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 Lendemain

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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Lendemain   Mar 1 Juil 2014 - 21:52


C'était une sensation tellement étrange que de sentir la boule dans son ventre rétrécir doucement pour finalement disparaître. Ça avait été un processus drôlement long : onze heures, pour être exacte. Elle l'avait sentie enfler dans son ventre – des fois tellement qu'elle n'arrivait pas à respirer, retrouver le sentiment bizarre de ne rien, vraiment plus rien contrôler – et il y avait aussi des baisses de vigilance, qui la faisait se décontracter, avant que la conversation sur le sujet ne revienne sur le tapis et où le poids dans son estomac remontait jusque dans sa gorge tellement vite et fort qu'elle aurait pu en vomir. Il y avait sa sœur, pourtant, et Faustine aussi, mais rien pour la faire oublier complètement la cérémonie en l'hommage de Clio. Même dans les silences, elle les entendait tous crier leur indignation. Comment Alexandre de Narjac avait-il osé faire une chose pareille ? Même à Jeanne, ça lui semblait dément. Il n'était qu'un jeune homme – pas assez vieux pour prendre en charge ce genre de choses, mais il s'était levé contre tout le monde, et avait fait ce qu'aurait du faire Appoline Tresadenn, ou bien Iestin Cabedoce. Lui aussi, avait rejoint le manoir Tresadenn pour se révolter contre les agissements du Prederi. Une nuit interminable, entrecoupée de discussions n'allant nulle part au début pour finalement déboucher sur quelque chose de positif – l'angoisse de Jeanne s'amenuisait – pour repartir ensuite sur les complications de la soirée – l'inquiétude remontait tellement vite.

À huit heures du matin, le calme était presque revenu. Iestin avait usé de tous les stratagèmes pour empêcher que les parents de Jeanne ne l'empêche de rentrer au château et avait réussi. Jusqu'au dernier moment, elle n'y avait pas cru. Elle avait attendu sans jamais voir arriver le dernier rebondissement de la soirée qui ferait qu'elle ne retournerait pas là-bas, et qu'elle resterait coincée dans sa prison dorée où l'air lui manquait. Lorsque la portière de la voiture se referma sur elle, Iestin Cabedoce à ses côtés, elle pria pour qu'on parte vite et qu'on s'éloigne du lieu de cauchemar dans lequel elle avait passé la nuit à les regarder s'emporter, puis chercher des solutions, puis protester encore, et, même quand la fatigue les gagnait, il y en avait toujours un pour les remonter, et ça tonnait de nouveau. Iestin lui adressait des sourires polis dès qu'il croisait son regard et Jeanne n'arriva pas à les lui rendre. De temps en temps, elle se tournait vers la fenêtre arrière, s'attendait à y voir la voiture de ses parents, ou celle d'Appoline Tresadenn parce qu'ils avaient changé d'avis, mais rien ne se produit.

- Je suis ravi que vous reveniez à Muzenn.
- Je le suis aussi.

Lorsque l'on approcha Muzenn, la tension était moins palpable. Jeanne demanda à ce qu'on la dépose vers le cercle de pierres, et c'est ce que le chauffeur fit. Elle tenta un ultime sourire qu'elle réussit. Iestin fit de même, alors elle claqua la porte. Elle regarda la voiture s'éloigner jusqu'à finalement ne plus la voir, et s'avancer vers la plaine où reposait les pierres. Les peintures avaient déjà été effacées, et l'on ne pouvait plus aller à l'intérieur. Jeanne essaya quand même, en posant sa main dessus, appuya, sans succès. Ça ne faisait rien, c'était bien, comme ça. Toujours habillée de sa robe de la veille, et les cheveux tout emmêlés, elle s'assit dans l'herbe, c'était tout humide et le blanc deviendrait vert, mais qu'importait. Elle finit par s'allonger, devant la première pierre, avant de fermer les yeux et sourire pour de vrai.

