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 En attendant une interruption sociale

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Tessa Andedräkt
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MessageSujet: En attendant une interruption sociale   Lun 10 Fév 2014 - 22:38

Tessa revenait au château d’un pas fatigué mais satisfait. Elle ne s’était autorisé aucune pause depuis son arrivée et avait à peine posé ses affaires dans sa nouvelle chambre qu’elle vagabondait déjà en ville à la recherche d’un travail. La journée lui avait servi à la fois à découvrir la petite ville mais aussi à chercher quel commerce proposait des postes vacants. Elle décida, finalement, que ce serait le pub irlandais local qui aurait l’honneur et la joie d’obtenir ses services de barman. C’était le potentiel musical de l’endroit qui l’avait propulsé dans le top 1 des endroits dans lesquels exercer une activité rémunérée. Après tout, elle se débrouillait en compositions, musicales ou alcoolisées, et avec un peu de chance pourrait même découvrir des sons intéressants. Que demandait le peuple ?
A l’instant, il demandait du repos essentiellement. Tessa détestait déménager. C’était une horreur. Compliqué à souhait. Il fallait décider de ce qu’il fallait garder, comment transporter ce qui allait l’accompagner, de qui se faire aider… Bref, une expérience qu’elle tâcherait de repousser le plus possible pour la prochaine fois.
 
Elle traversa le hall d’entrée pour se rendre directement au 2e étage et profiter un peu de ses nouveaux locaux. Sa chambre n’était pas bien grande mais elle n’avait jamais eu besoin de beaucoup d’espace. Elle s’installa sur lit, dos appuyé sur le mur derrière elle et jambes étendues sur les couvertures, et prit son ordinateur portable qu’elle alluma sur ses genoux. Comme à son habitude, l’appareil prenait son temps. Il aimait bien ça, prendre son temps, demander des mots de passe, décider que la connexion était inaccessible… En attendant l’annonce de la mise à jour de sa base de signature de virus, Tessa prit l’appareil sous son bras, en estimant qu’elle était trop fatiguée pour sortir à nouveau mais pas assez pour s’enfermer dans sa chambre en attendant d’aller se coucher. Le soleil lui-même était encore bien réveillé.
 
Elle descendit les escaliers et entra dans la salle commune qu’elle avait repérée à son arrivée. Remarquant les places libres au centre de la pièce, elle s’installa dans un fauteuil moelleux et reproduisit la posture qu’elle avait sur son lit quelques minutes auparavant en plaçant ses pieds sur la table basse devant elle. Elle brancha son casque et entreprit de retoucher une nouvelle fois un petit morceau. Celui-ci lui donnait du fil à retordre. Elle avait essayé de donner un effet à un sample de violon en y ajoutant le son d’un joueur de scie musicale qu’elle avait enregistré il y avait quelque semaines mais soit le violon était trop audible soit la scie gâchait le morceau entier. Cela faisait plusieurs jours qu’elle essayait de rééquilibrer les sons pour que la mélodie soit mise en valeur et dès qu’elle était un tant soit peu satisfaite, l’heure qui suivait lui rappelait de nouveaux défauts et elle recommençait.

- Skit…

Et voilà, c’était la basse qui était en léger décalage cette fois-ci. Tessa ne savait même pas si c’était dû à toutes ses manipulations précédentes ou si elle avait été tellement préoccupée par sa scie qu’elle avait laissé la basse dériver dès le début. Soupirant un peu, elle se redressa et se concentra pour rectifier ce qu’il y avait à rectifier.

HRP:
 
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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Mar 11 Fév 2014 - 13:06

C'était à la fois très étrange et tout à fait normal d'être ici, mais la dualité, que ce soit dans les émotions ou dans sa vie quotidienne n'avait jamais effrayé Jeanne. Étrange, parce que c'était bien la première fois qu'elle se trouvait dans un environnement aussi loin de ses parents. Elle avait été loin, déjà, c'est vrai, avait voyagé un peu, mais toujours sous leur emprise constante, et avec un sacré poids sur les épaules à porter, parce que même s'ils n'étaient pas là, elle s'était déplacée avec ceux avec qui ses parents entretenaient de très bons rapports, et elle devait évidemment jouer la comédie comme si elle était avec son père et sa mère la plupart du temps. Ici, il n'y avait personne, enfin, ça dépendait des fois, et même un si petit nombre de kilomètres la séparant de sa famille lui faisait pousser des ailes : ils ne l'apprendraient pas, personne ne savait où ils vivaient, après tout, on ne pouvait pas leur rendre visite. Son grand problème restait tout de même Appoline Tresadenn, mais elle avait la bonté de ne presque jamais se mêler aux autres, alors c'était presque parfait... Et normal, parce que tous ces gens, ils étaient comme elles, au Talent près, et elle avait eu tellement l'habitude de les cotoyer plus petite, que ce milieu n'avait plus aucun secret pour elle.

Elle n'avait pas fait grand chose, aujourd'hui, si ce n'est de profiter de sa liberté tout juste retrouvée comme elle le faisait depuis qu'elle était arrivée  : Vagabonder ici et là, flâner dans divers magasins, essayer de découvrir davantage le château – ce qui lui donnait pas mal de fil à retordre, il fallait l'avouer. Jeanne et le sens de l'orientation, ça faisait trente-six.

Elle entendit ses pas résonner dans le couloir du château, et s'amusa vaguement à faire davantage de bruit pour que l'écho soit plus fort, mais l'idée l'ennuya assez vite, alors elle repris sa marche en silence, en soufflant doucement. L'endroit était vide de monde, et elle préférait largement le vacarme à l'accalmie qui le suivait, la plupart du temps, mais ici, il n'y avait rien eu qui précédait le silence, le château venait d'ouvrir, et les nombreux élèves à être déjà arrivés étaient sans doute soit dans leur chambre, soit dehors à profiter du soleil qui pointait rarement le bout de son nez. Elle regretta un instant de ne pas être restée à l'extérieur, parce qu'on s'y amusait davantage, mais à bien y réfléchir, elle n'en avait pas vraiment envie alors...

