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 Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.

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Maelys Dremm
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MessageSujet: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Lun 12 Jan 2015 - 23:13

Peindre, peindre, toujours.

Sans jamais s'arrêter. Pour ne pas la perdre, cette étincelle d'Inspiration. Cette flamme de Création. Pour ne pas qu'elle s'éteigne. Et chaque coup de pinceau, chaque traînée de peinture sur la toile, chaque couleur s'épanouissant sur le blanc brut et primitif, la ravive un peu plus à chaque fois.

Peindre, peindre, toujours.

Elle s'enferme dans son monde, Maëlys, dans son monde bariolé. Elle oublie le reste, elle s'immerge dans ses tableaux et c'est peut-être pour cela qu'elle peut y enfermer les autres, parce qu'elle sait s'y noyer entièrement. Dans une osmose absolue. Une synergie parfaite.

Peindre, peindre, toujours.

Elle est le tableau qui se crée sous ses yeux. Elle est la gouache qu'elle applique de ses propres mains. Elle est le pinceau qui bouge avec agilité, comme doué d'une conscience propre. Elle est sensations, Maëlys, elle est émotions. Elle est Talent.

Peindre, peindre, toujours.

Elle est euphorie, plaisir et allégresse. Elle est lassitude, faiblesse et tristesse. Tiraillée entre l'envie de se perdre dans la toile et le désir de la rejeter du plus profond de son être. Déchirée entre sa soif de peinture et cette révulsion étrange qui lui fait voir les chevalets comme des outils de torture.

Peindre, peindre, toujours.

Elle a trop usé de ses brosses, Maëlys, de ses pastels et de ses aquarelles. Et pourtant, pourtant, elle continue. Parce qu'il y a ce petit quelque chose, au fond d'elle, ce truc d'élite qui fait qu'elle est si froide envers le monde extérieur et que s'il y a bien un endroit où elle peut se réfugier, c'est dans ses tableaux. Et s'il y a bien quelque chose qu'elle souhaite, c'est le regard admiratif de son frère sur ses oeuvres.

Peindre, peindre, toujours.

Malgré l'épuisement face à la demande incessante des parents. Malgré l'abattement face à leurs sollicitations.

Peindre, peindre, toujours.

Ne jamais s'arrêter.

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Rosemary G.
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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Mar 13 Jan 2015 - 12:45

Rosemary s'était figée dans l’entrebâillement de la porte, et observait. La peintre, complètement plongée dans son activité, ne remarqua même pas sa présence. Ennuyée, Rosemary entra, déplaçant une chaise au passage, les pieds du meuble raclant bruyamment sur le sol. Toujours aucune réaction, à part le pinceau qui continuait à bouger frénétiquement. Rosemary tira la chaise qu'elle venait pourtant de repousser, et s'installa dessus, jambes croisées. Comme si elle était au cinéma, elle fixait la toile et le dos de la jeune fille, observant le tableau se modifier petit à petit, à une vitesse qui pour elle s'apparentait à celle d'une grosse limace.

Bon sang que c'était ennuyeux à regarder. Il ne se passait rien. Et Rosemary aimait l'action. Se relevant et se rapprochant, la blonde avait bien l'intention de faire sortir l'artiste de sa transe.

- Tu aimes peindre, on dirait ?

Elle avait parlé fort ; fort et pas loin, bruit soudain aux oreilles de celle qui se croyait seule, et Rosemary laissa échapper un sourire satisfait en constatant la surprise qu'elle causait.

- Tu dois trouver ça beau, ce que tu fais, pour t'y dédier avec autant… d'ardeur. Complètement dans la lune, détachée de la réalité…

Rosemary fixa le tableau. Bon sang ce qu'elle détestait viscéralement l'idée qu'on puisse dédier autant d'attention à un simple morceau de toile et quelques pigments. C'était quoi, des morceaux de minéral ou de végétal mélangés à une matière gluante ? Est-ce que ça en valait la peine, sincèrement ? Construire, construire, construire, créer, créer, créer ! Elle rejeta une mèche de ses cheveux derrière ses épaules, l'énervement facile à percevoir dans ses gestes brusques. Puis elle tourna les yeux vers le visage de la peintre, la regardant en face pour la première fois, et lui sourit mielleusement. En même temps, elle sortit un couteau-suisse de sa poche. Le tenant d'une main, elle s'amusait, avec l'autre, à sortir la lame, la ranger, la sortir, la ranger… La sortir.

