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 Comme si c'était hier

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Teo Cioban
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MessageSujet: Comme si c'était hier   Mar 15 Juil 2014 - 16:09

Miette, c'était la princesse indienne. Longues tresses noires qui battaient ses omoplates au rythme de ses danses, et elle baillait sans grâce sous son tipi – il lui avait fallu tellement longtemps, pour apprendre à aimer s'allonger dans l'herbe, et il aimait tant lui faire découvrir le monde, parce qu'elle le suivait partout (en râlant certes) et qu'elle tentait tout, n'avait jamais peur de rien.

Miette, c'était la princesse Disney. Celles qui ont un diadème sur la tête et de jolies robes de bal, parce qu'elle aussi, elle agissait comme une princesse, elle se coiffait en permanence (pas avec une fourchette certes), s'attendait à ce que tout lui soit dû, et fronçait les sourcils quand on ne l'écoutait pas – bon, peut-être pas comme les princesses Disney, en fait.

Miette, c'était la princesse de glace. Elle avait été enfermée dans son château nordique, inatteignable derrière les tempêtes de glaçons, juste avant que son monde à lui se casse la figure – c'était peut-être ce qui l'avait sauvée du silence neigeux qui s'était posé comme du givre sur toutes ses autres anciennes relations.

Elle sortait du passé comme un papillon de sa chrysalide – j'arrive, qu'elle disait. Attends-moi. Et bien qu'elle parle avec une assurance incroyable, Teo savait qu'à l'intérieur, elle était rongée par le doute. Le doute qu'il n'ait pas envie de la revoir peut-être, celui qu'il ne serait pas là, que trop de choses avaient changé, que… Elle se faisait toujours tellement de nœuds à la tête. Lui, il ne se posait pas la question – quand elle n'était pas là, elle n'était pas là et il ne pensait pas à elle, et quand elle était là, elle était là et c'était génial. Pourquoi réfléchir plus avant ?

Pourquoi essayer de deviner ce qui se passerait et ce qu'elle penserait, alors qu'ils leurs suffisaient de vivre ? Pourquoi, par exemple – se poser des questions sur, je sais pas, si elle allait lui parler de Dana ou de son père, si elle allait le regarder avec l'air de chien battu plein de pitié qu'il n'avait pas supporté chez ses anciens amis, et qu'il savait ne pas trouver chez son groupe de Luskan, eux parmi qui ils ne parlaient jamais de leurs problèmes personnels. Est-ce qu'elle allait aimer sa nouvelle vie – pouah ! Il ne comprenait même pas que Miette puisse se poser des questions pareilles. Ils vivaient, ils voguaient, au gré des événements et des mouvements des autres, et qu'est-ce que ça pouvait faire ? Les choses se passaient comme elles se passaient, et tant mieux ! Hasard. Heureux hasards.

Elle avait dit le Château de Muzenn, elle avait dit midi comme une autre aurait dit minuit, c'est joli, les aiguilles toutes droites. Il était entré dans le jardin deux minutes avant – il n'avait pas de montre, faisait rarement gaffe à l'heure, mais il avait voulu être là quand elle arriverait. Ca lui ferait trop plaisir Rolling eyes
Six ans depuis la dernière fois qu'il l'avait vue – elle avait grandi, pris des formes et de la maturité, mais il la reconnut sans peine.

- Juliette !

Fonca comme un bolide vers elle – elle n'y échapperait pas.

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Dernière édition par Teo Cioban le Ven 23 Jan 2015 - 18:44, édité 1 fois
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Juliette Lykketil
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Jeu 24 Juil 2014 - 20:28

Teo et Juliette ne s'étaient encore jamais parlés qu'ils se connaissaient déjà de réputation. Elle savait que c'était un garçon qui riait drôlement beaucoup - et qui avait le rire fort et porté - et que jamais personne n'avait regretté d'avoir passé une journée avec lui. D'elle, il la savait capricieuse et colérique, un brin princesse et quelques fois un peu méchante. Et pourtant, il n'avait pas hésité à aller vers elle, quand ils s'étaient retrouvés côte à côte, en cours d'anglais. Ils étaient dans la même classe depuis le primaire, mais Juliette avait cette tendance maladive d'ignorer les gens quand ils ne l'intéressaient pas. De toute façon, elle avait ses copines, et les garçons, à part son frère et son père, c'était évidemment tous des nuls. Et puis, ils n'avaient pas intérêt de l'approcher de trop, parce que son frère lui avait dit que si un d'eux l'embêtait, il finirait la tête la première dans la poubelle. C'était devenu l'avertissement suprême. Elle, elle prenait ça pourtant au sérieux, malgré les grands éclats de rire de Milo, quand Juliette lui racontait qui elle avait encore menacé, aujourd'hui.