Ici, ça irait mieux.
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Lendemain   Jeu 10 Juil 2014 - 20:23

La fatigue pesait comme deux ailes de papillon sur les yeux pourtant ouverts de Teo. Il avançait dans le petit matin, écrasant de ses pieds l'herbe couverte de rosée, alors que le ciel se teintait, lui aussi, de ces couleurs pastel. Bientôt le soleil serait une grosse boule orange à l'horizon, mais pour l'instant, ce n'était qu'un simple croissant qui dépassait de la surface de la terre, et bientôt, Teo ne le vit même plus, quittant la route pour s'engouffrer entre les arbres. La forêt de Brocéliande, elle aussi, était voilée par la fatigue, toute engourdie encore, et la mousse retenait chacun des sons qu'il faisait. Tout était calme – il avait toujours aimé se promener dans la forêt le matin, lorsque la lumière commence à percer et que l'impression sereine d'être seul au monde descendait sur son âme.

La soirée avait été riche en émotions, entre les Tableaux vivants, les troupeaux de Profanes, le Manoir. Pouvoir fêter les Muses au milieu des Artistes, pouvoir partager cette joie avec ses sœurs – et Dana qui voudrait connaître tous les détails, et qui serait tellement heureuse d'entendre leurs histoires. Elle ressemblait à une grand-mère, un peu, et Teo aurait préféré mille fois pouvoir l'amener ici, mais ça n'avait pas été possible… Sloan avait ramené Gwen lorsqu'il s'était fait tard pour la petite, et Lucille avait rejoint des amies à elle, de sorte qu'il l'avait perdu de vue vers 3h ou 4h du matin. Nuit onirique pour tout le monde…

Spontanément, il se dirigea vers le Cercle de Pierres, cherchant à retrouver le lieu premier des festivités. Le chemin était tout tracé – les Profanes avaient laissé derrière eux bon nombre de déchets, sans respect pour le lieu sacré des Muses. Il viendrait donner un coup de main pour nettoyer…

Arrivé, il laissa une main glisser sur l'un des menhirs, s'accrochant aux aspérités de la pierre, avant de reconnaitre… Jeanne.

Elle était allongée par terre, un sourire ensoleillé sur le visage, complètement détendue. Il ne l'avait pas vu pour le reste de la soirée, après lui avoir rendu son gilet, et son dernier souvenir d'elle était le souvenir d'une jeune femme tendue, les sourcils froncés, les lèvres closes. Il ne contrôla pas le sourire qui s'empara de ses lèvres en la trouvant si différente. S'avançant sans se cacher, ses jambes battant les herbes humides dans un mouvement discret et régulier, le son de son approche se moucha lorsqu'il s'arrêta à deux mètres d'elle, au centre du cercle.

- J'adore le matin.

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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Re: Lendemain   Dim 18 Jan 2015 - 19:22

La voix lui arracha la douceur du moment, et elle soupira presque silencieusement, incapable de savoir si c'était bien ou pas de ne plus être seule du tout, mais ne la fit curieusement pas sursauter. Son estomac, fatigué de la nuit, peut-être, n'avait pas bondi, et son cœur non plus. Juste ses yeux s'étaient ouverts d'un coup, pour chercher une raison, une source. C'était le visage de Teo qu'elle vit aussitôt. Bizarrement, comme à chaque fois qu'elle voit Teo, ses réflexes surgirent, et elle se redressa aussitôt, feinta un étirement, recoiffa ses cheveux humidifiés et sales à cause de l'herbe, lui adressa un sourire lorsqu'elle croisa de nouveau son regard qu'elle avait lâché une seconde pour vérifier sa tenue, rabaissa les yeux sa robe, la même qu'hier soir, le soir du drame. Elle n'aurait pas su dire si elle était trop paisible ou trop passive pour lui répondre, le fait était qu'elle ne lui répondait tout simplement pas, mais qu'il sembla simplement s'en accommoder. Elle tenta un nouveau sourire, mais elle était toute ankylosée de sa nuit passée. Il adorait le matin, et elle aussi, c'était un fait véridique, et d'ailleurs, elle l'aimait sans doute par principe, parce qu'elle n'aimait pas la nuit. Cette nuit. Cette nuit-là, elle la vit entièrement défiler. Pas une seconde de perdue, et nul besoin de ses stupides dix minutes habituellement nécessaire pour émerger complètement de l'état de sommeil. Pareil, elle vit heure de l'horloge défiler aussi aussi, elle qui n'avait cessé de troubler le silence lorsqu'il y en avait, lui paraissait tellement familière, maintenant. Étonnant à quel point, dans sa tête, les aiguilles des secondes tapaient fort contre son crâne. Elle avait appris, comme un jeu, à s'efforcer de mettre sa patience à l'épreuve, jusqu'au fameux moment de silence d'une seconde, jusqu'à ce que ça tape encore, et puis encore pareil, inlassablement et répétitivement, ça ne changeait pas, toujours la même sonorité. Étonnant aussi, à quel point c'était la seule à avoir remarqué ce retentissement permanent qui lui criait dans les oreilles, à quel point elle était la seule à avoir presque envie de grimacer lorsque ça sonnait, à quel point les autres ne la remarquait même pas, cette fichue horloge qui avait rajoutait sa voix à cette nuit longue et fatigante.