- Moi, je ne l'aime pas, ton tableau.

Et elle planta le couteau de la toile, avant de l'éventrer de haut en bas.

Avisant un tube de peinture rouge, Rosemary l'attrapa, et le vida sur le reste de la toile, avant de l'étaler avec le côté extérieur de sa main gauche. Voilà. Ça gâchait tout. Irrécupérable. Oh, c'était si facile de détruire, c'était si facile de retirer la valeur des choses et de les ramener à leur caractéristique éphémère et débile. Une plaie béante et du sang qui en coule. Rosemary planta ses yeux dans ceux de la propriétaire du tableau, le couteau dans une main, l'autre bariolée de peinture rouge.

- Ça ne sert à rien de garder des choses moches, n'est-ce pas ? Tu en referas un autre.

[ ]
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Maelys Dremm
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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Mar 13 Jan 2015 - 16:25

Elle sursaute. Sortie de son monde avec brutalité. Réveillée d'une transe sacrée. Un état que jamais personne, chez elle, n'avait eu la prétention de briser. Elle lève les yeux vers celle qui a parlé - crié - lentement, et l'observe. Inconnue, comme beaucoup d'autres. Et trop bruyante, comme beaucoup d'autres également. Peste, sûrement. Les mots qui s'écoulent de sa bouche sont des vipères.

Le bruit de la toile qui se déchire résonne dans la pièce. Coup de tonnerre. Et elle a l'impression que son cœur s'arrête, Maëlys, que le temps se fige. Et que son âme a été lacérée en même temps que le tableau. Et quand le rouge s'étale sur ses couleurs, quand le pourpre remplit le blanc, c'est elle qui saigne intérieurement. Comme si le couteau s'était planté en elle. Ses yeux sont fixés sur la toile souffrante. Jamais personne ne lui a fait telle offense.

Son âme crie et elle a envie de crier elle aussi, Maëlys, elle a envie de hurler. Mais aucun son ne parvient à s'échapper de la barrière de ses lèvres. Même les larmes ne veulent pas couler. Elle est trop hébétée. Trop choquée pour réagir. On ne lui a jamais appris ce qu'il faut faire, quand son âme prend un coup. Il n'y a pas de pansements pour ce genre de blessures. Il n'y a pas de remèdes.

Elle a l'impression qu'il fait froid autour d'elle, qu'elle va mourir. Qu'elle est froide, elle aussi. Qu'une partie d'elle a été tuée, sans possibilité de revenir en arrière. Ses yeux bougent lentement, encore, et tout semble tellement ralenti. Ils se posent sur ceux de la fille, de l'intruse. De la méchante. Et ils n'y voient que jubilation d'avoir fait du mal. Et ça aussi, c'est comme un coup de couteau.

Elle aimerait fuir, Maëlys, courir et ne jamais se retourner. Mais ses jambes ne lui obéissent pas, son corps est tétanisé. Pétrifié devant la froideur de ces iris gris. Gris comme le métal, glacials comme lui. Et puis elle cligne des yeux et le temps reprend son cours, d'un coup. Brutale reprise du tictac de l'horloge. Il faut qu'elle se reprenne. Elle ne peut pas se laisser abattre, Maëlys, non. Elle n'a pas le droit.

Ce n'est pas la première fois qu'on la critique, hein, ce n'est pas la première fois qu'elle entend ces mots si durs, si âpres qu'ils doivent en écorcher la langue de ceux qui les prononcent. « C'est laid. » « C'est vide. » « Et ils disent que c'est une prodige ? » Alors pourquoi s'arrêter à ceux là, même accompagnés de la destruction de son tableau ? Hein ? POURQUOI ? Elle est habituée à faire face, Maëlys, habituée à être dure. Parce que c'est ça, le monde de l'exposition et de l'art. Une compétition, rien d'autres, où tous les coups sont permis. Elle sourit, faiblement. Même si elle a envie de crier, au fond d'elle. Même si elle a envie de pleurer. Elle sourit, parce qu'on lui a toujours dit de sourire. Elle se raffermit.

