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 André Gide est une rockstar [Le Clown]

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Ghânim al-Qulûb
Il était mille fois


Messages : 14
Date d'inscription : 13/04/2014

MessageSujet: André Gide est une rockstar [Le Clown]   Mer 23 Avr 2014 - 1:11

    Ce garçon est vraiment mignon. C'est un jeune homme de dix-neuf ans du nom de Ronan, le cliché du petit Breton, cheveux blonds et odeur de crêpes au citron. Vraiment mignon. Les fossettes qui se dessinent sur ses joues quand il sourie ne laissent pas Ghânim indifférent. C'est pour cela que le jeune conteur l'a abordé, lui a offert un café et lui parle depuis environ deux heures.
    « Putain mais ta vie elle est vraiment ouf » lâche le blondinet après avoir écouté le récit des multiples voyages de son interlocuteur. Tout est parti d'un naïf  « Ah le français n'est pas ta langue maternelle ? Tu viens d'où ? » comme souvent, et voici deux heures de descriptions de l'Irak, de la Transylvanie, de la Moldavie, de l'Irak encore et de l'Allemagne, puis, plus récemment, de Stonehenge. Ghânim y était il y a quelques jours.
    Il y a passé trois mois ; il s'y sentait bien, mais il a fini par... comment dire... faire le tour des gens. Il avait l'impression d'avoir épuisé tous les sujets de conversation possibles avec les personnes rencontrées, d'avoir dragué et conquis toutes celles qu'il avait envie d'embrasser, d'avoir obtenu des locaux tout ce qu'il y avait à gagner chez eux.
    Oui, il avait fait le tour des personnes présentes dans les alentours de Stonehenge en ce moment ; peut-être dans quelques mois y aurait-il de nouveaux arrivants, d'autres voyageurs comme lui qui rapporteront de la richesse à l'endroit, et alors il sera intéressant d'y retourner. Mais là, en ce mois d'avril, Stonehenge n'intéresse plus Ghânim.

    Un coup d’œil sur son compte en banque lui a rappelé que non, il ne peut toujours pas aller à Macchu Picchu – l'un de ses grands objectifs depuis quelques temps, une danseuse sud-américaine rencontrée en Angleterre lui a vanté les mérites du sanctuaire. Alors à défaut d'outre-atlantique, il reste en Europe. Il a passé en revue les hauts lieux de l'Art qui étaient à une distance financièrement acceptable. L'Allemagne peut-être ? Idée vite balayée, la Forêt Noire lui rappelle trop les accents de... bref, vous voyez. Ce sera alors la France. Il était déjà allé une fois à Muzenn, à l'époque où il croyait encore trouver son bonheur dans les contorsions et autres cabrioles pour un cirque à quatre sous. Il n'y était pas resté très longtemps ; y retourner pourrait valoir le coup.
    Et c'est ainsi que Ghânim s'est retrouvé en Bretagne.Il s'est gardé bien entendu de parler des Familles, de l'Art, à ce petit Breton craquant, il arrive toujours à se débrouiller pour éluder les détails qu'il vaut mieux ne pas dévoiler au grand public. On baratine qu'on avait pour projet d'aller à Muzenn pour rencontrer les mécènes que l'on y retrouve souvent. Et comme Muzenn c'est petit, il a loué un vélo, se promène longuement dans les environs et est tombé ici, dans ce petit bar breton d'un village nommé Ker Plougasgwen, ou quelque chose dans ce genre ; et qu'il est tombé sur le craquant Breton.
    « Et sinon, c'est comment Muzenn ? J'y suis allé une fois pour voir un spectacle... Il y a des gens très cools, mais d'autres qui sont bizarres... » explique le craquant Breton.
    Oh, effectivement, des gens bizarres, on en croise à Muzenn. Mais comme dans tous ces lieux où les membres des Familles se rendent, non ? Ghânim sourit. Pourquoi est-ce que ce garçon lui plaît tant ? Les fossettes y sont pour quelque chose, mais est-ce juste ça ? Juste une façon de se mouvoir qu'a sa peau quand ses dents se dévoilent ? « Effectivement, on rencontre des phénomènes à Muzenn... Encore l'autre jour, en pleine rue, j'étais là depuis quelques heures, et j'ai croisé une personne qui..., c'était... bizarre. »
    Cette rencontre faite il y a quoi... trois jours, quatre ?, lui avait laissé un goût étrange dans la bouche. C'était le choc du déjà vu suivi du raz-de-marée de l'incompréhension. Il ne sait toujours pas comment qualifier cette personne croisée au hasard.
    L'incompréhension est un mot assez pertinent. Cependant une chose est certaine : il y avait dans la façon d'être de cette personne des milliards de petites choses qui réveillaient l'un des cœurs de Ghânim, dans celui qui est détruit.