Elle monta les escaliers pour joindre le premier étage, dans l'intention d'atteindre ensuite le deuxième, mais... Rester seule dans sa chambre, vraiment ? Là, maintenant ? Pas envie non plus, et l'idée d'aller dans l'atelier ne la tentait pas plus que ça, alors elle décida de joindre la salle commune, peut-être finirait-elle pas trouver quelqu'un dedans ? C'est toujours plus intéressant que de rester seule. Elle s'avança donc vers la porte qui l'amènerait peut-être à une certaine vie sociale qui lui manquait tant à cet instant précis, et l'ouvrit doucement. Bonheur, il y avait  une fille de son âge déjà présente.

- Bonsoir , dit-elle dans un sourire.

Elle était visiblement en train de travailler, mais Jeanne ne se demanda pas si elle la dérangeait.

- Tu t'ennuies pas trop, ici ? C'est assez vide, non ?

Quoi de mieux que de commencer avec des banalités ? La jeune femme en face d'elle ne pourrait pas la contredire, l'endroit était vraiment désert. Elle estompa la distance qu'il y avait entre elles deux rapidement.

- Je m'appelle Jeanne, et toi ?
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Tessa Andedräkt
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Jeu 13 Fév 2014 - 19:41

Les quelques voix étaient devenues un peu fortes et il fallait faire attention à la saturation du morceau. Tessa était agacée que la basse samplée soit finalement si faible, encore plus maintenant qu’elle était en rythme. C’était toujours quand un instrument était dans l’erreur qu’on le remarquait le plus, une fois rentré dans les rangs, il était soudainement trop inaudible. Et pourtant il ne fallait pas qu’il soit plus fort sinon l’équilibre fragile de l’ensemble était ruiné ! C’était un challenge à la fois fascinant et frustrant que celui de composer. Et pourtant, elle travaillait là à la dernière partie du processus : le mastering. Et c’était cette partie-là qui durait et durait encore depuis plusieurs jours à s’en arracher les cheveux.

Elle faisait une nouvelle vérification, le casque toujours sur ses oreilles. Le volume qui en sortait était particulièrement élevé, de telle sorte qu’elle ne pouvait entendre si la porte de la salle s’ouvrait pour laisser passer d’autres résidents du château. Toujours concentrée sur son ordinateur, Tessa prit un temps pour étirer sa nuque fatiguée et aperçut deux pieds qui n’étaient pas les siens par-dessus son écran. Cette vision la fit brusquement sursauter et son casque se décala un peu sur ses oreilles. Elle le retira prestement.

- …pelle Jeanne, et toi ?

L’intéressée leva les yeux vers le visage de la jolie blonde qui s’était installée en face d’elle en redressant son ordinateur qui menaçait de s’écraser au sol. Elle semblait un peu plus jeune qu’elle, encore qu’à partir de vingt ans, cela devenait difficile à affirmer. Ce devait être la première personne qu’elle croisait au château. Une fois remise un peu de l’évènement, Tessa se passa une main dans les cheveux, les ébouriffant un peu. Deux blondes aux yeux bleus, c’était à croire qu’elle était revenue en Suède avec ses parents ! Rien de tel qu’un bon vieux stéréotype pour se remettre d’une surprise. Elle fit un petit sourire à ladite Jeanne.

- Ouh, désolée j’étais un peu… ailleurs. Je suis Tessa. Deux minutes…

D’un clic elle enregistra ce qu’il y avait à enregistrer, referma son outil de travail et l’encastra entre l’accoudoir et elle. Sur ce, elle se redressa et tendit la main à la nouvelle venue pour la lui serrer.

- Enchantée ! Dis-moi, ça ne fait pas vingt minutes que tu attends que je relève la tête, hein ?

Elle se gratta le crâne avec un sourire d’excuse.

- Ca ne serait pas la première fois que ça m’arrive. Bref, tu dois bien être la première personne que je rencontre ici ! Tu es une étudiante ici ?

Entre ce que racontaient les profanes et ce qu’elle savait, Tessa avait du mal à savoir où elle en était. Sa grand-mère lui avait dit que les membres des Familles, dans la mesure du possible, étaient accueillis au Château, et elle l’avait remarquée par elle-même en arrivant, mais il semblait qu’il y avait tout de même une sorte d’école d’art comme cela lui avait été décrit lorsqu’elle avait cherché ses premiers renseignements sur Muzenn.


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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Lun 17 Fév 2014 - 17:24

Elle esquissa un sourire quand la jeune femme en face d'elle enleva son casque. Et dire qu'elle ne l'avait pas vu plus tôt... Il fallait avouer qu'elle n'était pas la plus grande des observatrices, mais ça, quand même, elle aurait pu le remarquer. À trop vouloir ne pas être seule, Jeanne finissait par oublier tout ce qui pouvait l'entourer. Le casque sur les oreilles de la fille en face d'elle en faisait partie, évidemment. Idiote, se dit-elle, elle n'avait pas pu l'entendre, du coup. Ah, visiblement si, plus qu'elle se présenta à son tour. Tessa, ce n'était pas français, elle avait connu beaucoup de jeunes filles, mais Tessa, vraiment, elle n'avait jamais entendu. Ça sonnait doux, ça se laissait souffler, ce n'était pas un prénom qui prônait l'autorité, avec des lettres fortes qui arrachent la gorge quand on les prononce ; Tessa, c'était joli.