Teo, elle n'avait jamais réellement pensé lui mettre la tête dans une poubelle. Bon… Quelques fois pour rire, et d'autres un peu plus sérieusement, parce qu'il était taquin, et que Juliette, elle n'aimait pas beaucoup les taquineries quand elle n'était pas sûre du sérieux du propos, mais sinon, c'était tout. Teo, il était parfait dans le sens où elle n'avait pratiquement jamais rien eu à lui reprocher. Il savait s'éloigner des disputes pour courir vers des situations plus joyeuses (des fois, il lui suffisait même simplement de rire, et courir ne servait plus à rien) et au début, elle l'avait pris pour un trouillard. Un incapable dans une situation de crise. Elle le lui avait dit d'ailleurs - Juliette, elle disait tout, mais voilà, il n'avait même pas cherché à s'expliquer, il n'avait même pas cherché à la faire changer d'avis, et c'était plus tard, qu'elle avait compris : Teo, c'est juste qu'il s'en moquait. C'était bien d'avoir quelqu'un dans son entourage qui se moquait de tout d'une manière singulièrement différente de son frère. Ses amies, elles prenaient tout trop à cœur, alors c'était compliqué de relativiser au milieu, et puis son frère et son père, c'était l'ignorance pure. Son père prenait un grand soin à ne même pas la regarder et Milo, il avait toujours été du genre à baisser les yeux et à attendre que ça passe. Il était coincé entre deux, et plutôt que de choisir, il se taisait, sans bouger, de peur de faire exploser encore une mine. Juliette, tout ça, ça la faisait hurler de rage. Et puis, il y avait Teo. Et leur graaaand groupe d'amis tous aussi géniaux les uns que les autres. Petit à petit, elle s'était éloignée de ses copines (elles l'avaient aussi beaucoup aidée, quand elles avaient décidé d'arrêter de lui adresser la parole) et s'était mêlée aux autres. Teo, c'était un tremplin, c'était le pont entre elle et le nouveau monde, et c'était génial. Avec lui, elle avait appris des tas de trucs : Arrêter de froncer les sourcils (presque), arrêter d'anticiper chacun des gestes des autres pour ne pas être surprise (ça, elle avait toujours du mal et y travaillait encore), elle avait appris à jeter plein de balles de ping pong contre les murs - souvent pour rien, avait appris à se déchausser, à laisser tomber l'apparence à laquelle elle tenait tant, quelques fois, pour créer une distance avec les autres, à se laisser aller, aussi.

C'était pour tout ça qu'elle marchait vers le château de Muzenn en cet instant même. L'apprentissage, c'est quelque chose qui se termine jamais vraiment, mais elle était prête à le continuer quand même avec lui. Des années qu'elle ne l'avait pas vu, et pourtant, elle ne redoutait en rien leur rencontre. Ça allait être génial, il n'aurait pas changé, elle le savait bien.
Un Teo, ça ne change pas.

Elle avait eu raison.
Il lui avait littéralement foncé dessus, et si elle ne s'était pas accrochée à ses épaules, elle en serait tombée en arrière. Dans un éclat de rire, elle poussa son corps en avant pour lui donner de l'équilibre. Sa voix, elle avait changé : C'était la première constatation après la rencontre. Il n'avait plus rien d'un ado presqu'adulte. Elle baissa les yeux vers leurs pieds. Deuxième constatation : Il avait toujours les mêmes chaussures. Elle ne fit aucun commentaire là-dessus, et se mit à sourire en coin, les yeux plein d'étoiles (une qui clignote et une qui s'allume tout le temps dans le noir, entourées de toutes les autres, mais les autres n'ont pas d'importance), se remémorant une conversation vieille d'au moins quatre ans, sur la nécessité ou pas d'avoir plein de chaussures dans un placard. Elle s'éloigna un peu pour  le regarder, agrandissant son sourire, lui montrant presque toutes ses dents :

- Allez, dis-moi combien je t'ai manqué, maintenant !
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Mar 29 Juil 2014 - 20:07

Ah, Miette, Miette, petite Miette… Teo la serra dans ses bras alors qu’elle se raccrochait à lui, et il fourra son nez dans ses cheveux qui sentaient bons l’amande. Ça faisait une belle éternité qu’il ne l’avait pas vue, et sa présence, soudain, enflammait l’espace. Comment était-ce possible qu’elle ne soit pas là ? Juliette, c’est Juliette. Elle était toujours le centre, quand elle était là, et quand elle n’était pas là, elle froncerait les sourcils pour dire qu’elle devait être le centre des pensées quand même, parce que c’est Juliette, alors voilà. Il rit, et la lâcha.

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Leurs sourires étaient comme deux miroirs blancs.

- Allez, dis-moi combien je t'ai manqué, maintenant !

Teo regarda autour de lui, et cueillit une marguerite, avant de tirer un pétale. Ouvrant les doigts, il le laissa tomber.

- Un peu !

Un deuxième.


- Beaucoup, en fait…

Un troisième.


- Oserai-je le dire ? Passionnément, à la folie ! ..Nan, pas du tout. Un peu, beaucoup… Lala, lala…Oh ! Pas du tout.

Teo regarda Juliette avec de grands yeux innocents.

- Nan, vraiment, pas du tout. La fleur a parlé ! Je te l’offre.

Et il lui mis la pauvre tige défleurie derrière l’oreille avant de lui adresser un grand, grand sourire.

- Et moi, je t’ai manqué ?

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Juliette Lykketil
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Ven 29 Aoû 2014 - 21:30

Elle le regarda s'éloigner d'elle pour arracher une fleur à ses pieds à lui. Elle leva les yeux au ciel, c'était du Teo tout craché, même en six ans, ça n'avait pas bougé, ça, c'était resté intact, et c'était aussi réconfortant que bizarre, comme un grand bond dans le temps qui lui rappelait ce qu'ils avaient été, tous les deux, et à quel point ils s'étaient compris, même quand ça paraissait impossible aux yeux de tous. Elle le laissa faire, sans rien dire, l'écouta parler, fronçant les sourcils, souriant au gré de ses paroles, et fronçant les sourcils encore, étirant ses lèvres de nouveau, avant de faire claquer sa langue contre son palais, tournant la tête, alors qu'il coinçait la fleur au dessus de son oreille, un brin vexée, alors qu'il ne faudrait pas, mais voilà… Se retournant vers lui, elle haussa un sourcil, l'air de dire "mais qu'est-ce que t'es bête, toi", attrapa avec rage la tige déracinée et défleurie, maintenant, quel joli tableau, pauvre fleur et pauvre Juliette, avant de la faire retrouver les siens sur le sol, l'écrasant du pied.

- Autant que je t'ai manqué. La fleur a parlé, tu as dit.

