particulièrement difficile à trouver. Heureusement, elle avait reçu toutes les indications nécessaires au château pour ne pas trop se perdre. Ça tombait bien, puisqu’une fête mythique préparée par les familles mythiques s’y déroulait. En arrivant tant bien que mal à l’endroit prévu, les rires, murmures excités, exclamations de joie à se retrouver et toute autre forme d’interaction sociale audible animait le cercle. Chaque menhir portait une peinture et bientôt, une femme à la prestance non négligeable s’avança pour présenter les évènements. Elle ne se présenta pas. Après tout, la fête n’était pas pour elle, mais pour les muses.

Jeanne initia le pas vers les tableaux et Tessa suivit le petit groupe qu’elle menait, autant par curiosité que par envie de la saluer. Dernière de la file, elle traversa le menhir. C’était un peu comme rater une marche. On se sentait vaguement basculer et hop ! On était ailleurs. L’ailleurs était assez froid et guindé. Un homme chapeauté s’amusait à saluer un peu tout le monde et toute l’attention était portée sur un poupon à la chevelure fine mais flamboyante. Il n’y avait pas trop de monde mais comme chacun s’arrêtait un peu partout, il n’était pas aisé de circuler. Si ce n’était pour l’homme chapeauté, les autres personnages peints ne semblaient pas réellement se soucier des apparitions d’étrangers.

Dans quel univers étaient-ils ? Etait-ce un espace-temps différent ? Où les habitants vivaient une vie tranquille et réelle pour eux ? Comment cela fonctionnait exactement ? Passer au travers de choses n’était plus tellement étonnant mais, là il y avait comme un nouveau monde. Les habitants de ce monde étaient-ils des personnes à part entière ?  La normalité d’un Artiste était difficile à accepter, et même en tant qu’Artiste, Tessa ne pouvait que tenter d’en comprendre le fonctionnement alors même qu’il n’y avait rien à comprendre. C’est de l’Art. Encore plus que l’art, la compréhension n’en fait pas partie. Il est.

Perdue dans ses pensées, Tessa eu tout juste le temps d’apercevoir Jeanne disparaitre par là où ils étaient tous arrivés. Son salut était compromis. Curieusement, certains personnages lui ressemblaient un peu. La posture pour certains, les yeux pour d’autres… D’autres encore, rien du tout. Mais chez deux ou trois personnes, Tessa voyait comme un déjà-vu. Elle réprima un frisson. C’était très solennel.

La blonde barmaid se dirigea vers une porte au fond de la grande pièce pour tenter de l’ouvrir. Le monde s’étalait-il ? Apparemment, pas ici. La porte ne s’ouvrait pas. Peut-être que le monde n’existait que dans les limites du tableau. Ou peut-être l’accès avait-il été limité pour éviter de perdre des gens… Mais sérieusement, comment ça fonctionnait tout ça ? Pas l’entrée dans le tableau mais la vie qu’il y avait dedans. Pouvait-on fuir vivre dans un tableau si la vie nous lassait trop ? Aaaah, c’était énervant !

Tessa grimaça de mécontentement. Si elle commençait à tout réfléchir, elle n’allait jamais pouvoir profiter de la fête et de tout ce qu’il y avait à y faire. Le mieux restait de sortir.

Dehors, l’animation était encore là et il y avait même un clown qui donnait des ballons. Il en avait donné un à un jeune homme à la chevelure originale, qui semblait accompagner celle que Tessa reconnut comme Maelys, puis il disparut. La blonde cligna des yeux en se demanda s’il avait jamais été là mais le ballon était bien présent, son moyen de transport avait bien été réel. En y repensant, ça faisait très décalé un clown avec l’ambiance prévue pour la soirée. Certes les gens étaient animés, mais il n’en demeurait pas moins une ambiance grave qu’Apolline avait parfaitement représenté par son entrée.

Un tableau attira le regard de Tessa. Un fou au chapeau (lui aussi) buvait le thé avec ses compagnons chapeaux.

- C’est quoi ça ? Alice aux pays des merveilles ?

Tessa s’en approcha pour rentrer dedans et de son doigt tenta d’entrer en contact avec la peinture. Et c’est exactement ce qu’elle fit. Elle entra en contact. La texture était bien de la peinture. De la bonne peinture oui.

- Bah… c’est con ça.  Ils ont pas "Talentisé" tous les tableaux ?

Elle se pencha sur le côté du menhir pour voir s’il y avait un mot quelconque. Un panneau hors service. Quelque chose. Si ce n’était pour le tableau, le menhir était à nu. Elle soupira. Peut-être celui-ci faisait-il autre chose. Penchée, elle le fixa intensément en attendant de voir, sentir, vivre ce qui allait probablement se passer.