Jeanne – elle aurait aimé s'appeler Tessa – hocha la tête lorsqu'elle lui dit d'attendre quelques instants, elle ne se fit pas prier pour le faire, respecta le silence, scrutant minutieusement ses gestes. Jeanne et la technologie, ça faisait mille, et elle ne put s'empêcher d'être un brin époustouflée par la vitesse à laquelle la jeune femme qu'elle venait de rencontrer déplaçait la souris et fermait le clapet avant de le déposer entre elle et le fauteuil. Jeanne, elle, elle n'aimait pas, ça. Les téléphones, elle les cassait tous, il y en avait même un qu'elle avait jeté par dessus le large balcon qui longeait sa chambre, au premier étage de la maison des D'Outreleau. Elle n'avait pas fait attention, elle le lançait dans les airs, et pouf, il était déjà à quinze mètres en dessous d'elle, sur la pelouse du jardin qui n'avait pas amorti le choc pour un sou. Elle répondait rarement au téléphone, se faisait hurler dessus quand elle le faisait, parce que ça faisait déjà dix appels manqués, ne lisait pas les messages, les supprimait directement, parce que se voir en vrai, ça valait bien mieux que quelques phrases sur un écran trop petit et trop lumineux pour ne pas abîmer les yeux. Alors les ordinateurs, elle les voyait un peu comme des téléphones plus grands et plus pratiques, mais trop lourd à porter, alors c'était un non catégorique aussi. Refaisant le même sourire qu'auparavant, elle attrapa la main de Tessa. Ce qu'elle rajouta la fit rire.

- Pareil... Et non, t'en fais pas, quelques secondes seulement, je n'aurais jamais été assez patiente pour attendre vingt minutes !

Elle aurait déjà quitté la pièce pour en rejoindre d'autres où elle aurait pu trouver des personnes plus coopératives pour discuter, si Tessa n'avait pas lever la tête ! … Ou alors, elle lui aurait arraché le casque des oreilles. Soit l'un, soit l'autre.

- Oui, une étudiante ! Je suis arrivée la semaine dernière, c'est drôlement vide, et je m'ennuie un peu.

Elle s'ennuyait tellement qu'elle avait visité tout Muzenn, depuis son arrivée, si bien qu'elle avait peu été en cours, mais il fallait dire qu'avec aussi peu de monde, ce n'était pas bien attractif non plus ! Elle avait commencé par visiter tous les cafés, le pub irlandais, et la crêperie. La crêperie, ça restait quand même son endroit préféré, on pouvait manger cent crêpes tout en étant sûr que personne ne viendrait faire de réflexions, et puis la gérante du restaurant était gentille, douce et avec une culture qui lui semblait illimitée, à elle. À vingt ans, on ne sait rien, encore, pas vrai ?

- Et toi, t'es ici depuis longtemps ?

Parce que si elle ne l'était pas, Jeanne était d'accord pour lui faire visiter plein d'endroits, passer des tas de journées dehors à faire des tas de choses.
S'occuper, c'était un principe qu'elle connaissait depuis très longtemps.

- Tu viens d'où, dis-moi ?

Jeanne, elle ne connaissait pas grand chose à part la Bretagne. Elle avait voyagé un peu, mais jamais assez longtemps pour s'imprégner, et c'était toujours quelque chose de bizarre que de s'imaginer qu'il y avait des gens, autre part, qui ne connaissaient pas la Bretagne quelques jours, semaines, mois auparavant, qui n'y avaient jamais foulé le sol, qui venaient d'horizons totalement différents, qui avait d'autres anecdotes que la pluie, parce qu'à presque chacune des anecdotes que Jeanne pouvait raconter, la pluie s'y mêlait...
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Tessa Andedräkt
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Mer 19 Fév 2014 - 17:34

Il y avait de quoi s’ennuyer en effet. Une semaine dans ce château silencieux ? Tessa espérait que ce n’était que très temporaire. Heureusement qu’elle aurait le bar pour assouvir son besoin de socialisation en attendant. Il y avait tout de même quelques commerces. C’était tant mieux, la suédoise n’avait pas de voiture. Au-delà de ses petites échoppes, le village était un peu reclus et assez protégé. Tessa avait remarqué dans la journée que les profanes étaient au moins aussi présents dans la ville que les Artistes, limitant la fantaisie qui aurait pu y régner. Et le château encore trop vide ne palliait pas à cela.
Après tout elle n’était vraiment installée que depuis quelques heures. Mais si en une semaine le bilan était le même, cela n’augurait rien de bon. Quiconque débarque dans un nouvel endroit espère trouver facilement comment s’y occuper. Heureusement qu’elle n’avait pas eu à attendre autant que Jeanne avant de croiser une personne proche de son âge. Elle ne crachait pas sur un peu de calme non plus. Et l’ennui était une bonne motivation à la création. Elle arriverait peut-être à réaliser son projet dans les jours qui arriveraient.

La salle leur renvoyait les échos de leurs voix ne faisant que leur rappeler leur solitude. Tessa pourrait presque en devenir poète si seulement elle savait imager ses pensées les plus profondes. Son fauteuil rembourré restait tout de même particulièrement confortable et la jeune femme se demandait si elle parviendrait à en sortir un jour. Elle avait vraiment besoin d’un peu de repos et la Chance avait glissé ce siège sous ses fesses, elle les honorerait donc, Chance comme siège, encore un moment. Elle allait devoir mettre une étiquette avec son nom sur celui-là. Sait-on jamais, le château pourrait être bientôt envahi de personnalités talentueuses avides de réceptacles à séants.

- Je suis fraîchement arrivée de Rennes hier. Enfin fraîchement… J’étais aussi fraîche que quelqu’un en plein déménagement peut l’être. Mais mon appartenance nationale au pays des magasins de meubles à monter soi-même me permet de ne pas craindre le temps Breton. Mais c’est sûr, il n’y a vraiment pas grand monde. C’est à se demander si l’endroit est vraiment rentable. Bref, je ne suis pas le propriétaire, je le laisse gérer ses affaires de place.

Elle s’avachit un peu dans le fauteuil, jambe droite pliée en un angle aigu laissant sa cheville se reposer sur son genou gauche.
- Mais, jeune étudiante en fleur, tu parviens à t’ennuyer malgré tes cours follement passionnants et amusants ?
Tessa joua le désespoir, une main portée à son cœur.
- Quelle tragédie ! A vrai dire, ça me fait un peut redouter l’ambiance petit village. J’espère que les résidents du château auront le Talent de me convaincre du contraire.

Après un clin d’œil amusé, elle s’intéressa au domaine qui attisait sa curiosité au sujet de ses futurs collègues et camarades depuis qu’elle avait décidé d’emménager à Muzenn. Tant qu’elle était au château, elle pouvait s’en donner à cœur joie.