« Navrée qu'il n'ait pas été à ton goût. »

Elle se raffermit parce qu'elle ne lui laissera pas la satisfaction de la regarder s'effondrer devant elle. Parce qu'elle a sa fierté.
Parce qu'elle est Maëlys Dremm.

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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Mer 14 Jan 2015 - 13:56

En vérité, c'était limite si elle ne l'avait pas regardé, ce tableau. Elle ne s'était pas posée la question de si elle l'aimait ou non ; elle n'avait pas essayé de connaître les techniques et la maîtrise de la peintre, ou de chercher à mettre une valeur quelconque sur le résultat ; tout ce qu'elle savait, c'est que la demoiselle, si contrôlée, mettait beaucoup de temps, beaucoup de dévouement, beaucoup de concentration dans ce simple dessin, et que ça l'énervait. Que voulait-elle, créer un chef d’œuvre ? Qu'est-ce qu'elle croyait ? Ce n'était qu'une surface colorée, bon sang. Donner ce genre d'importance aux choses, c'était futile. D'ailleurs, toute attention portée à quoique ce soit avait tendance à l'énerver. Impatiente, elle aimait avoir les choses, brutes, immédiates, vives, puis passer à autre chose. Quand quelque chose ne lui plaisait pas, elle l'abimait ou le faisait disparaître. Le monde autour d'elle devait être à son goût et à son caprice.

- Navrée ?

Rosemary lança un regard méprisant à la brune en la voyant sourire. Le pire, c'est qu'elle ne se remettait pas un instant en question. Qu'elle ne regrettait pas toute cette attention perdue, qu'elle la concentrerait sur une autre toile toute aussi dégoûtante, certainement, dès que Rosemary aurait le dos tourné. Non, c'était décidément stupide. Rosemary ne voulait pas qu'on s'excuse à elle ; elle voulait qu'on ne fasse rien qui puisse mener à son désaccord. L'élève n'avait qu'à pas peindre de base, voilà qui aurait réglé définitivement la question.

- Et bien, fais-en sorte que ça ne recommence plus.

Gênée par l'objet dans sa main, Rosemary rangea son couteau suisse et attrapa les pinceaux posés sur le bord du chevalet, avant d'arracher sans ménagement celui dans les mains de la jeune fille. Elle tenta bien de les briser en deux, mais soupira de dépit en se rendant compte qu'ici, elle n'en avait pas la force. Trop petits bras, chérie, ça ne marche pas comme ça. Pleine d'initiative et de débrouillardise, elle s'empressa de trouver une autre solution. La fenêtre maintenant ouverte, elle y balança les outils infâmes le plus loin possible, et les regarda tomber avec un regard satisfait. Elle s'esclaffa lorsqu'une personne qui se promenait en bas sursauta et leva brusquement la tête vers elle, pour savoir d'où venaient ces bâtons qui tombaient du ciel. Elle recula, comblée.

- Voilà qui règle la question.
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Maelys Dremm
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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Jeu 15 Jan 2015 - 15:28

Ses yeux naviguent entre la toile et la fille, sans arriver à se fixer. C'est trop douloureux de les regarder, l'une et l'autre. La première, parce qu'il y a cette plaie sanguinolente qui ne fait que raviver sa peine, comme si le couteau était encore planté. La seconde, parce qu'elle est méchanceté faite femme, elle est cruauté et malice. Malice du diable. Et parce que dans ses yeux, ses yeux gris, il n'y a pas une once de remords. Pas une lueur de regrets.