    Ça a fait mal à Ghânim. Mais pas que. Une bouffée de nostalgie qui vous saisit, vous engouffre dans un souvenir que vous pensiez loin de vous, et le souvenir devient vivace, vivant, s'agrippe à vos os comme un parasite à votre intestin grêle.Cet inconnu rappelait trop à Ghânim Hector.
    Durant les nuits qui ont suivi, l'Irakien a fait des cauchemars par centaines où il revoyait le bel Allemand. Enfin, « cauchemars », l'appellation est peut-être excessive : il s'agissait plutôt de ces rêves si délicieux que le retour à la réalité vous est insupportable, comme ces rêves où vous êtes convaincus que votre chat disparu est revenu à la maison au réveil, comme ceux où votre mère se réveille dans la chambre voisine et vous prépare un petit-déjeuner au lieu de rester endormie dans son cercueil.
    Durant ces rêves invivables, il revoyait le regard vert de Hector, sa façon de poser ses mains autour d'un verre avec une grande délicatesse, comme s'il s'agissait d'un oiseau blessé, sa façon de tendre son menton vers le haut quand on l'embrasse dans le cou pour laisser une plus grande étendue de peau aux baisers, la manière dont il fronçait les sourcils quand il ne comprenait pas une phrase de son amant, le geste fébrile qu'il effectuait pour replacer une mèche de ses cheveux blonds - qu'il trouvait légèrement trop longs – hors de son champ de vision, le rire qui éclairait son visage quand il ne comprenait vraiment pas le pseudo-allemand qu'essayait de baragouiner Ghânim, sa silhouette maigrelette légèrement inclinée vers l'avant quand il avait froid, son accent irrésistible, la façon dont ses doigts se déplaçaient sur les cordes de la guitare, agilité incroyable pour lui dédier une chanson d'amour. Les fossettes qui se creusaient sur ses joues et son odeur de citron.
    Bon sang, pourquoi a-t-il perdu Hector ?« Euh... Ghânim, ça va ? Tu as l'air ailleurs. »
    Piqûre d'adrénaline dans le coude d'un homme en train de sombrer dans l'inconscient, Ghânim est raccroché brutalement à la réalité. 
    « Oh, ce n'est rien, je... » Il avale sa salive, prend une gorgée du whisky posé devant lui. Ses yeux passent du whisky aux mains du Breton craquant – joue-t-il de la guitare, de la basse, de l'ukulele, ce garçon-là ? Les mains du Breton, le whisky, les fossettes, le souvenir des fossettes de celui d'avant. Tiens, le Breton a les yeux bleus, lui. Ghânim, quelques instants plus tôt, était persuadé qu'ils étaient verts.
    « Ca va... Désolé du moment d'absence.- Ce... ce n'est pas grave, tu dois être crevé, avec tous ces visages... Mais donc cette personne bizarre rencontrée à Muzenn, elle était comment ? »
    Hector ? A Muzenn ?
    Il faut encore se ressaisir.
    A force d'être un conteur capable de noyer les autres dans des récits plus ou moins invraisemblables, Ghânim finit lui aussi par s'embourber dans les multiples images qui se croisent et se chevauchent dans son esprit. Mais on inspire une grande bouffée d'air marin et on reprend pied. 

    « Alors j'étais donc dans une rue de cette toute petite ville qu'est Muzenn, il y a quelques jours, il faisait beau, plus chaud qu'au cours de mes précédents mois d'avril passés en Europe. J'en profitais donc pour prendre un peu de ce soleil qui me manque tant. Je voulais me sentir tout léger, je portais juste un t-shirt noir et un pantalon de coton brun, quelques bracelets dorés à chaque poignet, mais pas trop pour ne pas m'alourdir. Je me promenais dans les rues pour découvrir la ville, m'arrêtant occasionnellement sous un arbre pour profiter. Puis, vers la fin d'après-midi, le ciel se couvrant légèrement, je décide de rentrer en direction du château où j'avais trouvé accueil chaleureux et logis la veille. Et sur la route, je... j'ai croisé cette créature. »
    Et c'est ainsi que commence le récit de la rencontre entre Ghânim et le Clown.
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MessageSujet: Re: André Gide est une rockstar [Le Clown]   Lun 5 Mai 2014 - 18:37

Sans toit ni loi.