- A propos, jolie transition n’est-ce pas ? Je suis curieuse, je n’ai jamais vraiment été en présence d’Artistes auparavant alors communions dans cette salle commune. Laisse-moi deviner… actrice ?

Jeanne avait un côté très Hollywoodien, Tessa l’entendait en un compliment. Après tout, les actrices Hollywoodiennes étaient souvent sacrément belles. Surtout celles qu’on ne supportait pas.


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Maelys Dremm
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Dim 23 Fév 2014 - 18:08

La lumière est vive dans l'Atelier, le soleil traverse les fenêtres, éblouissant, étalant ses rayons sur les croquis, les peintures et les dessins accrochés aux murs. La pièce est encombrée de chevalets, de tabourets, de supports divers et variés sur lesquels reposent des palettes, des pots à crayons et des tubes de peinture. Debout, au milieu de la salle, devant une toile encore vierge et un pinceau entre les doigts, Maelys est concentrée. L'univers de Muzenn est propice à la Création, il est source d'Inspiration. L'Art imprègne les murs, s'infiltre de partout, se cache dans l'air, s'insère dans chaque respiration.

L'Art est omniprésent.

Un soupir. Un unique geste, sûr et adroit, et la peinture s'étale sur la toile. Une respiration. Les mouvements s'enchaînent, il n'y a aucune hésitation, tout est calculé. Le monde extérieur disparaît, il ne reste plus que ce tableau encore inachevé. Tout pourrait s'écrouler, tout pourrait arriver, elle n'a plus que la sensation du pinceau sous ses doigts à l'esprit. Dans sa tête, tout est clair. Chaque trait est pensé à l'avance, chaque nuance longuement réfléchie, tout est fait pour que ce soit parfait.

Tout est fait pour que l'on soit fier d'elle.

Elle ferme les yeux, recule de trois pas, les rouvre. Rien n'est fini, rien n'est jamais fini. Elle pose le pinceau et sa palette, referme les tubes. Dehors, le soleil entame sa course vers l'horizon, la lumière diminue lentement, ce n'est plus l'heure pour peindre. Elle quitte la pièce, laissant son tableau aux regards des Peintres de Muzenn. Des conseils l'attendront sans doute à sa prochaine visite. Elle n'est pas parfaite, le sera-t-elle un jour ?

Jamais, sûrement.

Alors qu'elle se dirige vers sa chambre, des voix l'interpellent. Des gens dans la salle commune, c'est si rare. Elle s'arrête à l'entrée, observe en silence. Deux jeunes femmes discutent, Maelys ne les a jamais vues. Elle hésite. Son assurance a disparu, soudainement. Ce sont des Artistes elle aussi, sans incertitudes. Elles font partie des cinq Familles.

Elles maîtrisent l'Art et le Talent.

L'adolescente s'approche, sourit aimablement. Sincèrement ? Peut-être un peu. Ce ne sont pas des Profanes après tout, elles peuvent comprendre, elles ne nieront pas les Artistes. Elles en sont.

« Bonjour ! C'est rare de voir des gens ici, je n'ai pas pu m'empêcher de m'arrêter. Je m'appelle Maelys Dremm, enchantée ! »

Elle n'a pas besoin de surjouer ici, elle est chez elle.
A Muzenn.

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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Lun 24 Fév 2014 - 20:14

Debout devant Tessa, elle l'écoutait lui raconter d'où elle venait. Finalement, pendant qu'elle continuait de parler, Jeanne trouva sa place sur la table basse. Elle s'assit doucement sur le rebord, tout en délicatesse, les mains posées sur ses genoux, comme la petite fille sage qu'on avait voulu qu'elle devienne. Des fois, il y a des gestes qui venaient tout seuls, comme des réflexes, et elle essayait toujours de les cacher, comme maintenant, alors qu'elle s'en rendait compte, elle se plaça plus confortablement, les mains derrière elle, son dos partant légèrement en arrière. C'était plus agréable, c'était comme enlever le mur qui les séparait.

- … Je n'y vais presque jamais. Je trouve ça nul, quand il n'y a personne dans la pièce, alors... Voilà ! Elle éclata de rire en voyant Tessa porter sa main sur son cœur, en grande comédienne, je suis sûre qu'un rien t'empêchera de partir, dans quelques temps !

Il ne fallait pas désespérer, après tout, Muzenn venait à peine d'ouvrir, il fallait laisser le temps au temps, non ? Bientôt, les couloirs fourmilleraient de gens avec plein d'histoires, que Jeanne pourrait écouter pour passer les heures. Elle élargit son sourire en entendant la question de Tessa. Elle, actrice ? Voilà un joli compliment... Jeanne, actrice. Elle aurait pu, après tout, elle avait la manière et l'art de faire, avec ses deux visages qu'elle montrait, dépendemment des personnes qu'elle croisait. Elle allait lui répondre que non, olala, quelle idée, actrice ! Elle n'était qu'une peintre, et encore, pas une vraie. Peindre sur la peau, ses parents avaient trouvé ça bête, au début, ça partait au fil du temps, ça ne laissait aucune trace, et puis quelle idée de faire des tatouages ? Ses parents, eux, étaient de vrais peintres, dessinaient des portraits et des scènes magnifiques, et elle, tout ce qu'elle avait su trouver, c'était de peindre sur la peau... La déception et l'envie de la faire changer d'avis passées, ils l'avaient laissée faire. Après tout, Jeanne les rendrait fiers d'une autre manière, ils n'avaient aucun doute là-dessus. Seulement, elle n'eut pas le temps de répondre, quelqu'un rentra dans la pièce, et Jeanne la reconnut immédiatement. Maelys Dremm. C'était le petit prodige des Dremm, l'enfant miracle, c'était risible, presque, parce que ce n'était qu'une fillette, un peu plus jeune que sa petite sœur, toute frêle et toute petite. Instinctivement, elle se leva, le dos droit, et lui adressa un large sourire, peignant un masque sur son visage, celui qu'elle abordait lorsqu'elle se trouvait en face de ses parents, parce qu'il fallait toujours faire bonne figure, que c'était comme ça, et qu'elle en avait pris l'habitude, à présent.