HRP:
 
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Alexandre de Narjac
L'Elephant avec une couronne
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Dim 22 Juin 2014 - 21:45

Oh ! Cael... Rappelle-moi de t'offrir une voiture après tout cela. Tu as réussi à mettre en vrac tous les plans possibles et imaginables tout en m'accordant une opportunité en or que je vais m'empresser d'exploiter. Merci, mon frère.

Avec l'aplomb d'un chef d'orchestre agitant sa baguette, je pianotai sur le clavier de mon portable. Rapide et efficace comme ceux de ma génération savent l'être, tout en évitant soigneusement de sombrer dans le raccourci facile du langage "SMS". Les mots s'alignent. Il y a des profanes autour, je ne sais pas si le poids supplémentaire que je leur confère aura un quelconque effet, mais essayons tout de même. Pas qu'il soit nécessaire, mais autant mettre toutes mes forces dans la partie. C'est un grand coup, dont les répercutions dépasseront certainement cette simple nuit.

A celles et ceux qui avaient comploté avec moi et aux autres Artistes qui m'avaient remis leurs numéros, je fis circuler un message clair, net, dépourvu d’ambiguïté et enrichi de coordonnées GPS. Pas n'importe lesquelles. Celles du manoir...

Un ou deux détails supplémentaires fournis à mes alliés pour qu'ils assument leur nouveau rôle, ainsi qu'une précision quant à l'assurance qu'ils auraient la place d'honneur une fois là-bas vinrent former le second message, réservé à un nombre plus limité.
Un troisième était spécifiquement destiné à Cael et le dernier à mon majordome pour qu'il prépare les lieux. J'avais prévu de quoi célébrer une victoire, pas accueillir la fête au complet, mais Boris était d'un niveau de compétence frisant le surnaturel.

Une fois cette série envoyée, je songeai à relayer l'info par le bouche à oreille, mais la série de sonneries en cascade autour de moi formait une si belle symphonie que cela me sembla inutile. Le message passait à une vitesse incroyable et, déjà, de petits groupes quittaient les lieux. Ni une ni deux, j'en fis autant. Un hôte se devait d'être là pour ses invités.

Oh ? Le message ? Un simple :

Citation :
- The show must go on -
Présence de profanes au cromlech. La fête se poursuit au Manoir de Narjac (coordonnées ci-dessous). Faites tourner l'info. Restauration et rafraîchissements gratuits, ainsi qu'espaces pour les Artistes disponibles sur place.
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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Dim 22 Juin 2014 - 22:26

Elle garda sa main autour de celle du bébé quelques secondes encore, avant de la lâcher. Elle, la petite, l'ignorait superbement, et Jeanne se dit qu'elle avait pris cette habitude bien tôt, de faire semblant de ne pas voir les gens quand elle n'en avait pas envie. Faustine aussi, avait ce don-là. C'était étrange de retrouver des similitudes comme ça, à vingt ans d'écart.
Les yeux toujours fixés sur le poupon, elle fit un pas en arrière, et encore un, et encore un, avant de s'en éloigner assez pour se retourner, sourit à ses grands parents qui n'étaient plus qu'à quelques mètres d'elle avant de passer à travers la peinture pour retrouver les siens.

Quelle erreur, d'être sortie à ce moment-là. Elle aurait du attendre, elle l'avait compris à la seconde où elle avait mis les pieds dehors. Elle aurait voulu se gifler d'avoir été aussi idiote. Pourquoi n'avait-elle pas dialoguer avec ses grands parents ? Pourquoi n'avait-elle pas admirer les peintures sur les murs ? Simplement quelques secondes, pas plus, juste assez pour qu'il s'éloigne et qu'il ne la remarque pas. Jeanne ferma les yeux une seconde, comme si elle attendait que l'impact la propulse de nouveau dans le menhir, mais il ne se passa rien, il n'y eut que la voix de Teo pour la ramener sur terre. Elle rouvrit les yeux, fronça les sourcils. Les regards d'Appoline Tresadenn et de ses parents lui brûlaient la peau, et ça ne pouvait pas être que dans sa tête, non, parce qu'elle se savait être en train de rougir de honte. Elle ne répondit pas à Teo, elle ne lui dit pas qu'elle allait bien – elle n'allait pas bien, il la mettait dans une position particulièrement inconfortable. Elle ne lui dit pas non plus que ça n'allait pas. À quoi bon ? Elle ne le remercia pas non plus, et puis, il partait déjà sans avoir l'air de s'offusquer, alors... Le gilet dans les mains – ça avait été un automatisme de le récupérer, ou était-ce Teo qui le lui avait mis quand il avait remarqué qu'elle ne tendait pas le bras ?, elle referma les yeux une seconde. De la paix, elle priait, pas de question, par pitié. En même temps, il fallait mettre un terme aux interrogations qu'ils se posaient tous. Teo n'était pas un vrai Tresadenn, du moins pas aux yeux de ses parents ni d'Appoline, et Jeanne n'avait pas envie de se faire remarquer, pas ce soir alors qu'ici, à Muzenn, loin de tout le monde, tout se passait bien. Elle n'avait pas non plus l'intention de retourner chez elle, mais si on l'obligeait, alors elle n'aurait pas d'autres choix. Il fallait couper court à tout, tuer dans l'oeuf toutes les suppositions, afin que tout continue d'aller bien. Alors, elle rouvrit les yeux, tourna la tête vers eux et expliqua, le plus naturellement possible alors que c'était si dur, de ne pas trembler :