Sans savoir ce qui se passait dans la tête de Teo, elle l'imaginait au moins, lorsqu'elle le regardait, et elle savait avec lui que le silence ne durerait pas bien longtemps, pas qu'il veuille toujours parler pour arrêter l'accalmie, mais elle l'avait rarement connu silencieux, les fois où elle l'avait croisé. Il avait toujours la bonne parole à dire au bon moment, et c'était elle, qui, les trois-quarts du temps, venait tout gâcher en partant ou en se vexant. Elle ne pouvait pas le blâmer pour être ce qu'il était, et elle non plus, on ne pouvait pas la blâmer de poser des barrières quand elle sentait les gens essayer de rentrer chez elle. Lui, il ne le faisait pas pour la blesser, mais quand même, il y a des réflexes qui ne se perdent pas, et quand même, ça lui faisait peur. Dehors, les gens étaient trop intrusifs, et Jeanne détestait ça, l'intrusion. Mais Teo, il ne faisait pas tout ça pour être agressif, ni pour faire irruption comme ça dans sa vie, mais Jeanne avait du mal à faire la différence, sur le moment, alors tout de suite, c'était mal interprété des deux côtés.

Peut-être, se dit-elle, peut-être qu'un jour, il faudrait qu'elle fasse un pas, laisser sa porte entrouverte, voir si les gens rentrent ou pas.

Si Teo rentre ou pas.

Alors, doucement (c'était difficile de briser le silence, c'était joli, avec le vent qui frappait contre les menhirs, et puis même, c'est tout le temps joli le silence, quand il n'y a rien à dire), elle ouvrit la bouche, ne parla pas tout de suite, attendit un peu, que Teo capte son regard, et tenta de parler distinctement, mais ses cordes vocales s'emmêlèrent et firent de gros nœuds difficilement défaisables. Elle s'éclaircit la gorge, avant de reprendre après un moment, incapable de savoir si elle voulait une réponse ou non :

-  Comment était la soirée de Narjac, hier ?
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Lendemain   Mer 21 Jan 2015 - 17:00

Il s'en voulut presque, en la voyant perdre le sourire béat de sa solitude – il l'avait trouvée seule avec le matin, profitant de chaque rayon, s'autorisant à être elle-même, et il avait l'impression, par sa présence, de l'en empêcher à nouveau. Cette facette de la jeune femme l'intriguait énormément ; il lui semblait qu'elle jouait toujours un rôle, un rôle devant sa famille, un rôle devant les gens de la fête, un rôle devant Tessa et lui au pub irlandais… Elle se cachait, glissait entre leurs doigts, traître, pour ne jamais les laisser saisir ses véritables pensées, ses véritables envies. Son sourire, son air détendu, ce qui la faisait pulser et vivre, ce qui la rendait heureuse, elle le gardait pour elle, pour elle et pour elle seule. Pour le soleil peut-être, pour la pierre, pour les arbres, pour les oiseaux – mais pas pour les hommes.