- Maelys Dremm... Je suis ravie de pouvoir enfin faire ta rencontre, j'ai souvent vu tes parents aux réceptions d'Apolline Tresadenn.

Elle se demanda un instant ce que pouvait penser Tessa, à présent, parce que le ton était différent, et sa voix plus sérieuse, mais elle eut l'intime conviction qu'elle ne ferait aucune remarque. Tant mieux pour Jeanne.

- Je suis Jeanne D'Outreleau.

Après tout, qui n'avait pas entendu parler de sa famille ? Eux qui prenaient un malin plaisir à montrer leurs enfants, montrer à tous à quel point ils étaient fiers d'eux, et, sans le vouloir, mettaient une pression exagérément forte sur leurs épaules. Jeanne pouvait tenir, ce n'était pas un problème, mais Victoria, sa sœur, n'était qu'une enfant trop naïve pour le supporter, et elle en payerait les frais, un jour.
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Tessa Andedräkt
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Mer 26 Fév 2014 - 22:29

Plus les répliques s’échangeaient, plus Jeanne se mettait à l’aise. A bien y réfléchir, Tessa ne l’avait même pas invitée à prendre place à côté ou en face d’elle, ce n’était pas très poli. Elle le remarqua seulement quand Jeanne s’assit sur la petite table. Après tout, rien dans sa façon d’être ne lui avait montré qu’elle ne pouvait pas s’asseoir donc on ne pouvait trop lui en reprocher non plus. Elles étaient donc toutes deux assises plus ou moins confortablement, à l’aise, prêtes à s’étendre en discussions simples et sans conséquence.

Alors que Jeanne s’apprêtait à annoncer l’Art qu’elle pratiquait, ce à quoi Tessa aurait probablement répondu en lui présentant le sien ("You show me yours, I’ll show you mine") une jeune fille plutôt menue fit son entrée. La petite brune qui avait la carrure et probablement l’âge d’une lycéenne, vint se présenter à elles et la jeune suédoise nota les quelques légères traces de peinture qu’elle avait sur les doigts. Avec elle, au moins, elle n’aurait pas à deviner quel type d’artiste elle était.

C’était tant mieux, par ailleurs, puisque l’attitude de Jeanne soudainement plus solennelle, lui indiquait que l’adolescente était quelqu’un de probablement connu, du moins dans Muzenn. A vrai dire, que ce soit de par le monde ou localement, Tessa ne s’étonnerait pas de son ignorance de sa célébrité. Si elle se laissait atteindre par les autres formes d’art, elle n’allait pas spécialement à leur rencontre et connaissait rarement les noms qui les représentaient.

Jeanne était debout, mondaine donc plus distante que quelques secondes auparavant. La mondanité en tant que telle était toujours un peu une barrière qui se plaçait entre soi et les autres. Le seul but de son exercice étant de présenter la jolie vitrine qui était la nôtre. Quoiqu’il en fut, Tessa leva un sourcil surpris au changement d’atmosphère mais ne se leva pas. Elles étaient trois jeunes filles, pas trois politiciennes. Elle fit un signe de main à Maelys pour l’inviter à s’installer avec elles. Plus on est de fous, plus on rit.

- Oh, vous êtes les VIP du village en fait toutes les deux, c’est ça ? Plaisanta-t-elle. Je me sens honorée. Bref. Moi, c’est Tessa. Tessa Andredräkt. Ça ne s’écrit pas comme ça se prononce.
Elle ajouta avec un clin d’œil,
- Mais je ne demande à personne de le retenir. Et je n’ai vu aucun parent à aucune réception.

Elle espérait un peu que le naturel reprendrait le dessus. Au pire, elle continuerait à l’être dans son coin. Elle n’avait rien à prouver à personne.
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Maelys Dremm
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Ven 28 Fév 2014 - 13:28

Sa réputation la suit, évidemment. Ses parents ont toujours agi pour que son visage soit reconnu, pour que son nom ne soit jamais celui d'une inconnue. Pour qu'à chaque instant de sa vie, elle soit sur le centre de la scène, pour que le nom de Dremm reste pour toujours dans l'Histoire de l'Art. Alors Maelys n'est pas surprise quand l'une des jeunes femmes se lève, elle accepte cette marque de respect en silence. Elle n'aime pas vraiment cela mais l'habitude est ancrée, elle ne s'effacera jamais. Elle est conditionnée, incapable de se sortir de la spirale de la célébrité, incapable de se défaire des exigences de ses parents.

Elle n'a pas le droit de leur faire honte.

« Le ravissement est réciproque, j'ai entendu parler de toi. »

Le ton est un peu plus solennel, un peu plus distant malgré le tutoiement. Aux premiers abords, elle n'avait pas fait attention à qui se tenait face à elle. Mais comme les Dremm, la famille de Jeanne n'hésite pas à exhiber ses enfants et leur Talent. Sans aucune pitié. Dans le seul but de montrer au monde entier leur Art. Leur puissance. D'Outreleau est un nom qui résonne également, un nom que l'on n'oublie pas.

Les Tresadenn ne s'effacent pas de la mémoire si facilement.

La jeune peintre laisse échapper un petit rire en s'installant confortablement dans l'un des fauteuils, les jambes au dessus d'un accoudoir. Ce n'est pas vraiment la tenue à avoir mais elle n'est pas à une réception importante, elle peut se permettre quelques écarts de comportement. Personne n'est là pour la réprimander. Elle sourit, amusée.

« Si j'étais vraiment une VIP, tu saurais qui je suis ! » Elle n'est vraiment célèbre qu'auprès des amateurs de Peinture, sans doute Tessa n'en est-elle pas une. Après un instant d'hésitation, elle ajoute à l'adresse des deux Artistes : « Le tutoiement vous dérange-t-il, je ne voudrais pas paraître trop familière ? » Puis, dans le but de faire connaissance, elle demande : « Venez-vous de loin ? »

Malgré son ouverture récente, Muzenn est sur presque toutes les bouches des Artistes. Et les rumeurs courent vite.