- Il a tâché mon gilet dans l'atelier avec de la peinture, alors il me l'a rendu lavé.

Appoline hocha la tête, sans répondre. Ses parents non plus, ne firent pas de commentaire. Jeanne s'autorisa un pas vers eux, alors qu'ils reprenaient leur conversation. Victoria, sa petite sœur, lui adressa un sourire avant de se rapprocher d'elle pour lui souffler dans l'oreille :

- Il a dit que des profanes étaient sur le point d'arriver.
- Qui a dit ça ?
- Celui qui t'a rendu ton gilet.

Jeanne fronça les sourcils avant de lever les yeux au ciel. Les profanes en route ne l'inquiétaient pas du tout, Appoline saurait quoi faire pour arranger la situation, maintenant qu'elle avait été mise au courant. Ce qui l'agaçait, c'était qu'il se soit approché d'eux, maintenant, ils savaient tous qui il était, et ce n'était une bonne nouvelle pour personne. Elle aurait voulu qu'il ne vienne pas à la fête en l'honneur de Clio. Victoria reprit, tout sourire :

- Quand il a interpellé Appoline, elle s'est retournée, mais elle ne l'a pas reconnu, alors elle fait semblant de ne plus le voir du tout.

Jeanne lui rendit son sourire : Dans le menhir, elle venait de vivre la même chose, sauf qu'elle n'avait même pas eu l'honneur de recevoir un regard de sa part. À côté d'elles, ses parents et Appoline Tresadenn continuaient de discuter du problème des Profanes, Jeanne tendit l'oreille, et apprit que Faustine n'allait pas tarder à arriver au Cercle de Pierres. En effet, elle fit son apparition quelques minutes plus tard, Jeanne lui adressa un sourire poli que Faustine lui retourna. On lui expliqua le problème avec les Profanes et, comme la d'Outreleau, la Tresadenn ne sembla pas s'en inquiéter plus que ça, sa mère allait s'en charger et tout se passerait pour le mieux pour le reste de la fête.
L'aînée d'Outreleau n'avait pas de poche sur sa robe, mais la cadette, si. Lorsque le téléphone de Jeanne sonna, c'est Victoria qui lui tendit son portable, non sans jeter un regard à l'émetteur. Elle leva un sourcil parce qu'elle ne reconnaissait pas le nom. Jeanne leva les yeux au ciel - encore -, avant de prendre le téléphone archaïque  dans ses mains, appuya sur quelques touches pour connaître la teneur du message qu'on venait de lui envoyer.

Citation :
- The show must go on -
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- … Appoline ?
- Oui, Jeanne ?
- Alexandre de Narjac vient de m'envoyer un message, regarde.

Jeanne s'approcha d'Appoline qui tendit la main pour attraper le téléphone et lire le message présent dedans. Elle écarquilla les yeux, Jeanne eut l'impression qu'elle voulait hurler, mais qu'elle n'y arrivait pas. Au même temps, elle tourna la tête vers Faustine et comprit qu'elle pensait pareil. Elle sourit, et Faustine fit de même. Appoline Tresadenn finit par ouvrir la bouche, avant de parler doucement, mais ses mots étaient durs et tranchants :

- Je savais que Muzenn n'était vraiment plus ce que c'était.
- Qu'en est-il ?, demandait Louis d'Outreleau.
- Un parvenu de Prederi vient à l'instant de ruiner ma fête en l'honneur de Clio.
- Quoi ?!, s'insurgea Marie d'Outreleau.
- Il invite tous les membres des Familles à aller dans son minuscule manoir pour terminer l'hommage.
- Il est fou , murmura Jeanne.
- Et il le payera, répondit Appoline.

Elle lui rendit son téléphone et Jeanne le serra très fort dans sa main, comme pour l'écraser, mais elle n'y parvint pas. À côté d'elle, Faustine demanda si on y allait à cette fête, oui ou non, et Marie et Appoline répondirent en cœur que non, bien sûr que non, quelle question. Jeanne recroisa le regard de Faustine pour sourire de nouveau.