Elle haussa les épaules, l'air de dire que tout avait été dit et qu'il n'y avait rien à rajouter là dessus. C'était lui qui avait commencé, alors qu'elle venait d'arriver en paix, et il la cherchait immédiatement, comme pour savoir si les choses n'avaient pas trop changé entre temps. Fameux bond dans le passé qui la rajeunissait. Finalement, plus réconfortant que bizarre, ce bond dans le passé, alors elle lui octroya un sourire en coin. C'est bon, j'te pardonne, qu'elle lui disait. Il saurait bien déchiffrer les signes et les comprendre, elle ne se faisait pas de souci pour lui, il avait toujours eu un don pour voir en elle l'agréable et démanteler le négatif. La sortie du lycée Saint-Exupery, toutes ces bêtises, c'était pas hier après-midi ? Et, soudainement, elle passa à autre chose, l'attrapa par le bras, le faisant tourner pour marcher un peu, laissant la fleur derrière elle, et l'oubliant complètement au passage.

- Moi, j'crois qu'on va être bien, tous les deux, elle esquissa un nouveau sourire avant de reprendre, même si on s'est pas manqués.

Elle passa un bras autour de ses épaules pour l'enlacer un peu et marcher au même rythme que lui, calquant ses pas aux siens.

- Boire plein de bières, manger plein de crêpes, rigoler, tu pourras cracher du chocolat au lait par le nez, j'aurais le droit de te teindre les cheveux en vert…

Avant qu'il puisse répliquer, elle reprit :

- Si, j'ai le droit de te teindre les cheveux en vert, chut. Tu pourras me montrer tout ce que tu sais faire, maintenant. Tes dessins sont plus jolis qu'avant ? Réponds pas, j'suis sûre qu'ils le sont, mais j'veux les voir dès que je peux. On ira acheter de nouvelles chaussures - les tiennes sont horribles, Teo, quoi, c'est vraiment pas sérieux…

Elle lâcha ses épaules pour rouvrir la bouche.

- La fleur peut bien dire ce qu'elle veut, je sais que je t'ai trop manqué.

Clin d'œil.
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Sam 30 Aoû 2014 - 16:05

Teo avait tant envie de rire à sa petite mine vexée.

Elle devait bien savoir, sa belle grande Miette, que ce n’était pas une fleur qui pouvait dire le manque réel – ou peut-être que si, que justement la fleur lui permettait de rire avec elle, d’être à nouveau insouciant avec elle, et puis, tout ça en évitant les grandes scènes dignes des séries télévisées. Il n’y avait qu’avec elle qu’il pouvait arracher les pétales de fleurs.

Il rit aux éclats à la mention du chocolat au lait – bon sang, elle se souvenait de ça ? Il y a des choses qui feraient mieux de rester enterrées bien au fond dans les limbes de l’oubli…

Elle s’était dégagée pour lui faire face en finissant de parler, et il lui sourit, avant de la prendre dans ses bras, la serrant contre son torse, juste quelques secondes.

- Ouais, tu m’as trop manquée, mais le dis pas trop fort, après les oiseaux vont le répéter aux écureuils et les écureuils aux hiboux et les hiboux aux ours polaires et y a toute la Scandinavie qui va finir au courant après…

Il la relâcha d’une petite pression, gardant un bras autour de ses épaules pour qu’ils se remettent à marcher – il avait déjà choisi leur direction dans le flot des paroles qu’elle avait déjà réussi à déverser.

- Je sais où en trouver, de la peinture verte, si tu veux, mais t’as intérêt à me faire ça bien !

Il pensa immédiatement au Château de Muzenn – il y avait des ateliers, là-bas, et le propriétaire était toujours heureux de prêter tout le matériel possible pour aider les jeunes Artistes.

- Genre, avec des mèches vertes et des mèches blondes et tout, et faire des dessins dans mes cheveux, qu’on puisse voir un truc cool quand on regarde où t’as mis du vert. Parce que bon, tremper ma tête dans un pot de peinture j’peux le faire tout seul, j’ai pas besoin de toi pour ça !

Il lui fit un grand sourire.

- D’ailleurs, j’préférerai rouge, à la limite. Mais c’est toi l’artiste, je me contenterai de mettre tout ça à ta disposition !

Puis il baissa les yeux.

- Et mes chaussures, si tu les aimes pas, t’auras qu’à les peindre aussi, elles sont vraiment trop confortables pour que je les change.

Et puis je n’ai pas un sou en poche, ma belle, alors les sorties crêpes, bières et shopping, il faudra trouver autre chose… Mais ça, il préférait ne pas en parler avec elle. Ça voulait dire parler de son père, ça voulait dire parler du passé, parce qu’elle demanderait, bien sûr, et il préférait ne pas aborder le sujet aussi vite. Il la retrouvait à peine – ils avaient tellement de choses à se dire et à partager, sa famille pouvait bien rester au loin, partir sur un navire et ne pas se faire entendre, tiens.

Il leva les yeux – puis lâcha Juliette, avant de sauter au-dessus d’un petit muret du jardin. L’autre côté donnait sur l’extérieur du Château.

- Saute aussi, j’ai un truc à te montrer !

Elle allait râler, c’était sûr – qu’est-ce qu’il la faisait sauter des murets, encore ? Mais elle allait le faire quand même…

Et quand il l’aurait rejoint de l’autre côté, elle aurait la réponse à sa question.

Il avait fait un graffiti sur ce muret il y avait un petit moment, déjà, à la demande de sa troupe de Luskan.

Un soleil rouge, rond, énorme, comme une balle qui bondissait vers le ciel. Un oiseau noir en deux lignes le chevauchant à moitié en haut à gauche – et formant comme une espèce de L. Le symbole de sa petite troupe de Luskan… Qui avait marqué un spectacle qu’ils avaient improvisé dans la salle de spectacle de Muzenn.

Simple mais efficace.

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Juliette Lykketil
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Lun 22 Sep 2014 - 16:46

- Mais pourquoi tu fais tout le temps ça !