Depuis son arrivée à Muzenn, le Clown vivait en quelque sorte comme un électron libre, excentrique et excentré. Il ne s’était pas tout de suite rendu au Château, après avoir croisé Pernelle. Il voulait s’habituer au lieu, prendre possession de ses habitants, mettre un pied dans l’eau pour en connaître la température avant de se jeter dans la rivière. Et puis dehors, ça avait toujours été davantage chez lui que dedans, aussi. Les longues années sur les routes ; les longues années à mendier dans les rues aussi. La pluie et le vent ne lui faisaient plus peur depuis longtemps, et ceux de la Bretagne étaient particulièrement accueillants.

Il s’était trouvé un banc, il s’était trouvé un morceau de parc, il s’était trouvé une crêperie où on lui offrait les fonds de pâte s’il faisait rire les enfants. Il s’était posé sur le bord de la route menant au Château, finalement.

Son Talent avait plus de force, ici, et c’était particulièrement étrange. Normalement, lorsqu’il n’y avait qu’une autre personne avec lui, il pouvait entièrement endosser le rôle qu’on attendait de lui. Mais à plusieurs – les personnages se contredisent les uns les autres, il ne peut jouer plusieurs choses à la fois. Mais une même personne peut être vue différemment par différente personne, une même phrase interprétée différemment, un même geste aussi. Un seul sourire pouvait vouloir dire milles intentions différentes. L’image générale qui circulait à Muzenn restait celle d’un Clown étrange, vagabond, qui jonglait dans la rue et portait toujours plein de couleurs. Certains le trouvaient grotesques ; d’autres l’adoraient et le cherchaient au détour des rues. Il n’essayait plus d’être personne, il devenait au travers des regards. Instinctivement, il sentait ce que cherchait l’autre en lui, par un langage corporel qu’il ne saurait lui-même véritablement décrire… Et il était. Il ne savait plus qui il était.

Lorsque ce garçon frêle au pas plein d’assurance avait remonté la route, il avait senti, pourtant, une différence. Son regard était passé sur le Clown en cherchant quelque chose d’extraordinairement précis – et le Clown avait instinctivement répondu au regard, comblé les blancs ressentis, gommés les angles qui dépassaient sous ses vêtements trop larges. Assis en tailleur sur le sol, tenant une quille alourdie dans la main, il avait simplement tourné les doigts, changé la position de sa main pour la tenir plus délicatement… La réponse avait été vive et immédiate. La marche de l’homme caramel s’était accrochée, déchirée par un obstacle invisible, un courant d’air peut-être, et c’était un hoquet dans ses prunelles - pas que le Clown regardait vraiment. Il sentait, juste. Il sentait qu’il avait juste. Alors il continuait – tourner la quille, doucement, revenir à la position qui avait suscité la réaction, s’arrêter. D’habitude les gens cherchaient quelque chose de plus général – ils étaient de bonne ou de mauvaise humeur, cherchait quelqu’un d’ouvert ou quelqu’un qui leurs ficherait la paix. Ils cherchaient quelqu’un à se confier, quelqu’un avec qui se changer les idées, quelqu’un sur qui passer ses nerfs. Et le Clown devenait tout ça à loisirs. Mais ils ne cherchaient pas… un geste. Une position. Une attitude. Le Clown avait doucement, imperceptiblement modifié la sienne, changé sa façon de se tenir, ses appuis, la forme de son dos. Penché légèrement vers l’avant, il sourit à celui qui allait passer devant lui – retenant, en lui, la bouffée d’incompréhension qui montait.

Le passant cherchait Quelqu’un en lui. Quelqu’un de très précis. Quelqu’un qui ne lui ressemblait probablement pas du tout, physiquement – mais le Clown ne ressemblait à rien, il était caché dans ses amples vêtements, cachés derrière son masque de craie, et il ne verrait pas son corps, les différences des corps, mais la similitude des mouvements. Il savait copier. Il ne lui ressemblait pas et pourtant il ne voyait que lui.

Probablement, pour chercher comme ça, voyait-il l’autre dans toutes les silhouettes. Tous les petits détails qui ressemblaient de près ou de loin. Certainement le temps avait gommé les traits, les souvenirs, pour ne laisser qu’un flou dans lequel il pouvait mieux dessiner à sa guise.