- Jeanne, va au château préparer tes affaires, cette nuit, nous terminons la cérémonie au manoir Tresadenn. Il est hors de question qu'on se mélange à cette population de sauvages.

Elle en avait voulu à Teo, elle était passé à un centimètre de la catastrophe, quelques minutes plus tôt, mais passer une soirée calme et tranquille était vraisemblablement trop demandé pour toutes ces personnes avides de pouvoir. Pourquoi ne pas avoir laissé faire Appoline ? Elle s'était toujours chargée de ce genre de problèmes et aurait sans doute réussi à gérer celui-ci, mais non, il fallait que l'on casse ses plans, et que l'on lui donne une mauvaise image de ce qui ressemblait le plus à un foyer pour Jeanne. Ce soir, c'était une soirée en l'honneur de Clio, et s'il fallait demander quelque chose, c'était bel et bien qu'Alexandre paie.
Jeanne entendit un crac. Le téléphone était cassé. Alexandre de Narjac n'était qu'un imbécile, et si elle ne revenait jamais au château, c'est lui qu'il faudrait blâmer.
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Mer 9 Juil 2014 - 18:28

Teo sourit à Jeanne, mais sans s’appesantir sur leur échange – elle n’avait pas l’air très heureuse de le voir, en fait. Peut-être lui avait-il vraiment rappelé de très mauvais souvenirs, en posant ses questions au pub, et qu’elle avait lié son visage à ces questions. Alors il se contenta de lui laisser le gilet en souriant, et de s’éloigner, rouvrant son téléphone.

Sloan était furieuse. Et elle avait pris la fenêtre du téléphone de son frère pour un punching ball. Il rit en lisant en diagonal la cascade de messages, et s’arrêta en en remarquant un, différent, en termes de provenance. Alex. Qu’est-ce qu’il voulait, voir un film ? Lui prêter un bouquin de Schopenhauer ?

Alex a écrit:
- The show must go on -
Présence de profanes au cromlech. La fête se poursuit au Manoir de Narjac (coordonnées ci-dessous). Faites tourner l'info. Restauration et rafraîchissements gratuits, ainsi qu'espaces pour les Artistes disponibles sur place.

- …Troooop chouette il a du trop bon vin en plus ! Tous chez Alex !

Il envoya direct le message à Sloan, qui se calma un peu, puis partit à la recherche de ses autres sœurs – où diable étaient-elles passées.

[Suite ici !]

_________________
Spoiler:
 


Dernière édition par Teo Cioban le Lun 1 Sep 2014 - 12:55, édité 1 fois
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Maelys Dremm
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Lun 21 Juil 2014 - 15:34

Elle est là, majestueuse. Solennelle. Appoline Tresadenn, dans toute sa splendeur. Maîtresse des événements, chef d'orchestre imperturbable. Sûre d'elle, fière et resplendissante. Un discours, rapide, puis des flammes, une averse, si brève qu'elle paraît n'avoir pas existé. Si ce n'est les goutelettes dans les cheveux de la foule. Et enfin les peintures apparaissent, neuf tableaux sur les menhirs. Son œuvre, à elle, dernière des Dremm. Artiste prodige. Maelys esquisse un sourire froid, un sourire qui veut tout dire sur ce qu'elle pense de cette cérémonie. Il faut toujours que les Tresadenn fassent les choses en grand. De la plus belle façon qui soit. Du faste, à chaque instant. De l'emphase, encore et encore.

Il faut toujours que les Tresadenn soient les meilleurs.

Puis Jeanne ouvre le bal et plonge dans un menhir. Celui de la Famille. Certains la suivent sans se poser de questions, d'autres hésitent. Maelys se contente d'observer leurs réactions, leur surprise. Leur étonnement. Comment peut-on pénétrer dans un tableau, se demandent-ils. Craignent-ils de rester enfermés à jamais ? Elle n'a pas le pouvoir de les garder prisonniers pour l'éternité, mais ils n'en savent rien. Peut-être aurait-elle du glisser une note, près de chaque scène, pour inciter les gens à découvrir.

Tapotement sur l'épaule, elle sursaute.

Cette voix. Elle la reconnaît. Comment l'oublier ? Ce ton, ces intonations, comment les confondre ? Surprise. Il est là. Elle lui fait face, son cœur balance entre les émotions. Il est là, en chair et en os. Elle le regarde, le fixe. Elle hésite entre joie et colère. Sa rancoeur refait surface mais le plaisir de le revoir, enfin, la surpasse. Il est là, agenouillé devant elle, une rose dans la main. Rouge. Magnifique. Elle n'ose pas bouger, l'émotion est trop forte. Trop intense.