Comme s'ils s'étaient quittés la veille, Juliette leva les yeux au ciel. Tout lui revenait en mémoire si rapidement, ici… Il n'en avait jamais marre de grimper aux murs pour atteindre les toits, de sauter par dessus des cloisons, de lui faire faire des bêtises, en soi… Et à chaque fois, elle, elle plongeait la tête la première dedans. Elle n'allait pas lui montrer qu'elle ne pouvait pas le faire, si ? Parce que c'était ça, le but. Se dépasser, montrer que si, si bien sûr que si, c'était tout à fait envisageable, même s'il était persuadé qu'elle ne pourrait pas. Elle pouvait toujours, ne serait-ce que pour le contredire. En Norvège, ça n'avait jamais été comme ça, avec personne. Personne ne la poussait à bout ou lui montrer qu'elle le pouvait, même quand elle était sûre que non. Bien sûr, elle avait eu quelques amis, des gens plutôt gentils, à qui elle n'avait malheureusement pas accordé une once de confiance parce que non, allons. Ça ne se donne pas à n'importe qui, la confiance, et elle n'était pas prête à la donner au premier venu. Ni au dernier… Et à celui du milieu non plus, d'ailleurs. Juliette, c'était une coquille pratiquement impossible à ouvrir ; je dis pratiquement moi, parce que Teo, il avait bien réussi, et puis d'autres aussi, avant.

Elle souffla bruyamment, bien assez fort pour qu'il l'entende, avant de le sauter quand même, ce foutu muret. C'était essentiellement pour lui faire plaisir en plus, et lui montrer - et se montrer aussi que le tableau qu'ils avaient d'eux n'avait pas vieilli. Juliette manqua de tomber, attrapa de justesse le tissu du tee-shirt de Teo, fronça les sourcils de colère avant de se redresser, le relâchant. Comme elle ne vit pas tout de suite le graffiti - elle avait de la frustration plein la tête et ça lui encombrait les yeux, elle en profita pour remettre ses cheveux derrière les oreilles, haussa un sourcil, écarquilla les yeux, tournant la tête à droite, et puis à gauche, avant de le voir, évidemment, ce dessin. C'était du Teo tout craché, ou un peu plus mûr, du moins, mais elle reconnaissait sa marque de fabrique, et sa façon de dessiner.

Le soleil, c'était, en somme, l'étoile qui allait le mieux à Teo. Mieux encore, le soleil, c'était, en somme, ce qui correspondait le plus à Teo en comparaison avec tout le reste. Dans une pièce, il était très vite reconnaissable pour ne pas dire automatiquement reconnu, parce qu'il rayonnait littéralement de tout et parce qu'il était doux, et chaleureux. Littéralement, il illuminait les pièces dans lesquelles il était présente. Au lycée, ça avait marqué Juliette, dès lors qu'elle y avait un peu fait attention, et elle avait compris, alors, quand les filles le regardaient d'un sourire béat et niais. Elle, ça l'agaçait, évidemment, parce que quelqu'un qui fait réagir les gens d'une telle manière, c'était forcément un idiot mais elle se gourait sur toute la ligne. Teo, c'était tout sauf un idiot.

- T'es vraiment le meilleur, tu sais ?

Et lorsqu'elle tournait les yeux, il pouvait bien le voir, dans son regard, qu'il n'y avait rien de plus vrai, et qu'elle croyait en lui plus fort que tout. Et puis, elle leva les yeux au ciel, alors qu'elle entamait un demi sourire, espiègle.

- … Après moi. Mais c'est déjà pas mal, non ? Qu'est-ce que t'en penses ? Dis-moi ce que ça te fait d'être le number two derrière Juliette Lykketil !
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Sam 4 Oct 2014 - 11:51

T'es vraiment le meilleur, tu sais ?

Elle le regardait, les yeux brillants de la joie d’être revenue, un grand sourire sur les lèvres, droite, fière, heureuse d’être là, porteuse de toute cette histoire vécue en Norvège qu’il ne connaissait pas, elle exprimait tout le bonheur de le retrouver, et ça le touchait droit au cœur. Les seules personnes qui pouvaient dire « T’es vraiment le meilleur » à Teo avec autant de sincérité, c’étaient ses sœurs, et ses sœurs, c’était la famille, et elles étaient les meilleures aussi. Soudés comme les cinq doigts de la main autour de la paume de leur mère. Il était le seul à être le meilleur, parmi elles, puisqu’il était la seule figure masculine. Teo, c’était leur frère, point.

Mais Juliette n’était pas sa sœur, et Juliette pensait elle aussi qu’il était le meilleur, et ça lui faisait chaud au ventre.

Le moment ne pouvait pas durer, cependant, et il explosa de rire lorsqu’elle termina sa phrase. Evidemment. Evidemment ! Juliette Lykketil qui ferait part de son admiration pour quelqu’un sans la relativiser l’instant d’après, ça ne pouvait être qu’un rêve ou une fausse Juliette. Il lui serra affectueusement l’épaule.

- Ça me fait pousser des ailes dans le dos.

Oh, Teo n’en avait rien à faire, d’être le meilleur – en quoique ce soit. Il n’avait aucune envie d’être le number one dans la tête de personne, il voulait juste faire du skateboard et peindre sur les murs et faire des chatouilles à Dana et préparer des tartes aux pommes avec Lucille et Gwen, en foutant de la farine partout sur les joues de la plus petite. Par contre, il n’en avait pas rien à faire, de compter pour Juliette – parce que oui, Miette, c’était l’une des personnes les plus importantes de son univers.

Celle avec qui il n’avait jamais de rides au coin des yeux, ou seulement de rire.

Celle avec qui il ne pouvait jamais faire semblant, parce qu’elle sentait tout avec un instinct toujours juste et malgré sa grande gueule, avait le tact nécessaire pour ne pas le titiller sur les points sensibles.