Il aurait voulu que sa présence ne change rien : qu'elle continue à être dans tout son naturel, qu'elle ne ressente pas le besoin de se cacher, d'être autre. Elle était si consciente d'elle-même, déjà, à vérifier sa tenue et son rôle, son costume en sorte, elle venait de sauter dedans. Il aurait voulu qu'elle ne le fasse pas avec lui, qu'elle continue à se moquer éperdument de la façon dont ses cheveux lui tombaient autour du visage. Il aurait voulu que son arrivée soit interprété comme un événement de la vie comme un autre, allez, on suit le courant et on sourit aux poissons, plutôt que comme quelque chose à devoir tenir ou retenir, quelque chose qui pourrait créer une tension, un recul, une méfiance. Il aurait voulu qu'elle se fiche de ce qu'il pouvait penser comme de sa première chaussette ou des brins d'herbe qu'elle écrasait. Il aurait voulu qu'elle dise « C'est moi ! » avec un petit air de défi, ce petit air de défi qu'il retrouvait si souvent sur le menton relevé de sa meilleure amie, et qu'elle se vive pleinement. Il aurait voulu ne pas être jeté dans le panier des gens qui pourraient la blesser, ou qui voudraient qu'elle soit comme ci ou comme ça, qu'elle agisse comme ceci ou comme cela, qu'elle garde telle ou telle attitude face à l'adversité du monde.

Il aurait voulu qu'elle lui fasse confiance.

Mais la confiance, ça vient, doucement, ça s'installe comme un chat ronronnant dans un vieux carton : après maints mouvements attentifs des oreilles, maints reniflements, maints coups d’œil et maints coups de pattes, pour vérifier qu'il n'y a pas de danger. Ça ne tombe pas du ciel, ça se construit, pierre par pierre, au fil de mille petites actions minuscules qui prouvent que l'on peut compter sur l'autre.

Au final, il ne pouvait pas lui en vouloir, à cette fille croisée trois fois en coups de vent, avec qui il avait échangé à peine quelques mots, davantage de regards, beaucoup moins de sourires, de garder ses distances et de ne pas continuer à s'abreuver du matin en sa présence. De reprendre le cours de la vie, les gestes politiquement acceptables, les discussions mondaines. Et il ne lui en voulait pas. C'était d'ailleurs tout naturel et – il ne voulait rien lui empêcher.

Et elle, visiblement, était prête à dialoguer avec lui.

Il sourit, alors, puis s'installa dans l'herbe à son tour, s'asseyant d'abord, se laissant ensuite tomber en arrière, pour regarder le ciel. Pas encore tout bleu, le ciel – des coups de pinceau roses, oranges et violets bariolaient les cimes des arbres.

Voilà, tu vois, moi je m'en fous, de ce que tu penses, je m'allonge et c'est cool, et toi tu fais ce que tu veux, tout ce que tu feras je le trouverai formidable, alors n'aie pas peur, les autres on s'en fout.

- Alex s'est fait arrêter par le Réseau, il blâme les Tresadenn.

Ce pour quoi il n'avait pas entièrement tort – ce n'était simplement pas les Tresadenn auxquels il pensait qui l'avaient le plus trahi… Teo refoula une vague de remords, vite bouffée par ses pensées pour Dana.

- Mais ne parlons pas de toutes ces intrigues et chamailleries familiales, franchement, on en entend déjà assez parler quand on n'y est pour rien sans en plus ramener le sujet nous-mêmes, tu ne penses pas ?

Il sourit – se demanda quel sujet aborder avec elle. Il avait envie de la connaître mieux, ça il le savait depuis le début, mais par où commencer ? Elle semblait si… secrète. Il devinait tabous les sujets de romance, ceux de famille aussi. Mais s'il ne pouvait pas lui parler d'elle, et bien, il parlerait de lui et de mille autres choses ! Il savait si bien le faire.

- Il y a mille choses tellement plus intéressantes. J'suis sûr qu'on peut faire une liste. Genre, une liste de tous les trucs trop cools qu'on a envie de faire. Genre faire du parapente et voler comme un oiseau !

Il tendit son pouce, puis continua à compter sur ses doigts alors qu'il énumérait.