Il est revenu.

L'apparition d'un ballon, rouge lui aussi, lui fait reprendre ses esprits. Quelqu'un est passé, furtivement, a déposé un cadeau. Elle sourit enfin, sincère. Chaleureusement.

« Judi. »

Son nom traverse ses lèvres et cela lui fait plaisir, de l'entendre résonner de nouveau. Elle qui n'osait plus prononcer son prénom autrement qu'en pensées. Son sourire s'élargit, et les larmes coulent. Perles de joie.

« Judi ! »

Elle se précipite vers lui, court se réfugier dans ses bras, cache son visage dans son torse. Son frère est là. Tangible sous ses doigts. Il est revenu.

« Ne pars plus, reste avec moi, ne pars plus … ! »

Sa voix est saccadée, pleine d'une émotion trop longtemps contenue. Elle crie presque.

« Ne me quitte plus ! »

Le reste, les murmures, l'agitation troublée autour d'eux ...
Tout cela n'a pas d'importance.

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Alaude Le Mézec
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Lun 3 Nov 2014 - 1:12

La fête la prenait de la gorge jusqu'aux tempes. Elle était enjouée, joviale, vive et heureuse d'être en vie - satisfaite au plus haut point par l'ambiance qu'elle pouvait presque percevoir voler en papillons dorés autour d'elle. Déjà, elle lâchait la main de son époux ; déjà, elle se perdait dans la foule éparse et si colorée. Elle ne savait pas ce qu'il y avait ici, ne savait pas ce qu'il était censé y avoir - ne voulait rien en savoir. Elle fermait les yeux chaque fois qu'il le fallait, détournait le regard avec le timing d'un chef d'orchestre ; n'était, en somme, capable de distinguer que ce qu'elle voulait bien voir. La jeune femme avait toujours été très douée pour ça. Elle ne croyait en rien et surtout pas en la magie ; ça n'existait pas, tout simplement. Elle aussi aurait voulu être le clown du spectacle, la romance du plus bel homme sur Terre - quoi que sur ce point, elle pensait avoir réussi. Au moins sur ce point. Parce que sur l'autre, il y avait encore du travail. Parce que ses rêves, tout simplement, ce monde les lui refusait avec l'acharnement d'un médecin mal luné. Elle ne voulait pas de ces Familles, de ces dons et de toutes ces sornettes : elle voulait, au même titre que tout le monde, être capable comme les autres de faire ce que bon lui semblait. S'ils partaient avec un tel avantage sur elle, c'était injuste. Si elle ne pouvait pas jongler parce qu'ils le faisaient mieux qu'elle, c'était atroce.
Atroce, atroce, atroce.

Tellement injuste.

Un effleurement, un geste familier qui semble lui indiquer qu'elle est là, qu'elle ne rêve pas et qu'elle existe aussi pour les autres ; vivement, comme un petit oiseau battant des ailes, elle se tourne et regarde le ballon qu'on lui tend. Il est rouge. Rouge vif, rose rouge, rouge brique de lait entier ; rouge je t'aime, rouge je t'ai toujours aimé. Elle adore cette couleur, ces tons, ce qu'ils semblent lui murmurer et d'autant plus ce qu'elle en comprend ; alors elle s'en saisit, toute contente, et sourit à pleine dents à cette jeune personne qui vient de lui faire un merveilleux cadeau.

« Merci ! Attends, euh... »

Fouillant dans ses poches un bref instant, elle en sortit une sucette à la cerise qu'elle tendit au Clown.

« Cadeau ! »

Nouveau sourire lumineux. Elle aurait tout donné pour pouvoir tout donner. Ne plus être retenue par rien. Elle n'avait plus de rêves, alors à quoi bon garder le reste ?
Ça ne lui servait à rien. Elle n'avait besoin que d'une personne pour être heureuse, et cette personne lui appartenait d'ors et déjà. Ce n'était pas demain la veille qu'elle l'offrirait à quelqu'un.

« Euhm... Qu'est-ce qui se passe, au juste ? C'est bizarre, d'un coup. »

L'ambiance. On te rejette, Alouette, gentille Alouette.

Alors dis moi, il se passe quoi ?

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Le Clown
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Mar 25 Nov 2014 - 14:13

- Oh, merci !

Le Clown attrapa le minuscule ballon au sucre en lançant un regard pétillant de joie à la rouquine. Puis, sans plus attendre, ille en effeuilla le papier, libérant la belle grosse boule rouge pour la faire disparaître entre ses lèvres. Sucre. Sucre partout sur la peau rosée, contre les dents qui s'entrechoquent un instant contre avant que la langue ne prenne le relais. C'était bon.