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Jeanne d'Outreleau
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Mar 18 Mar 2014 - 20:45

Maelys Dremm aussi, avait entendu parler d'elle. Ses parents faisaient d'elle un joli trophée à admirer, et ça aurait pu être flatteur si elle ne se trouvait pas aussi hypocrite. C'était bien, d'être un trophée. On lui demandait simplement de hocher la tête, et d'avoir l'air d'être toujours d'accord, et Jeanne savait le faire à la perfection. Ses parents, en adoration totale devant leurs filles, disaient que c'était tout simplement le nom de famille qui avait tout fait, et leur éducation avait simplement rajouté le reste. Joli façon de dire que tout ça se transmettait par le sang, évidemment. Dans son sang à elle, il n'y avait que des globules rouges, blancs, des plaquettes, du plasma et un peu de Talent, c'était tout. Le nom n'avait rien fait, elle aurait pu s'appeler Dupont ou Masson que ça n'aurait rien changé mais allez expliquer ça à ses parents, vous... Alors, pour ne pas les froisser, elle hochait la tête, évidemment en accord total avec eux parce que pourquoi ne pas l'être ? Et pourquoi les blesser ? Pourquoi être méchante, d'abord ? Ils leur demandaient si peu, finalement.

Elle laissa Maelys et Tessa discuter, esquissa un sourire en entendant Tessa se moquer ouvertement, et elle aurait pu faire de même, mais il y avait Maelys, et il y avait tant à perdre, à ne pas être celle qu'il fallait, et à ne pas se tenir correctement, et à être juste Jeanne, pas la D'Outreleau. En même temps, c'était tellement simple, d'être soit l'une, soit l'autre. Être Jeanne, c'était plaisant, excitant et enivrant et passionnant et tellement stimulant à la fois. Elle pouvait être/faire/dire tout ce qu'elle voulait parce que rien n'avait vraiment d'importance quand on était simplement Jeanne. Et puis... Et puis, il y avait la Jeanne D'Outreleau. L'impérieuse, à côté de son père qui se tenait droit toujours et qui ne défronçait jamais les sourcils. La superbe D'Outreleau, l'aînée des filles D'Outreleau, la première enfant si réussie qui n'avait rien fait d'autre que de faire savoir au monde que la deuxième le serait tout autant. À force d'être Jeanne D'Outreleau, elle avait oublié la dureté des Talents qui la regardaient de haut en bas, attendant un faux pas de sa part, de sa petite sœur, elle avait oublié à quel point c'était lourd, le poids des responsabilités sur ses épaules, parce qu'elle avait juste appris à équilibrer le tout pour ne pas avoir trop mal au cou. C'était tranquillisant, de n'être que Jeanne D'Outreleau, parce qu'elle récitait des mots qui formaient des phrases et c'était un rôle qu'elle jouait bien parce qu'elle s'en était accoutumée, et que c'était devenu un tel réflexe qu'elle ne s'en rendait même plus compte, quand elle devenait simplement la D'Outreleau. Anesthésiant, d'être Jeanne D'Outreleau. Ça coupe du monde, ça ne ressent rien, une Jeanne D'Outreleau, c'est juste... Là.

Elle cligna des yeux, rattrapant au vol le fil de la conversation, comme si elle avait toujours été là, alors que sa voix, rêveuse et un peu vague, en disait davantage que ce qu'elle prononçait actuellement :

«  Moi, je viens d'ici. »

Elle, elle savait bien d'où elle venait, Maelys Dremm, inutile de le demander, parce que dans les Talents, tout le monde se connaissait et tout le monde savait tout, et si on ne les connaissait pas ou si on ne savait pas, Apolline Tresadenn se chargerait bien de faire les présentations, quoi qu'il en soit, et le mystère ne resterait pas entier longtemps. C'était rassurant, voilà, on y revenait, d'être Jeanne D'Outreleau et de connaître tout le monde. Pas de travail à faire, rien. Mais elle avait l'impression de tellement perdre à n'être que ça... Pour autant, elle remerciait tout de même ses parents. Plongée dans un environnement tel que celui-ci l'avait sans doute faite mûrir plus vite que les autres, l'avait faite se rendre compte de l'importance du reste sur les Talents, aussi, mais aussi et surtout, ce monde l'avait faite oublier et penser à autre chose quand il ne fallait absolument pas se laisser tomber, et se casser en mille morceaux.
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Tessa Andedräkt
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Lun 31 Mar 2014 - 17:22

La jeune Maelys se mit à l’aise avec une facilité déconcertante, surtout après avoir entendu sa façon de parler. Un demi-sourire aux lèvres, Tessa contempla ses deux partenaires de discussion tout droit issues du même milieu. Elle éclata de rire à la réponse que Maelys lui donna concernant les célébrités et déclinant qu’elle en fit réellement partie. Elle n’était pourtant pas vraiment dupe. La jeunette semblait connue, cela devait être dû à sa peinture. Si Tessa appréciait les jolies choses autant que son voisin, elle n’y connaissait rien en peinture.

- Honnêtement, je le prendrais plutôt mal si tu te mettais à nous vouvoyer.

Elle ajouta, en plaisantant :

- Mon âge me rattrape déjà et j’aime quand les autres l’ignorent.

Les yeux encore dans le vague, Jeanne répondit à la question de la plus jeune et Tessa haussa un sourcil amusé.

- Et bien, on dirait qu’on a failli te perdre ! Ferais-tu partie de ceux qui viennent d’ici mais vivent ailleurs ? Je plaisante, je plaisante. Après tout, serions-nous vraiment artistes si nous ne connaissions pas la rêverie ?

La plus âgée des deux blondes se tourna vers Maelys pour répondre à son tour.

- J’étais à Rennes jusqu’à hier après-midi avant de débarquer ici. Encore avant, ça j’étais à Nantes et encore avant, en Suède. J’y retourne régulièrement d’ailleurs, toute ma famille y est.