Celle avec qui il ne fuyait pas.

Celle avec qui il s’amusait sans cesse, renouvelant toujours les jeux, avec qui l’habitude de l’aventure s’était le mieux ancré pour les surprendre encore.

Celle avec qui ils étaient invincibles.

Celle avec qui il n’avait pas réussi à couper les ponts, quand son père avait traversé l’océan.

Il sourit.

- Peut-être qu’avec mes ailes je vais pouvoir te filer devant !

Et il partit en courant.

Pas au hasard – sa course, il la dirigea de façon à la faire passer dans toutes les rues où il avait tagué, ici une mouette sur une cheminée, là une silhouette adossée au mur – oh, il adorait dessiner des silhouettes, des silhouettes toutes colorées dans des positions différentes, souvent avec le soleil rouge derrière, et là un homme accroupi en tailleur, et ici une personne qui jetait furtivement un regard vers eux (seule la position, vacillante, permettait de donner cette impression fugace), plus loin un vieillard appuyé sur sa canne, là une jeune fille gênée qui dansait d’un pied sur l’autre, et là une autre qui courait à en perdre allure, et ils passèrent tous les deux devant en un éclair, la doublant dans sa course, haleines et souffles mêlés, alors que ses cheveux s’étendaient derrière elle, encore, encore, encore… Il ralentit, et Juliette le doubla, entrant dans le jardin où ils étaient revenus la première, le laissant pantelant, derrière.

- Bah ! Te suivre, c’est pas mal aussi. T’as plein de lieux magiques à me faire découvrir.

Il se laissa tomber dans l’herbe, d’abord sur les fesses, puis allongé sur le dos, et le monde devint un ciel bleu pailleté de nuages blancs.

- Comme la Norvège, par exemple. Est-ce que c’est tout blanc comme l’écureuil qu’on voit là-haut, là-bas ?

Et il montra du doigt un nuage dont l’extension en boudin pouvait vaguement rappeler la queue d’un écureuil, ou pas.

Raconte-moi, Miette, raconte-moi tout ce que je n'ai pas vécu avec toi, emmène-moi là-bas...

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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Dim 21 Déc 2014 - 18:23

Puisqu'il s'était mis à courir, forcément, il avait fallu qu'elle le suive. Les joues recouvertes de mercurochrome, elle en oublia même de râler pour l'état prochain de ses chaussures : "Ça ne sert pas à courir si vite, juste à être joli !" Mais lui, ça, il ne le comprenait pas, il ne l'avait d'ailleurs jamais compris alors pourquoi maintenant ? Aujourd'hui, ça n'avait plus autant d'importance qu'avant, aussi, d'où l'oubli de la remarque. Et il avait peut-être des ailes, mais elle était Juliette, donc indubitablement la première. Petite, elle refusait férocement de se faire doubler, d'avoir la médaille d'argent. En grandissant, ça s'était affirmé davantage, et elle râlait beaucoup après avoir un peu boudé, alors elle préférait tout donné plutôt que de devoir se fâcher ou crier. Alors, oui, peut-être bien qu'il avait des ailes, Juliette ne doutait d'ailleurs pas de leurs capacités comme elle ne doutait pas de leur invisibilité - quelqu'un comme Teo avait nécessairement quelque chose de prodigieux et d'extraordinaire pour être simplement ce qu'il était, mais c'était moins fort que l'ardeur et la fougue de Juliette, ou alors, et c'était sans doute vrai, même si Juliette n'y pensait pas, il savait exactement à quel moment s'effacer pour laisser les autres dans la lumière, et lui, c'était bien un des premiers à avoir compris que Juliette n'était rien d'autre qu'un papillon de nuit, et que seule, et sans luminosité, elle se laissait mourir. Et il l'aimait si fort qu'il savait à quel instant se laisser ralentir pour la laisser atteindre la lumière la première. D'ailleurs, elle se mit à sourire si fort quand elle le dépassa qu'elle en eu mal aux joues.

Quand il se jeta dans l'herbe, elle le regarda faire un instant, esquissa un nouveau sourire avant de le rejoindre, haussant les épaules à sa remarque. Elle, elle n'était pas lui, et de ce fait, non, elle n'avait aucun lieu magique à lui faire découvrir, et elle en était bien désolée. C'était son fort à lui, ça. Grimper sur les toits, et lui montrer tout ce qu'elle n'était pas en mesure de voir parce qu'elle était aveuglée par autre chose. Elle, elle suivait les chemins tracés, pas comme Teo qui préférait de loin les petites routes. Avant, il disait que peu importait, parce qu'elles mènent toutes au soleil, de toute façon, alors… Juliette, elle préférait de loin les chemins bétonnés, pour ne pas salir ses chaussures, mais Teo, lui, c'était évidemment le contraire. Il aimait la terre, et abîmer ses vêtements avec, ce n'était que des morceaux de tissus, alors quelle importance ? Pour Juliette, ça avait toute son importance, naturellement, mais lui, il écarquillait les yeux et se moquait d'elle. Il ne comprenait pas, vraiment. Il avait initié Juliette à la terre, et au camping. Idée farfelue qui avait faite rire tout le monde, mais même si elle en était revenue avec une bosse sur le front, elle était surtout revenue victorieuse. Elle avait vaincu les limaces, les pommes acidulées et les montages de la tente, ce week-end là.

Elle s'allongea à côté de lui, et haussa un sourcil, lorsqu'il lui montra l'écureuil blanc.

- Teo ! Ça ressemble à tout sauf à un écureuil blanc !

De ressemblant, il n'y avait que la couleur, mais lui, il voyait des choses que les autres ne voyaient pas, comme d'habitude.