- Grimper à l'arbre le plus haut de Brocéliande. Faire la course en nageant le plus loin possible vers l'horizon. Construire une cabane. Inventer une recette de cuisine. Faire le tour de Bretagne à vélo. Mettre de la musique et danser jusqu'à ne plus sentir ses pieds. Mettre de la couleur sur tous les murs de Muzenn. Peindre le visage des gens. Euh…

Allez, je sèche, tu m'aides? C'est quoi, tes rêves à toi ?

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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Re: Lendemain   Dim 25 Jan 2015 - 15:33

Elle leva les yeux au ciel, lorsqu'il répondit. Sans savoir si elle voulait en savoir davantage ou non, elle haussa les épaules de dépit. De dépit et de lassitude, aussi. Les Tresadenn. Évidemment, de Narjac devait penser ça. Sans doute, il devait se sentir si important que les hauts rangs des Tresadenn eux-mêmes seraient venus le chercher chez lui. Qu'il était imbu de sa personne, et qu'il était suffisant, ce de Narjac. Et qu'il était vaniteux ! Dans un excès de colère qui monta de son ventre jusqu'à sa gorge, comme une grosse boule de bowling lui vrillant les cordes vocales, elle espéra qu'il passe un très mauvais moment, en cet instant. Et puis, le remord pris le pas sur son emportement, et la boule descendit lentement (trop lentement) jusqu'au fin fond de son estomac pour peser si lourd qu'elle en eut du mal se tenir droite. Peut-être était-il juste comme ça, et elle savait qu'il était très compliqué de changer, et de se faire supporter des autres en général, au quotidien. Se redressant correctement, elle ouvrit la bouche pour dire doucement, incapable de savoir si elle arriverait à parler distinctement, ça pesait trop lourd :

- Ce que j'en dis, c'est qu'il n'aurait pas du faire ce qu'il a fait. Mais, bien. Parlons d'autres choses. Alexandre de Narjac ne t'intéresse sans doute pas assez pour qu'on disserte sur lui.

Elle souffla, difficilement.

- Et je ne pense rien.

Aucune envie de lui dire que certes, en effet, elle en entendait assez parlé. Toute la nuit durant, elle en avait entendu parlé. Et toute sa vie durant, s'il fallait aller jusque là, elle avait entendu parler de ces petites guerres froides que se menaient entre eux les différentes familles des Dons. Pire encore, elle savait d'ores et déjà qu'elle en entendrait encore parlé jusqu'à sa mort. Et c'était difficile de l'imaginer, tellement c'était déjà compliqué à gérer, aujourd'hui. Peut-être qu'elle était encore trop jeune pour s'en lasser, mais elle ne savait pas comment faire pour s'y intéresser de nouveau. Comment faire ? Des fois, elle y était forcée, comme hier soir, où elle était obligée de prendre part, mais en général, elle soufflait à l'intérieur (ne pas montrer, jamais.), et gardait le regard vide, en faisant mine d'écouter en se disant que ça finirait par passer, parce que ça passe toujours.

N'est-ce pas ?

Elle eut du mal à répondre au sourire de Teo, mais tenta quand même, et l'écouta parler. Elle, silencieuse à côté. Ça faisait tâche de toujours se taire quand les autres discutaient, mais il y avait toujours trop d'enjeux pour simplement s'oublier et faire comme si de rien n'était. Teo, il ne demandait rien de plus qu'une discussion sans qu'aucun des deux aient de besoin de se mettre sur la défensive et d'attaquer. Elle ne savait pas si elle en serait un jour capable, mais toutes les fois où elle le croisait, elle essayait vraiment.
Et à chaque fois, ça ratait.

- Tu veux vraiment voler comme un oiseau ?

Elle était rêveuse, mais pas à ce point. Elle s'imaginait toujours faire des tas de choses – qui s'arrêtaient toujours au stade de « à faire peut-être, à voir » et qui ne se concrétisaient jamais, au final. Les gens attendaient trop d'elle pour qu'elle fasse simplement ce qu'elle voulait seulement. S'octroyer du temps, c'était difficile, même à Muzenn. Et pourtant, elle s'était battue si fort pour venir ici qu'aujourd'hui, fatiguée et à bout de force, elle se demandait comment est-ce qu'elle avait fait pour le faire quand même, malgré les réticences des uns et des autres. Elle ne se sentait plus capable de se battre comme elle l'avait pour en arriver là où elle en était.