Le Clown se sentait mal à l’aise – il avait toujours endossé des personnages, mais n’avait jamais aimé endosser une identité. Pourtant il restait calme, posé – toujours ce petit sourire, et les yeux qui fondent, sans détournement. Il allait passer. Il allait passer devant lui et l’inconnu retournerait à l’inconnu.
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Ghânim al-Qulûb
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MessageSujet: Re: André Gide est une rockstar [Le Clown]   Sam 10 Mai 2014 - 20:58

Il aurait été si beau que les yeux du jeune breton soient verts. Mais non, ils étaient bleus. Un charmant bleu d'ailleurs, uni, assez clair, fort charmant, toute autre personne aurait sans doute trouver agréable de regarder ces yeux. Mais Ghânim en voulait des verts. Hector avait les yeux verts.
Et deux yeux verts furent la première chose que Ghânim crut voir d'Hector dans le corps du Clown.
Mais déjà en l'approchant il avait eu comme un doute, une intuition – un électrochoc dans la poitrine qui lui hurle « Regarde là-bas, ne serait-ce pas lui ? » C'est fou comme le regard est attiré par une personne une fois que l'esprit croit y avoir reconnu un spectre du passé. L'inconnu qu'il vient de croiser, Hector, l'électrochoc et le bond dans le cœur : oui, ce sont bien les mêmes. Il l'a senti dans toutes ses tripes, tout le long de sa peau comme un raz-de-marée sur une plage japonaise. Regarde, regarde, juste-là, c'est Hector. Le voyant passer juste à sa droite, Ghânim s'est retourné comme un chat pour continuer de le regarder, fixe, le regard béat et hébété à la fois.
Il y a des choses qui clochent, bien entendu, il n'a pas exactement la même taille, le visage est couvert de craie, Ghânim en a conscience maintenant qu'il est assis à ce bar avec un verre d'alcool. Ce n'était pas Hector, il le comprend aujourd'hui. Mais quand il l'a vu, ce jour d'avril si chaud, c'était aussi évident qu'est limpide l'eau de pluie : c'est Hector.

Ronan ose demander : « Mais c'est qui Hector au juste ? » Le visage de Ghânim s'assombrit une seconde, regarde ailleurs trois puis replante ses yeux dans ceux du Breton. Il n'a pas de mal à mentir normalement, mais il lui est parfois nécessaire de masquer son expression un bref instant, un petit geste rapide pour reprendre le contrôle de son corps, si rapide que l'autre n'a pas le temps en général de remarquer l'artifice. « C'était mon meilleur ami. On était très proches, mais on s'est perdus de vue il y a quelques années. » Ghânim a prévu de faire l'amour ce soir, ce serait dommage de faire fuir sa potentielle conquête en s'épanchant sur sa vie sentimentale – mieux vaut mettre un masque. Aucun remords, pas de scrupule, de toute façon tout le monde met des masques ; y compris donc cet être rencontré à Muzenn. Reprenons.

Sur le coup, cela paraissait évident, cet inconnu était Hector, malgré des différences évidentes qui n'apparaissent que maintenant dans les souvenirs de Ghânim : il était convaincu d'y trouver d'importantes ressemblances. Les yeux du Clown – qu'importe leur couleur d'origine -, l'Irakien les voyait verts et verts seulement, du même vert que ceux d'Hector. De même pour son habitude, pour les formes de son corps qu'il croyait reconnaître sous les vêtements amples de l'inconnu. Les rares détails que Ghânim avait oublié, la forme des oreilles, l'épaisseur des poignets, n'avaient aucune importance. C'étaient ses yeux verts. C'était lui.

Oh comme il avait aimé les contempler, ces yeux verts, mais ça il ne faut pas le dire à Ronan. Le matin, Ghânim se réveillait souvent le premier et pouvait passer une heure, une heure et demi à regarder le visage endormi d'Hector en attendant que celui-ci ouvre les yeux, et le conteur se délectait alors de l'idée même d'être le premier à voir les yeux d'Hector ce jour-là et de les avoir vu à la seconde même où ils s'étaient ouverts. Hector disait alors, dans un mélange d'allemand et d'anglais teinté d'accent germanique : « Oh, you're still here, Ich glaubte you were gone during the Nacht my love » ou alors « There is nothing besser als mit dir aufwachen ». Ghânim ne comprenait pas toujours, mais toujours il aimait entendre la voix de son amant, son accent qui rend les « t » si forts et les « d » similaires aux « t » quand il parlait dans une langue étrangère.