Elle frappa ses paumes sur les accoudoirs du fauteuil comme l’heureux propriétaire d’un manoir exprimant la fierté qu’il ressentait pour sa nouvelle acquisition.

- Mais ça m’a l’air très bien ici. Confortable, chaud et accueillant bien qu’un peu vide. Je n’ai pas encore eu le temps de me promener dans le château pour voir les salles spécialisées ou dans le village, en dehors de la rue marchande.

Elle fit une petite pause pour déglutir après sa concise présentation.

- Et toi, Maelys, tu es d’ici aussi ? Et, sans indiscrétion bien que la simple mention de cette expression veut dire que je suis indiscrète, tu as quel âge ? Je pensais rencontrer essentiellement des étudiants ici, mais apparemment Muzenn est plein de surprises.
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Lun 14 Avr 2014 - 19:05

Elle se doit d'être bien éduquée, de bien sourire, de bien parler, de bien se tenir. Toujours. Mais ce n'est pas ce qu'elle souhaite, ce n'est pas ce qu'elle désire. Loin de ses parents, Maelys est libre. Ou presque. Car même loin de la maison familiale, même loin du regard scrutateur de Mère, il reste toujours ceux qui la connaissent, ceux qui peuvent rapporter son comportement « décadent ». Elle se moque bien des rumeurs qui courent sur elle, des ragots remplis de jalousie, des murmures perfides et envieux - mais que diront les Dremm ?

Sa liberté ne sera jamais totale.

Et Jeanne, Jeanne est là aussi. Mais elle aussi semble connaître le poids des attentes qui pèsent sur leurs épaules, elle aussi semble savoir ce qu'est la fierté des Tresadenn. Alors Jeanne ne dira rien, parce que sûrement comme Maelys, Jeanne a appris à se taire.

« Les rêves sont des ballons, ils s'envolent toujours et c'est le ciel qui les ramasse. »

Elle sourit, énigmatique. Il faut rêver pour être un Artiste, Tessa a raison. Il faut de l'Imagination pour Créer. Et les rêves sont les fruits de l'Imagination inconsciente, l'Imagination du sommeil. La plus belle des inspirations.

« Oh, tu voyages beaucoup ! La Suède, ça doit être joli. Quoiqu'un peu froid ... »

L'adolescente n'aime pas le froid. Il engourdit les doigts, il endort l'esprit, il réfrène le Talent. Il l'emprisonne dans sa gangue meurtrière, il tue la Création. Le froid est toujours insidieux, il gèle la peinture, refroidit les esprits. Le froid est assassin. Un léger frisson la parcourt - le soleil est bien plus rassurant.

« C'est vrai que c'est un peu vide, mais de nouveaux Artistes vont arriver ! J'espère ... » Elle sourit. « Je n'ai visité que l'Atelier pour le moment mais ça vaut le coup d’œil. » Elle montre ses doigts tâchés de peinture, les yeux brillants. « Enfin, je pense que tu l'avais deviné ! » Puis elle répond enfin à la question : « Je ne viens pas de loin, ma maison est à Lanester. Et tu n'es pas indiscrète, ne t'inquiète pas ! J'ai eu quinze ans il y a peu. » Elle s'arrête quelques secondes. « Puisque nous en sommes aux questions ... Pourquoi être venues ici ? Muzenn n'est pas encore très connu, il y a peu d'Artistes comme Tessa l'a justement souligné tout à l'heure, ce n'est pas un peu ennuyeux pour vous ? Enfin, je ne veux pas paraître médisante ! »

Elle, elle n'avait pas eu le choix.

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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Mer 14 Mai 2014 - 17:08

- Muzenn est connu des plus grandes familles, Maelys.

Cela ne voulait-il pas tout dire ?
Appoline Tresadenn avait elle-même annoncé la nouvelle aux parents de Jeanne. Ils avaient été réticents, au début. Pourquoi ne pas attendre un peu, simplement pour voir ce que ça pourrait donner ? Mais Jeanne avait pris les devants, elle s'imaginait déjà partir. L'air toxique envahissait ses poumons à chaque respiration qu'elle prenait, depuis qu'il était parti, et véritablement, elle peinait souvent à respirer, ne se doutant pas que c'était simplement ce qui indiquait qu'elle s'apprêtait à fondre en larmes, parce qu'elle n'avait jamais connu cette sensation auparavant, et elle avait simplement préféré croire que c'était sa maison qui lui donnait cette impression plutôt que de voir que c'était lui qui lui avait fait ça. Alors, le jour même de l'ouverture du château, elle était arrivée avec ses bagages, transpirant l'espoir et l'envie de recommencer quelque chose à zéro. Ses parents n'avaient finalement pas été si surpris que ça, même s'ils ignoraient les véritables raisons qui poussaient le départ de leur fille, mais comment auraient-ils pu savoir si même Jeanne se méprenait sur ses sens ? Ils connaissaient leur fille, Jeanne n'arrivait pas à rester en place, et même si elle était devenue, au fil du temps, une véritable aristocrate - ils le voyaient dans son allure, son attitude et sa voix douce mais ferme, elle n'arrivait pas à ne rien faire. Il fallait qu'elle soit sans arrêt en mouvement et vraisemblablement, ces temps-ci devait en être de ces moments là. Il fallait qu'elle vaque à ses occupations, et puis, elle avait grandi, pouvait voler de ses propres ailes.

Alors que les portes du château se refermaient sur elle - Jeanne avait tenu à découvrir sa chambre et à ranger toutes ses affaires seule -, sa mère ne parvint pas à retenir un sanglot. Peut-être avait-elle vingt ans, peut-être était-elle plus grande que les autres filles de son âge, peut-être qu'Appoline ne cessait de lui répéter qu'elle devait la laisser partir, maintenant, qu'il était temps, mais elle n'arrivait pas à se défaire de l'idée que Jeanne se ferait manger toute crue, toute seule. Elle avait vécu dans un cocon ! Dans une bulle ! Elle n'avait connu qu'eux ! Avait toujours été si sage ! Et la voilà dans la cage aux lions. Son mari lui tapotait doucement l'épaule. C'est son choix, qu'il lui dit avant de la forcer à faire demi tour pour retrouver la cadette de la famille D'Outreleau, et heureusement qu'il restait Victoria, comment aurait-elle supporter de perdre ses deux filles d'un seul coup ?