Ce doit être facile de vivre comme ça, sans se soucier des autres, de leurs regards. Vivre juste pour soi, seulement pour soi. Vivre en suivant ses désirs, sans se restreindre à ceux d'autrui. Elle n'a jamais pu faire ça, Maelys, elle n'a jamais pu ignorer ses parents et leurs souhaits. Elle n'a jamais osé. Trop lâche pour résister, trop docile pour se rebeller. Trop sage pour se mutiner.

Elle l'admirerait presque, cette fille blonde, pour oser suivre ses pulsions premières. Pour oser imposer ses volontés. Et lorsque ses pinceaux disparaissent à travers la fenêtre ouverte et lorsque l'éclat du soleil sur le bois l'éblouit le temps d'une seconde, à peine, éclat éphémère, elle frissonne. C'est beau comme vision, ces bouts de bois qui s'envolent, épris de liberté. Ça lui donnerait presque une idée de nouveau tableau, ces pinceaux affranchis de la peinture. De leur nature. Elle aimerait bien être libre, Maelys, elle aussi.

« Si je ne peins plus, je ne peux plus m'exercer. Et si je ne m'exerce plus, alors tu ne pourras jamais dire qu'un jour, mes tableaux te plaisent. »

Naïve. Mais c'est dans sa nature, ça aussi. On l'a élevée ainsi, joli petit pantin destiné à peindre toute sa vie jusqu'à satisfaire tout le monde. Jusqu'à atteindre la perfection, si tant est qu'elle le soit, atteignable. Elle n'y peut pas grand chose, Maelys, si tous ces principes lui ont été enfoncés dans la tête à coups de marteau. Si tout ce qu'on lui a appris, c'est que la critique est bienvenue et qu'elle doit la pousser à faire mieux. A toujours s'améliorer.

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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Ven 16 Jan 2015 - 14:20

[« Et lorsque ses pinceaux disparaissent à travers la fenêtre ouverte et lorsque l'éclat du soleil sur le bois l'éblouit le temps d'une seconde, à peine, éclat éphémère, elle frissonne. C'est beau comme vision, ces bouts de bois qui s'envolent, épris de liberté. Ça lui donnerait presque une idée de nouveau tableau, ces pinceaux affranchis de la peinture. » I love you ]

Elle était dans sa tête, Rosemary, complètement, elle faisait peu attention à ce qu'il se passait autour d'elle, c'était comme si tout était objet, objet qu'elle pouvait déplacer à sa guise, et lorsqu'elle se concentrait sur l'un elle en oubliait les autres. Toute aux pinceaux, leur propriétaire avait disparu mentalement, tout son monde imaginaire s'était réorganisé pour l'en oscrire. Mais à présent, sa voix lui rappelait son existence et l'attirait comme du miel, alors elle tourna la tête pour la regarder, surprise de l'entendre.

Surprise, surtout, par le contenu des mots. Elle prit un instant pour vraiment être sûre d'avoir bien compris… puis elle explosa de rire. Les mots tombèrent, spontanés, ciselés d'évidence, violents dans leur certitude.

- Tes tableaux ne me plairont jamais.

Que croyait-elle, cette gamine, pouvoir faire se pavaner ce monde entier à ses pieds ? Elle, elle n'avait pas envie que cette prétentieuse peignent, alors qu'elle ne prétende pas qu'elle dessinerait quelque chose pour lui plaire. Etait-ce seulement crédible ? Depuis quand avait-on spontanément envie de faire quelque chose dans le but unique de faire plaisir à quelqu'un, quelqu'un qu'on ne connaît pas et qui ne nous apprécie même pas, de surcoît ? Les mains sur les hanches, Rosemary fronça les sourcils.

- Mais de toute façon, tu ne me feras pas croire que c'est pour moi que tu peins. Il doit bien y avoir un imbécile à qui tu veux désespérément plaire…

Dégoût dans sa voix, en prononçant ses mots. Bon sang ce qu'elles étaient différentes. Rosemary ne s’avilirait jamais à exercer la moindre activité pour les beaux yeux de qui que ce soit. Elle était libre, libre d'agir à sa guise où qu'elle soit, et puis d'agir ailleurs, tout était de toute façon si éphémère. L'idée que cette fille puisse vivre pour un autre, et se jeter avec tant de dévouement pour atteindre un objectif qu'elle n'atteindrait de toute façon jamais, parce que la barre était posée par quelqu'un d'extérieur qui ne se plierait jamais à ses pinceaux, la remplissait tout simplement de mépris.