Puis ille sentit comme un changement - la joie de vivre qui se dégageait un instant plus tôt de la demoiselle se transformait en un mélange de méfiance et d'un petit quelque chose dont ille ne reconnaissait pas le goût, comme quand on l'a sur le bout de la langue, c'est un fruit rouge, mais est-ce une cerise ou une framboise ou une groseille, non, rien de tout ça, il ne trouve pas... Comme si elle ne voulait pas savoir, alors qu'elle posait la question, qu'elle se sentait exclue et ne voulait pas l'être, mais qu'elle préférait faire semblant de ne pas remarquer l'exclusion, dans ce cas...

Puis ille sentit autre chose de bizarre. En ellui cette fois.

Parce qu'alors qu'ille retirait la sucette de sa bouche pour pouvoir lui répondre, ses lèvres formèrent un O dont aucun son ne sortit. Ille ne savait pas ce qu'ille s'apprêtait à dire.

Habituellement, son Talent de Clown partait de l'avant, sondait instinctivement, lui permettait de répondre à l'attente de son interlocuteur. Mais ici, rien de tout cela - son Talent ne fonctionnait pas. Son remerciement pour la sucette venait du coeur et non de l'attente, en face, d'une gratitude spontanée. De même, à présent - ille ne savait pas ce qu'elle attendait d'ellui.

Mais elle attendait forcément quelque chose.

Il n'y avait qu'une personne au monde qui attendait d'ellui la vérité, et cette personne, ille ne l'avait plus vue depuis des années - un gosse, à l'époque, un simple gosse qu'ille ne reconnaîtrait plus à présent...

Profane, ici ?

Mais même les profanes acceptaient généralement assez la possibilité de miracles pour que ce Talent-là, invisible et discret, puisse fonctionner du simple fait de son costume ; alors que là, néant. Elle le bloquait totalement.

Un Talent de blocage, alors ? Dorn cuisinière ? Y avait-il un ingrédient, mélangé à la cerise, qui l'empêchait d'utiliser son jeu d'acteur ?

Ille était effrayé - moins par cette possibilité qui, pour ellui, revenait de la paranoïa, que par le fait qu'ille allait avoir une interaction sans filet. Sans aucun moyen de contrôler la réaction de l'autre. Ille ferma la bouche, prit une grande inspiration, puis se lança à répondre, soudain timide :

- J-je crois qu'il y a un mouvement de foule... La fête se déplace ailleurs...


Allez, Clown, un peu de courage, ce n'est qu'une personne humaine, toute petite, aucune raison d'avoir peur. Alors qu'en utilisant son Talent ille se sentait être quelqu'un, à présent qu'ille ne devait qu'être lui-même, il se sentait faux, piètre image jouée...

- Voudrais-tu découvrir où ? Si cela pouvait être n'importe quel endroit au monde et qu'il te suffisait d'imaginer pour que cet endroit soit réel, où aimerais-tu aller ?

Il tenta de sourire naturellement, puis remit la sucette dans sa bouche.

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Alaude Le Mézec
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Jeu 25 Déc 2014 - 18:26

Il y avait comme quelque chose frôlant la timidité dans l'attitude de la personne qui lui faisait face qui attendrit quelque peu Alaude, soudain rappelée à son rôle de mère poule universelle. Elle aurait aimé lui tapoter l'épaule en lui disant « prends ton temps, mon enfant » ; mais c'eut été quelque peu impoli et surtout trop peu conventionnel, aussi décida-t-elle finalement de fermer sa jolie bouche sur un sourire derrière lequel l'on pouvait encore deviner l'éclat de ses dents blanches.
Le changement d'ambiance, malgré tout, continuait de lui sonner aux oreilles comme un mauvais présage, le cri d'un oiseau de malheur – quelque chose de typiquement breton qui lui soufflait des « malédiction, malédiction » en veux-tu en voilà. A première vue pourtant rien ne s'était passé ; elle n'avait rien vu, rien aperçu qui puisse pousser les gens à partir faire leur vie ailleurs ou même s'assombrir comme c'était le cas pour certains visages trop faciles à lire. Elle pouvait le sentir. Elle s'en rendait compte sans vraiment pouvoir expliquer comment : les humeurs des gens virevoltaient autour d'elle en jolis rubans et parfois, quand l'un d'eux la heurtait, elle le ressentait dans tout son être. Cela devait s’appeler avoir de l'instinct ou de l'empathie ; elle, elle aimait à le visualiser comme un de ses petits dons personnels, quelque chose de fort inutile en temps normal mais qui l'empêchait d'être laissée pour compte quand quelque chose se tramait dans son dos. Dès que ses amis essayaient de lui faire une surprise, elle s'en rendait compte à l'ambiance et à l'expression de leurs visages.
Alors là, dans une foule si compacte... Ce n'était pas dur de remarquer le changement. Le clown aussi semblait s'en être aperçu, après tout.