- Et ce n'est pas toujours tout blanc comme ça. En fait, il y a aussi beaucoup de vert, et de bleu, ou de gris, tu sais, quand tu regardes le ciel et qu'il te semble si proche qu'il va te couler dessus ? Il ressemble ça, quand il va neiger, et après, oui, c'est tout blanc comme le nuage, mais il n'y a pas que ces couleurs-là.

Elle haussa de nouveau les épaules. Elle n'avait pas envie de rajouter quoi que ce soit. La Norvège, c'était un pays qu'elle adorait, et elle y avait passé des moments extraordinaires, mais c'était toujours anecdotique et elle avait l'impression que si elle lui disait tout maintenant, elle n'aurait plus rien à lui dire ensuite. Et puis, "extraordinaire"… Bien grand mot. Elle avait du mal à définir son séjour là-bas, malgré les rencontres, et les lieux magiques qu'elle avait vus, et l'ambiance scandinave… Juste, c'était trop chaud, et elle ne savait pas quoi lui dire, à lui, qui n'avait pas quitté la France, et qui avait vu l'évolution des gens qu'elle avait laissés, elle, en partant. Elle quitta les nuages des yeux, elle, elle ne voyait aucune forme, juste du coton qui flotte, alors l'ennui monta si vite qu'elle tourna la tête vers Teo, un brin d'herbe venait lui chatouiller la joue.

- Et toi, c'était comment, ici, quand je suis partie ?
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Mar 30 Déc 2014 - 16:43

Juliette, c'était une poète qui s'ignorait. Le ciel coulait, comme le miel, comme ses mots, et elle ne se rendait pas compte de la poésie de la chose, des images vives et douces qui lui envahissaient la tête en l'écoutant. Teo, il utilisait les premiers mots qui venaient, et ceux qui étaient en général les plus concrets, les plus proches de la réalité directe qui l'entourait. Les métaphores ? Très peu pour lui. D'ailleurs, ce n'était pas pour rien qu'il n'avait pas passé son bac de français. Alors il l'écoutait, en souriant, imaginant cet Ailleurs – parce que la Norvège était un Ailleurs, un endroit lointain et imaginaire qui n'existait pas véritablement sur les cartes, en fait, puisqu'elle ne pouvait avoir aucune réalité pour lui. Le fait que Juliette, qu'il connaissait si bien, puisse y avoir été et en être revenue donnait une toute autre authenticité audit lieu. La virtualité donnait doucement la place à la certitude qu'il était possible d'y mettre les pieds – Juliette avait créé un pont entre leurs existences. Alors la Scandinavie devenait vraie, et du même coup, il pouvait rêver de ce que ce serait, de s'y rendre.

Il s'en empêcha pourtant rapidement.

Partir, penser trouver mieux ailleurs, c'était exactement ce que son père avait fait, sans aucune considération pour ce qu'il laissait derrière lui. Teo n'était pas un fuyard – et jamais il n'abandonnerait sa mère et ses sœurs. D'ailleurs, la Bretagne était l'un des plus beaux endroits du monde, et il n'y avait aucune raison de vouloir jamais la quitter. Il n'y a que les marins qui partaient, pour l'amour de la mer, et sans blague, qui pouvait aimer autant les grosses flaques d'eau sans être un peu taré sur les bords ? On ne fait pas attendre les femmes au port.

- Ici, c'était presque le plus bel endroit du monde ! Fidèle à ce que notre chère Bretagne a toujours été, à une toute petite chose près…

Il laissa monter le suspense, avant de lui faire un clin d'oeil.

- C'est un tout petit peu moins beau sans toi !

Il s'assit autrement toujours dans l'herbe.

- Plus sérieusement, y a pas mal de choses qui ont changé pour moi. J'passe tout mon temps à Muzenn et pas trop au village, donc si tu veux des nouvelles de notre vie d'avant, faudra que tu demandes aux autres ou que tu ailles faire un tour au collège-lycée. Voir les profs qui n'ont pas dû bouger d'un centimètre et qui ont dû gagner quelques rides face à l'ingéniosité des nouvelles fournées de petits bretons… Remarque ils en ont tellement bavé avec nous qu'ils doivent être rodés, maintenant.

Non, quand Teo pensait à sa vie d'avant, il n'arrivait pas à la voir en mouvement. C'était une image figée, celle de leur groupe de lycée, de leurs rires et des radis balancés à la cantine. C'était terminé, ça. C'était du souvenir, c'était immuable, ça ne redémarrerait jamais. Quand il y repensait… C'était comme si ce n'était pas lui. C'était un autre Teo, un Teo qu'il reconnaissait à peine, un Teo insouciant, un Teo fils qui pensait que son papa porterait toujours son monde sur ses épaules. Un papa qui le protégerait de tout.

- Maintenant… J'ai un groupe sympa de potes Luskan à qui je fais de la pub pour leur danse hip hop, et je bosse dans un café, entre autres. Je fais des petits boulots à droite à gauche.

Et le reste… Le reste, y a-t-il vraiment besoin d'en parler ? Lui donner des nouvelles de Sloan ou de Lucile l'obligerait à parler de son père, de Dana… Juliette savait déjà, bien sûr, un peu, rapidement, sans détails, et il n'avait pas envie de s'appesantir là-dessus. Il n'en parlait d'ailleurs jamais à personne. Et en même temps… C'était Juliette, non ? La seule qu'il pourrait ramener à la maison, à l'occas'.

- S'tu veux passer à la maison, je suis sûre que Maelle serait ravie de t'accueillir à nouveau à table. Quand elle demande de tes nouvelles, elle parle encore de toi comme « sa gosse en plus »… Puis, c'est beaucoup plus vide, maintenant. Gwen a beaucoup grandi, je pense que tu ne la reconnaîtrai pas… elle a onze ans, maintenant, donc tu imagines comme elle a pu pousser. Lucile va bien, mais les autres sont rarement à la maison.