- Remarque, lui non plus, ça ne lui plaira jamais. Sinon, ça lui plairait déjà !

Il n'y a que le présent.
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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Mar 20 Jan 2015 - 22:27

Elle se souvient, Maelys, des tableaux faits dans son enfance. Des tableaux qui ne lui plaisaient pas toujours mais que sa mère trouvait « bien ». Ou plutôt, « satisfaisants ». Ce n'était jamais parfait, évidemment. Ce ne le sera jamais, pour Solen Eilenn. Mais ils étaient assez « corrects » pour être exposés et s'il lui plaisait, à elle, alors ils devaient plaire aux autres. Forcément. Et Maelys, pauvre Maelys, elle n'avait jamais son mot à dire. Elle ne l'a toujours pas. Et ne l'aura sûrement jamais.

Et puis elle penche un peu la tête, sur le côté, pensive, les yeux dans le vague. Perdus entre la toile et la blonde à la langue de vipère. Elle écoute, distraite. Mais les mots l'atteignent quand même, presque autant que ses peintures peuvent atteindre les gens. Physiquement. Comme un coup de poing à l'emplacement du cœur. C'est lourd et brusque, ça fait mal. Et elle n'aime pas ça, Maelys, que ça fasse mal.

« Mon frère n'est pas un imbécile. »

Elle réagit, les mots sortent. Trop vite. Sans qu'elle n'ait le temps de les rattraper. Trop tard. C'est comme tendre le bâton pour se faire battre, d'entrer dans la spirale infernale des répliques irréfléchies. Mais entendre son frère se faire traiter d'imbécile, ça lui a fait plus mal que de voir sa toile déchirée sous ses yeux. C'est bien pire. Son frère aimé, son frère aimant. Parce que si elle peint, Maelys, c'est bien pour lui. Ça a toujours été pour lui. Judi. Même s'il l'a abandonnée, même s'il a disparu sans lui dire.

« Je ne sais pas si ça lui plaît. Il ne les a jamais vues. »

Et puis elle sourit, Maelys, elle sourit et elle tourne les yeux vers l'intruse. Vers celle qui a dérangé son calme, pénétré son antre de Création. Elle la fixe droit dans les yeux et elle sourit. Un peu rêveuse.

« Tu n'as jamais dû connaître la satisfaction de faire quelque chose qui plaît à celui que l'on aime. Mais peut-être que c'est parce que tu n'es pas capable d'aimer. »

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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Mer 21 Jan 2015 - 17:33

Ah, c'était donc ça. Un frère idéalisé à mort, qui se moquait de ce qu'elle pouvait bien faire et vivait sa vie sans lui porter le moindre intérêt, et autour de qui pourtant elle tournait tout son art et toute sa vie. A ce que Rosemary imaginait devait être une « pique » de la jeune fille, quelque chose censé la blesser peut-être ?, en tout cas quelque chose dans lequel sa cadette devait tirer de la fierté et un bouclier de défense pour justifier ses actes, elle répondit sans hésiter.

- Non, en effet.

C'était un fait, immuable et accepté d'elle. Aussi loin qu'elle puisse se souvenir, elle n'avait jamais fait quoique ce soit pour quelqu'un, et, d'ailleurs, n'en avait aucune envie. Sans méchanceté, sur le ton de l'évidence, elle ajouta simplement :

- Et toi, tu n'as jamais dû connaître la satisfaction de faire quelque chose qui te plaît.

Rosemary se moquait bien de faire quelque chose pour quelqu'un qu'elle aimait. Elle se satisfaisait amplement de ce qui lui plaisait à elle et jouissait avec bonheur de sa liberté. Peut-être était-elle en effet incapable d'aimer – et alors ? Peut-être que la peintre était incapable de s'aimer tout court. Bon, est-ce que ça allait empêcher le monde de tourner ? Revenant sur les mots précédents, au ton défensif de celle qui lui souriait rêveusement, Rosemary se rattrapa.