Un mouvement de foule.

Ohhhhh. Un coup d’œil alentours lui confirma qu'en effet, certaines personnes commençaient à se déplacer, pour ne pas dire tout simplement quitter les lieux. Elle repéra quelques visages plus en colère qu'autre chose sans pouvoir nommer le pourquoi du comment et, frustrée, décida que faire la moue serait la chose la plus acceptable à faire dans sa position. Non pas qu'elle puisse grand chose contre ce qui se passait autour d'elle ; elle n'était au courant de rien et doutait que quiconque veuille lui expliquer, bizarrement. Si tout le monde semblait comprendre sauf elle c'était qu'il devait y avoir eu une mauvaise communication à un moment donné, quelque chose comme ça... Du moins l'espérait-elle très fort, sans oser le dire à voix haute. Attention ; cela aurait pu briser le charme entourant ses pensées.
La question du clown la surprit plus qu'autre chose. Comment ça, découvrir où ? Ça avait le mérite d'être étrange, sans pour autant être hors de propos. Alors, voyons. S'il lui avait suffi d'imaginer, elle aurait... Instantanément, son esprit la bloqua dans sa tentative. Quelle idée d'aller imaginer ça si ça lui était impossible ? C'était comme se figurer ce qu'on ferait si on était milliardaire, ça n'amenait rien de bon, que du malheur et du dépit. Elle ne voulait pas de ça, elle – elle voulait rester ici avec son mari, même si pour l'heure elle l'avait complètement oublié, et s'amuser de ce qu'elle avait, rire du temps qu'il lui restait et non de celui qu'elle n'aurait jamais. Voilà ce qu'elle voulait.
Peut-être était-ce une réponse en soi ; il fallait essayer.

« Je ne sais pas du tout ! s'exclama-t-elle avec un petit rire gêné. Mais j'imagine que j'irais pas très loin d'ici, près de la mer et des rochers, et ça me suffirait. Je veux dire, je pourrais vouloir voir une plage dans les îles, mais bon, à quoi sert un rêve qu'on peut pas réaliser, hein ? »

Elle sourit un peu maladroitement, peu sûre elle-même de son propre raisonnement.

« Et toi, tu irais où ? Un endroit fantastique, un endroit exotique, un endroit calme, un endroiiit... Magique, féerique ? »


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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Dim 11 Jan 2015 - 20:16

Le Clown eut un sourire contrit ; où donner de la tête ? Ille sentait le malaise prendre doucement contrôle de ses entrailles, lui tordre les intestins en de figures artistiques dignes des meilleurs cascadeurs, et l'angoisse lui meurtrir doucement les épaules.

Oh, ille savait bien qu'ille ne se passait rien qui puisse justifier une telle réaction. La jeune femme avait simplement répondu à sa question, et la lui avait renvoyé comme une petite balle de ping pong. Rien de stressant, rien de difficile, juste une discussion tout ce qu'il y a de plus normal. Et maintenant, ille s'en voulait atrocement de l'avoir obligée à réfléchir à quelque chose d'aussi… d'aussi… stressant. Quoi ? Où ille voulait aller, ellui ? Quel intérêt de le lui demander, quel intérêt de le savoir ? Ille aurait, habituellement, trouvé une réponse de manière naturelle, ille aurait répondu Je suis très bien où je suis ou J'irai découvrir le sommet de l'Himalaya ou les paysages canadiens ou les canyons américains ou les joies simples et dansantes des Balkans ou Ne sommes-nous pas déjà dans un endroit magique ? ou N'importe où sauf ici ou Rejoignons les terres anglaises du Roi Arthur ou Les îles, ça fait quand même rêver et pourquoi n'y nagerions-nous pas ou n'importe quoi d'autre que lui aurait dicté son Talent, selon que son interlocutrice soit plus en phase pour un débat philosophique sur la question, une réponse rapide qui permettrait une transition vers autre chose, ou une réponse avec laquelle elle pourrait se retrouver et être d'accord…

Mais ille n'y avait rien sur ses lèvres. Juste la peur, atroce, de… de décevoir, voilà. De décevoir, et de causer, dans les yeux qui le/la regardait, de la colère, de la honte, de la haine, de la malveillance. Ah, ille était beau, le Clown, à ne seulement pas pouvoir se cacher derrière son costume burlesque. Un Clown timide : on aurait tout vu !

- J'irai, euh, euh… en Espagne.