Juliette comprendrait – elle savait que son père était parti, elle savait que Dana était souvent à l'hôpital… elle se demanderait peut-être pour Sloan, mais c'était logique que Sloan fasse sa vie, maintenant, elle restait la plus âgée et on ne reste pas infiniment à la maison...

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Juliette Lykketil
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Lun 19 Jan 2015 - 16:28

Pas besoin d'entendre la suite de la phrase de Teo pour en imaginer déjà la fin. La Bretagne, le plus bel endroit du monde à un détail. Le détail, c'était forcément Juliette, dans la tête de Teo. Les yeux toujours rivés sur lui, elle esquissa un sourire, et se laissa un instant pour profiter du moment. Ça sonnait drôlement doux à ses oreilles, il fallait dire, et elle entendait rarement des compliments comme celui-ci. Détournant le regard vers les brins d'herbe à côté de son visage, elle se laissa loucher dessus doucement en continuant d'y penser, et son regard se perdit lentement dans une ligne verte qui devint progressivement toute floue, incapable de la lâcher des yeux. Savoir qu'elle comptait tant pour quelqu'un, ça lui rendait l'estomac tout tiède. Pourtant, elle se savait importante dans la vie des gens en général. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, elle savait se faire remarquer quand il le fallait et surtout quand il ne le fallait pas, et elle savait que Teo avait peu de souvenirs du lycée où Juliette n'était pas là. Pareil pour elle, en plus, parce que dans les bons comme dans les mauvais moments, elle se souvenait toujours apercevoir Teo une ou deux tables plus loin d'elle, dans la classe, ou même à côté d'elle, à la cafétéria, ou derrière ou devant elle dans la rue lorsqu'ils allaient tous manger dehors, entre amis, ou tout simplement rien que tous les deux, côte à côte, quand ils rentraient chez eux une fois les cours finis. Il suffisait d'un sourire, et puis tout était dit, déjà à l'époque, et déjà l'époque, c'était mignon. Pourtant, les sourires, ça n'avait jamais suffit, ni à l'un, ni à l'autre, puisque personne n'arrivait à les faire arrêter de parler, lorsqu'ils commençaient. En cours, on les avait toujours séparés, et ça ne les avait jamais empêché de bavarder, même s'ils étaient à l'exact opposé l'un de l'autre. Les cours, pour Juliette, ça n'avait jamais eu tant d'importance, et puis elle s'était débrouillée comme une grande jusqu'à la fin pour réussir comme il fallait, alors elle s'était un peu octroyée le droit de faire un peu ce qu'elle voulait, et ce qu'elle voulait, forcément, de son lever jusqu'à son coucher, c'était rire, et Teo, c'était pareil, alors ils s'étaient bien trouvés. Pas besoin de déclaration ou autre, Juliette n'aimait pas ça, fronçait les sourcils, et les levait de panique et de gêne, et elle n'était pas non persuadée que Teo réagirait correctement au témoignage d'amitié qu'elle lui ferait. Non, pour ça, pas besoin de parler, c'était déjà tout vu.

Lorsqu'elle avait quitté la Bretagne, elle avait laissé derrière elle un groupe d'amis très soudé, tous drôles à souhait et pleins de – stupides – bonnes initiatives. En Norvège, elle avait compris que le groupe s'était fissuré peu de temps après son départ, les gens allant à droite et à gauche sans regarder si les autres suivaient ou non. Elle, elle avait gardé contact avec tout le monde. Le Bretagne, et ses amis, c'était ce qui l'avait fait tenir en Scandinavie, au début, lorsqu'elle n'avait rien. Évidemment, au début, c'était tout exacerbé, et les appels coûtaient une fortune, mais ce n'était pas grave, et s'il fallait passer la nuit au téléphone avec l'un, et puis rappeler l'autre, et puis envoyer des tas de messages, elle le faisait, et avec un gigantesque sourire aux lèvres en plus, et tant pis si Papa râlait en début de mois. Ensuite, ça s'était éteint, tout doucement, ça avait perdu de son ampleur lentement, sans s'en cacher vraiment. Elle avait attendu des appels qui n'étaient pas venus, ou avec quelques semaines de retard, elle-même oubliait de rappeler, après, et ne s'étonnait plus de ne plus recevoir de lettres à un rythme aussi soutenu. Et... Le stade final était arrivé. Elle s'étonnait de recevoir des messages, écarquillait les yeux d'avoir des nouvelles, contente, répondait vivement, sans avoir grand chose à raconter. Le fossé s'était mis en place. Sa relation avec Teo, elle l'avait gardée sans réellement y penser, comme avec les autres. Les messages n'affluaient pas, et ils ne s'appelaient même pas, et les lettres... Juliette n'aimait pas écrire, et répondait rarement à ce qu'on avait pu lui envoyer, et pourtant ça avait marché quand même. Il était assis à côté d'elle, et ça fonctionnait.

- Tu viendrais avec moi, si j'allais les voir ?

Pas qu'elle avait peur d'y aller seule, mais elle savait pourquoi Teo, lui, s'était éloigné d'eux, et elle trouvait ça dommage, de laisser tomber une aussi jolie période de sa vie. Elle, elle faisait toujours tout pour s'en souvenir alors... Lui, il était passé à autre chose, alors qu'elle, pas du tout. Elle avait l'impression que tout avait gelé quand elle avait quitté le pays, et qu'elle revenait pour faire fondre tout le monde. Lui, il avait de nouveaux amis, des gens qu'il devait sans doute beaucoup apprécié pour lui en parler. Elle, elle n'avait que lui, et les autres, mais c'était pas pareil, mais lui il avait avancé malgré les obstacles. Juliette était bien incapable d'en faire de même. Elle faisait d'une petite dispute une gigantesque chaîne de montagnes, et avait un syndrome nostalgique psychotique ultra puissant. Difficile pour elle d'aller de l'avant lorsque l'avant ne lui faisait pas signe que c'était mieux plus loin que derrière elle. Alors oui, forcément, qu'elle se le devait à elle, d'aller voir les anciens de son lycée, voir si c'était pareil, essayer de le rendre pareil si ça ne l'était pas...