Elle passa sa main dans ses cheveux, remettant une ou deux mèches bouclées derrière son oreille, se maudissant de ne pas s'être coiffée ce matin. Et si Maelys allait parler à ses parents ? Et si ses parents allaient le répéter à Appoline, et si Appoline allait partir faire un rapport détaillé à ses parents à elle? Ils la voudraient à la maison le soir-même, et ne la laisserait plus retourner au château, et elle ne pouvait pas se risquer à ça. Alors, dans un espoir vain, peut-être, elle éluda la question de la jeune fille pour en poser une toute autre :

- Parles-tu souvent à tes parents, Maelys ?

Noyer le poisson, vite !

- Je voudrais que tu les salues, de la part des miens. Tu serais très aimable.

Elle n'irait pas jusqu'à rajouter un détail sur ses cheveux, n'est-ce pas ? Jeanne croisa le regard de Tessa, lui adressant un léger sourire qui ne montrait pas les dents, parce qu'elle en était incapable, en cet instant, elle était pleine d'angoisse, et si jamais elle ouvrait la bouche de nouveau, peut-être que son cœur en profiterait pour sortir et s'éclater contre le sol, à force de battre si fort.



(Je suis vraiment vraiment vraiment désolée d'avoir mis aussi longtemps à répondre...)
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Tessa Andedräkt
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Mer 21 Mai 2014 - 16:35

Tessa eut un sourire à la remarque de Maelys sur le froid. Ah, ça ! Elle l’entendait au moins autant que les Bretons entendaient parler de la pluie ! La jeune fille continua à répondre à ses questions avec sa douce voix un peu timide.

- Ah, quinze ans ! L’âge de… de… la rentrée au lycée…

Elle aussi n’était arrivée que récemment au Château. En même temps, le Château n’avait ouvert que récemment… Maelys souligna le vide du Château et Jeanne répondit que Muzenn était connu des plus grandes familles.

Tessa haussa un sourcil. Certes oui mais cela ne répondait pas à l’interrogation de Maelys. Tessa ne connaissait pas les plus Grande Famille. Elle connaissait l’histoire en gros, à force d’en entendre parler par sa grand-mère, dans les réunions familiales… On en parlait comme on conte les mythes gréco-romains. On ne savait plus où s’arrêtait l’histoire et où commençait la légende. Pour elle, Muzenn était avant tout un lieu où les Talents s’exprimaient extrêmement librement. C’était LE lieu de l’Accord par excellence. Celui où elle pourrait expérimenter, jouer, tester. Muzenn était le lieu de toutes les possibilités parce que c’était le berceau des Talents et que là, et nulle part ailleurs, le Talent pouvait atteindre son potentiel maximum. Les familles, ça ne lui disait rien.

Cette conversation devenait étrange et… pesante. Pour les deux autres filles en tout cas. On sentait dans leur voix une lourdeur de principes, d’habitudes douloureuses et étouffantes… Comme dans les vieux livres qui traitaient de la noblesse et Tessa s’ennuyait. C’était lourd. C’était inconfortable. Et elle était fatiguée du déménagement, de la recherche d’emploi, de ce morceau qu’elle ne parvenait pas à finir.

Jeanne mentionna les parents de Maelys, la priant de les saluer de sa part avant de lancer un sourire crispé à Tessa. Elle lui répondit par un sourire qui se voulait détendu et détendant. Elle ne se sentait absolument pas à sa place et avait l'impression de gêner plus qu'autre chose. Pis encore, elle ne se voyait pas changer brusquement de sujet et surtout ne voyait pas comment y parvenir finement. Elle laissa un blanc s'installer pendant de longues secondes puis finit par ramener son ordinateur sur ses genoux.

- Bon, bah... je vais peut-être y aller. Je n'arrive même plus à suivre le fil de la conversation. Elle rit. Je crois que le déménagement m’atteint d’un coup. Je vais finir deux-trois trucs là-haut et dormir !

Elle leur fit un clin d’œil en se levant.

- Faîtes pas de bêtises une fois que je suis partie ! A très bientôt, j'espère !

En quittant la salle, Tessa se prit à regretter le début de la conversation avec Jeanne. C'était étrange à quel point elle avait changé à l'arrivée de Maelys. Elle ne voulait pas vraiment fouiller là-dedans et était de toute façon réellement trop fatiguée pour le faire.

HRP:
 
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MessageSujet: Re: En attendant une interruption sociale   Mar 3 Juin 2014 - 14:24

Elles s'observent, elles se jugent, tout est codé, décortiqué, analysé. Par habitude, par précaution, pour ne pas perdre la face, pour ne pas faire honte aux parents, à la famille mais surtout, à la Famille. Avec un grand F, pour souligner l'importance et la place que prend le nom « Tresadenn » dans leurs vies respectives. Au début, c'était difficile, de toujours faire attention à chacune des paroles prononcées mais maintenant, les usages s'ancrent facilement. Et ne disparaissent pas aussi rapidement.

« Mes parents ? Non, pas si souvent. Mère préfère me laisser peindre tranquillement, même si je lui envoie des nouvelles de temps en temps. » Avec un sourire, elle ajoute. « Je les saluerais de ta part, bien sûr. Pourras-tu faire de même pour les tiens ? »

Puis le silence, encore. Lourd de sens, presque gênant pour celui qui n'a pas l'habitude. Tessa semble d'ailleurs mal-à-l'aise et bientôt, elle annonce son départ. C'est dommage. Maelys lui offre un sourire aimable, un hochement de tête.

« Repose-toi bien, à bientôt ! » Puis a l'intention de Jeanne, elle continue : « Huum ... Je crois que je vais te laisser aussi. J'ai été ravie de pouvoir discuter avec toi, à la prochaine ! »

Elle se lève, presque sautillante, et après un dernier salut à la peintre, s'éclipse.

Spoiler:
 

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