Elle, elle n'irait pas loin, parce qu'elle n'osait pas rêver, de ce qu'elle disait. Se sentait-elle prisonnière, ici ? Des barrières et l'incapacité de mettre les pieds ailleurs, parce que c'était trop loin et irréalisable, alors autant se satisfaire de moins, pour ne pas gommer les fossettes de son sourire ? Il y avait quelque chose d'extrêmement triste dans sa réponse. Le Clown tenta d'élaborer, doucement, sur le qui-vive.

- L'Espagne, ce n'est pas le rêve des îles, mais c'est plus réalisable… Il y a quand même le sable, et le soleil, et l'exotisme… Ce n'est pas bien loin, ça se fait même en stop…

Ah, mais que racontait-ille ? Ce n'était même pas vrai, qu'ille irait en Espagne. Enfin, si, puisqu'ille l'avait fait, mais c'était sa réponse d'avant, ça. Ille n'avait pas pu rester là-bas, il avait fallu remonter à cause de ce Talent débile qui déconnait.

- Mais, euh, si je cherchais un endroit féérique, je n'aurais pas besoin d'aller plus loin qu'ici.

Alors – de quelle Famille était-elle, cette Artiste bloqueuse de Talents, même en plein cœur de la Fête ? Prederi et le pouvoir des mot ? Dorn et le pouvoir des sucettes ? Luskan et le pouvoir du corps ? Un regard et il était fichu. Ille détourna les yeux, vers la forêt, aux limites des menhirs.

Tu les vois, les fées qui nous font des clins d’œil dans les branches ?

- Ça vibre de magie partout. Dis, tu ne voudrais pas me rendre la mienne ? Je te promets qu'elle est inoffensive, c'est juste, je me sens, vide, sans, ça fait peur.

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Cael Dremm
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MessageSujet: Re: Une fête en l'honneur de Clio !   Mar 3 Fév 2015 - 21:19


Tweeet.

J'ai pris mon temps, n'est-ce pas ? Là, imperturbable dans l'instant. Quand les autres s'agitent, frénétiques ; quand les autres décident, agissent, imposent et composent – improvisent sous la surprise. Lui récupère. Ces années, volées, séparés. Il s'accorde cet instant, juste cette bulle loin du mouvement. Il souffle.

Tweeet.

Seconde sonnerie. Qui perce l'intimité. Et son écho, vague de murmures numériques qui le ramène à la berge. Poc, bulle éclatée. Il desserre son étreinte, reposé. Aucune notion du temps écoulé, seuls ces silhouettes floues qui battent la cadence de leurs gestes inutiles. Pourquoi déjà ? Ah. Ça. Qu'importe. Il baisse les yeux sur la petite flamme blottie, celle aux allures de pétales. Oui, j'ai pris mon temps ; j'admets.

« Je suis là. Désormais. Ou pour l'instant, qui sait ? Ça ne dépendra vite plus de moi. »

Le rêve s'éteint, la réalité, bourdonnante et révulstante – révoltante – revient. Pas l'espace de s'en plaindre, le temps est, encore, compté. La face, déjà pâle, de l'étudiant, reflète la lumière trop forte de son appareil. Loin des clichés, c'est celui qui ne sert qu'à communiquer qui vient l'informer. Une photo de l'instant en quelques caractères, voilà ce qui a circulé. Comme s'il l'avait répété... Il fallait bouger. Mais ne compte pas sur moi pour rentrer.

« Il semblerait que mes amis n'aient pas été apprécié. Ça te dit une virée ? »

Le portable est rangé, les remerciements – mérités – sauront attendre. Cette nuit est à lui. Alors il disparaît. Encore, oui. Une fois, okay ? Il cherche ce qu'il a semé. Les roses. Une, ici, une fille. On se connaît ! Oui, moi aussi. Dis… Oui, promis. Merci pour les clés. De me les avoir passées. De me les avoir rendues. Pas de souci, de rien, c'est tout naturel. À la prochaine.

Et – me re–voilà, là.


Un trousseau, estampillé renault, venait de trouver deux yeux, sans doute interloqués. Ceux d'une gamine devant laquelle il paradait. Allez, traîne pas. On y va. Comme des voleurs – ahah. Ils prirent la fuite dans la forêt. Comme des enfants, de ceux qui s'amusent dans les bois. Pendant que le loup n'y est pas. Il doit pourtant hurler là. Grâce à moi.

On racontera plus tard que la police à retrouver la voiture d'un étudiant bloquant une route de campagne. La dite-étudiante pestera de ne pas se rappeler ce qu'il s'est passé. Elle en retrouvera les clés, peu après, sous un arbre bariolé. De couleurs maintenant estompées, quelques traces de blanc, un ciel étoilé. Une toile à même le cadre, brute. Avec pour seule ornement un ballon, suspendu à la branche à côté.

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Une fête en l'honneur de Clio !

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