Ghânim commença à suivre l'inconnu sur quelques mètres, se gorgeant de son odeur. Le citron. Le doute était impossible. L'Irakien s'attendait désormais à le voir rire à gorge déployée comme le faisait le vrai Hector, agir avec la même désinvolture, le même épicurisme qui le pousse à courir partout, à chercher à profiter de tout, à s'écrier de joie devant les premiers papillons du printemps. A faire les yeux doux pour réclamer d'être embrassé ou pris dans les bras – oh il avait une façon si belle de faire les yeux doux, comme un jeune chat qui réclame qu'on lui ouvre la fenêtre en se frottant longuement à vos jambes, comme les couleurs chatoyantes du whisky qui demande à être bu.
Et comme Hector cherchait à attraper les papillons, Ghânim cherche à attraper le Clown. Il marche derrière lui, le pas rapide et, une fois la distance à peu près rattrapée, deux mètres derrière lui environ, crie enfin : « Hector ! »
Hector, enfin il le revoit, enfin il lui reparle. « Hector ! Que fais-tu ici Hector ? Tu n'es plus à Leipzig ? » Hector, imprimé à l'encre indélébile dans son cerveau, là devant lui. « Hector, réponds-moi je t'en supplie ! »
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MessageSujet: Re: André Gide est une rockstar [Le Clown]   Jeu 22 Mai 2014 - 18:40

L’inconnu ne retourna pas à l’inconnu, et l’affubla d’un nom, à la place.

Tiens, c'était rare qu'il en ait un. Il avait toujours été le Clown, juste le Clown, pas de prénom, jamais, jamais. Hector.

Il s’appelle Hector, alors – alias comment se fourrer les Fatals Picards dans la tête, et en boucle s’il vous plait.

Hector. Et c’était bien la seule chose que le Clown comprit à ses paroles.

Parce que malheureusement, si ses Talents de Luskan lui permettaient d’avoir l’air d’Hector, en tout cas, plus qu’à l’habitude, il n’avait pas été béni des Talents Prederi pour les langues, et ce n’était pas en Espagne qu’il avait pu apprendre l’allemand…

Pas de sourire confi(ture) pourtant.

Après tout, il n'essayait pas de se faire passer pour Hector, n'en avait jamais eu l'intention. Il n'était pas Hector, ne pourrait pas faire semblant de l'être avec toute la meilleure volonté du monde. Il n'était qu'un vulgaire double, une caricature, un fake, une illusion. Mais avec toute la meilleure volonté du monde… il n'était pas capable de s'en dissocier non plus. Il ne pouvait pas ne pas ressembler à Hector. Comme une corneille qui, par sa nature, ne pouvait ni être corbeau ni véritablement empêcher les gens peu au fait en ornithologie de s'y méprendre de loin.

Alors il réagit comme s'il n'était pas Hector… mais d'une manière similaire à celle qu'aurait eu Hector, apparemment, si un inconnu était venu à lui en l'appelant par un autre nom. Comme s'il était un Hector qui s'ignorait. Et il se sentait bien, à être Hector, et se sentait bien, face à ce jeune homme qu'il ne connaissait pas encore, mais avec qui il avait l'impression qu'il ne pouvait que s'entendre. Désinvolte. Sûr de lui.

- Sorry, ich spreche Deutsch…


Comment fait-on la négation, déjà ? Il avait pourtant appris cette phrase, et déjà oublié.

- Nein, ich spreche Deutsch nein.

Il penche la tête, un peu, plongeant les yeux dans les siens, les accrochant, puis sourit – ravageur, le sourire. Il passe en espagnol.

- Pero no necesitamos comprender las palabras para nos comprendimos, ¿verdad?

Il sourit encore, et fit un rapide signe de menton vers les écouteurs du garçon.

- ¿Qué escuchas?

*

- Et tu comprenais ce qu’il disait ? Tu parles combien de langues en fait ? C’est bizarre, non, de parler au clone de son meilleur ami, il lui ressemblait aussi, dans sa façon de parler, ou pas du tout ? Et c’était quoi, la musique ? S’tu veux tu pourras me faire écouter… Après…

Le petit breton ne tenait pas en place, de plus en plus intrigué par cette histoire…
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