- Moi, j'ai envie de tous les revoir. Maelle et toutes tes sœurs sans exception.

Elle agrandit son sourire, et releva sa tête pour mieux voir les yeux vers Teo, arrachant des brins d'herbe du bout des doigts.

- Sauf peut-être Dana. J'ai toujours cette histoire de livre en travers de la gorge.

Juliette releva sa main pour lui donner un léger coup dans le flan, croisant son regard, toujours tout sourire, l'air de dire : « C'est quoi le problème ? »

- Bon, assez discuté, on fait quoi ce soir ?

Soudainement, elle écarquilla les yeux, laissant sa tête retomber lourdement sur la pelouse en la secouant frénétiquement, comme frappée par une illumination.

- J'veux boire dans un pub ! T'en connais, ici ?

Souriant trèèèèès largement de nouveau, les yeux dans le ciel, elle reprit :

- Si ici, les garçons sont pas beaux, j'rentre en Norvège, je te préviens.
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Comme si c'était hier   Ven 23 Jan 2015 - 17:36

Juliette, c'était la glue qui les tenait collés ensemble, au lycée, ou, en tout cas, celle qui collait Teo aux autres. Ils avaient ri, d'autres avaient ri, puis ils avaient tous ri ensemble et ils se traînaient partout les uns les autres. Et puis elle était partie, et ça avait été un peu vide, tout de suite, un peu moins drôle d'entendre les rires et de ne ressentir que l'écho du sien, gelé quelque part en Norvège. Teo avait ri plus fort, pour couvrir le silence, et les autres aussi. Puis Manu était parti. Manu était parti, et quand ils l'avaient appris, les autres avaient arrêté de rire quand il les rejoignait. Il n'y avait plus les rires, il y avait juste le silence, un silence gêné et violent, noyé dans des regards où il lisait une pitié qui le dégoûtait. « Taisez-vous, Teo arrive. On risque de le blesser, à trop rire, vous vous rendez compte, sa sœur est malade et son père s'est barré… C'est tellement triste… Non, un peu de respect pour sa douleur, n'explosez pas de rire à tout va, gardez votre amusement pour vous en sa présence. » C'était comme si tout le monde s'était passé le mot. Teo, ce n'était pas ça, qu'il voulait, alors Teo était parti.

Il avait coupé les ponts avec tout le monde, sauf avec Juliette, qui lui envoyait des messages toujours aussi spontanément, qui hurlait à l'écrit, mettait des majuscules, des points d'exclamation ou d'interrogation en kyrielle, et disait n'importe quoi. Lui ne répondait pas, parce qu'il ne pouvait pas se permettre de se payer un forfait international, mais elle s'en foutait, elle attendait ses lettres et il y écrivait un nombre de conneries à la minute assez impressionnant pour que le temps de retard ne signifie plus rien. Il ne le lui avait pas dit, au début, pour Manu, parce qu'il ne voulait pas que ça change, il ne voulait pas qu'elle fasse comme les autres. Mais Juliette, elle n'était pas comme les autres, et d'ailleurs, elle n'était pas influencée par eux. Il n'avait pas voulu lui mentir non plus, et il l'avait écrit à la va vite, avec un smiley au bout et une blague derrière pour changer le sujet rapidement. Et elle avait été parfaite.

Alors quand elle posa la question, il fit la grimace, et il fit semblant de ne pas comprendre.

- Qui, les profs ? Oui, bien sûr ! Ce sera marrant d'aller raconter aux nouveaux la fois où Madame Billard est tombée de sa chaise… Ou quand on s'était tous mis debout sur nos bureaux en cours de français après avoir vu le Cercle des Poètes disparus en criant des répliques…

Il sourit. Voilà, c'est bon, l'orage est passé et le sourire est revenu. Retrouver les bons moments, il voulait bien ; mais les autres, non, il ne pouvait pas y aller. Trop de non-dits, trop de liens dénoués. Ils étaient tous désolés pour lui, et au final, il avait bien remarqué que pas un seul n'avait fait un pas vers lui pour lui redonner le sourire. C'était à Muzenn, qu'il l'avait retrouvé. Et après, il l'avait ramené à la maison, pour ses sœurs, et pour sa mère.

Teo explosa de rire.

Oh, Juliette, Juliette ! Il aurait voulu lui dire merci mille fois. Quand les gens parlaient de Dana - les rares qui parlaient d'elle – c'était toujours en pensant à sa maladie, au fait que peut-être elle ne vivrait pas bien longtemps. Mais Juliette, elle faisait resurgir des souvenirs d'avant, elle ne prenait pas de pincettes, elle se souvenait de Dana comme d'une petite fille coléreuse qui lui avait déchiré son livre, sans faire exprès bien sûr… Elle faisait vivre Dana comme une véritable personne, plutôt qu'un corps alité, et ça lui faisait chaud au coeur. Juliette, elle comprenait toujours, et il l'aimait pour ça.

- Il y a le pub irlandais, c'est sympa. J'te le montre ce soir, et demain j'invite les potes à nous y rejoindre, d'accord ? Ils te plairont. C'est une belle bande de joyeux lurons, et ils t'en feront voir de toutes les couleurs.

Puis il lui fit un clin d’œil.

- Quant aux garçons, aucun Norvégien ni aucun Breton n'arrive à la cheville de ma blondeur, alors oublie-les tous !

Son rire sursauta dans sa gorge, profond, heureux, et il partit en courant vers le pub.

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Comme si c'était hier

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