- Je suis navrée, Teo. Je ne rêve de rien. C'est toi, celui qui a des rêves qui débordent de ton cerveau, pas moi.  Toi, continue. Qu'est-ce que tu voudrais faire d'autre, encore ?
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Teo Cioban
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MessageSujet: Re: Lendemain   Lun 26 Jan 2015 - 22:25

Teo ne réagit pas à la réponse de Jeanne sur Alexandre de Narjac. Elle avait tort, le jeune écrivain l'intéressait grandement, surtout pour l'ambiguité qu'il entretenait entre son côté jeune, détendu, et son côté… riche, maniéré. Il ne comprenait pas vraiment Alex, avait apprécié boire du vin avec lui, se demandait s'il se verrait vraiment aller au ciné avec lui ou faire quoique ce soit d'habituel. Il semblait un peu dans d'autres sphères – celle de l'écriture, celle des objets d'art,  celle de ceux qui vivaient dans des manoirs. Remarque, Jeanne aussi faisait certainement partie de cette dernière catégorie et il avait déjà passé des soirées avec elle. Non, décidément, Alex était un jeune comme tout le monde, et ces différences ne le rebutaient pas. Son appartenance aux Prédéri non plus – qui choisis sa Famille ? Les personnalités pouvaient froisser Teo, et encore – en général, il laissait filer, et se contentait de chercher la présence de ceux qu'il appréciait le plus. Alors autant ne pas parler d'Alex avec Jeanne s'il l'offusquait pour des raisons extérieures ; Teo, Tresadenn, n'avait pas été vexé le moins du monde des actions de l'écrivain, mais après tout, les trucs Familiaux, les codes d'honneur, les étiquettes en vigueur et tout ce bazar-là, il n'y connaissait rien. Il se moquait des raisons qui poussaient les uns ou les autres à agir d'une manière ou d'une autre, et n'en comprenait pas les conséquences et les aboutissants. Lui, tout ce qu'il savait, c'est qu'il avait été invité dans une demeure génialissime et qu'il en avait bien profité. Et que maintenant, c'était terminé. Derrière lui, passé. Volons vers de nouveaux horizons.

- Qui n'a jamais rêvé de s'envoler vers le Pays Imaginaire ?

Il lui fit un clin d’œil.

- Ce serait sympa, même juste une fois, de voir notre petit coin de là-haut, de côtoyer les nuages un instant, de voir les choses sous un tout nouvel angle et d'en oublier tout le reste. Le vent et la vue, et c'est tout !

Mais Jeanne, si sereine dans sa solitude, avait déjà l'air beaucoup plus stressée et… fatiguée. La nuit avait été longue, quoiqu'il en soit. Il n'insista pas. Jetant un œil aux nuages, il continua comme elle le lui demandait – optant pour un brin de sincérité supplémentaire.

- Mon vrai rêve, c'est de pouvoir aider mes sœurs à réaliser les leurs.

Il lui sourit encore, sans rien attendre en retour.

- Je suis sûr que tu en as, toi aussi, des rêves, et qu'ils sont magnifiques. C'est juste que tu n'as pas mis de mots dessus et que peut-être les pensées aussi se brouillent dans tous les sens et ne veulent pas s'avouer. C'est dur, d'avouer qu'on veut quelque chose, parce que ça veut dire qu'on peut nous l'interdire ou nous le voler…

Il parlait trop, parfois. Se relevant, il sortit sa bombe jaune de son sac à dos – jaune pour Clio, jaune pour Tresadenn. Un menhir devant lui, et il y traça, lentement, une trompette simplifiée, dessin d'enfant, une ligne qui s'ouvre en entonnoir, deux ovales l'un dans l'autre en dessous, et les trois barres pour y jouer les notes.

- Puisse Clio protéger nos rêves cette année.

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