- Cela dit, tu as raison, ton frère n'est pas un imbécile, en tout cas pas que je sache.

Non, ce frère, elle le cautionnerait presque – il avait bien raison de ne pas s'intéresser à cette tarée de l'altruisme.

- C'est plutôt toi qui es stupide. Faire quelque chose pour quelqu'un qui ne voit même pas ce qu'on fait pour lui ! Vivre pour un fantôme, pour des sentiments artificiels créés de toute pièce par soi-même, sans personne en face pour les recevoir et les confirmer ! C'est comme faire quelque chose pour la Déesse de la Lumière ou le Dieu du Feu, sérieusement, c'est pas comme si les divinités allaient répondre, te taper sur l'épaule et te dire « c'est bien de parler en mon nom ». Ton frère t'a demandé de peindre, peut-être ? Et quand bien même, si maintenant il n'en a rien à faire… je ne vois pas l'intérêt. C'est comme peindre pour recevoir une tendresse imaginaire.

Non, sincèrement, autant d'efforts pour quelqu'un qui ne les voyait même pas, elle ne comprenait même pas en quoi c'était quelque chose de « bien » et de justifié. La brune était si fière de faire quelque chose pour quelqu'un qu'elle aimait, et en même temps elle semblait aimer dans le vide… Aimer du faux, aimer l'illusion d'un frère qu'elle s'inventait dans sa tête, probablement pour combler les défauts de celui de chair et d'os.

- Tu tires ta fierté d'artiste d'étranges endroits.
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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Ven 27 Fév 2015 - 12:28

Est-ce vraiment de la fierté ? Elle se demande, elle s'interroge. Peut-on vraiment être fier quand on possède le talent de façon innée ? Quand on a l'étincelle qu'il suffit d'entretenir pour être bon ? Elle ne sait pas ce que c'est de devoir créer sans être doué pour le faire. Elle ne sait pas ce que c'est de passer des heures et des heures sur une toile sans parvenir à un résultat convenable. Elle ne sait pas ce que c'est la médiocrité. Elle n'a connu que l'excellence, Maelys, elle n'a connu que la gloire et les éloges.

« Peindre me plaît. »

Et lorsqu'elle prononce ces mots, cela sonne comme une évidence. Bien sûr qu'elle aime peindre. Malgré les doutes et les peurs, c'est toujours dans ses tableaux qu'elle se retrouve le mieux. Malgré les réticences, malgré la répulsion qu'elle peut ressentir envers ses œuvres, elle y revient à chaque fois. Pour se rassurer. Pour être elle-même. Pour se donner un but, un sens. Pour que sa vie ne soit pas une succession de peintures vides et ternes.

« Mon frère sait parfaitement ce que je fais. Il n'a juste pas encore eu le temps de voir tous les tableaux. »

Pendant qu'elle parle, elle s'active. La toile déchirée est mise de côté et une autre, totalement vierge, la remplace sur le chevalet. Comme un nouveau départ pour oublier les blessures passées. Elle ignore royalement l'adolescente blonde qui la toise et la violente de ses mots, de ses avertissements et de ses gestes cruels. Et la palette dans la main, elle se remet à peindre. Avec de nouvelles couleurs, de nouveaux pigments insolents dans leur éclat. Et ce n'est plus avec ses pinceaux qu'elle étale la gouache mais avec ses doigts.

« Tu ne peux pas m'empêcher de peindre, tu sais. Comme je ne peux pas t'empêcher d'être toi. »

Les traits sont rapides et enfantins, grossiers, bien loin de la finesse habituelle qu'elle peut acquérir avec ses brosses en tout genre. Mais les formes deviennent rapidement reconnaissables et c'est bientôt un champ de roses multicolores qui s'offrent à leurs yeux. Des rouges, évidemment, mais aussi des jaunes, des bleues, des vertes, des oranges, des violettes, des scintillantes, des fanées et des odorantes. Des fleurs dessinées comme savent si bien le faire les enfants en maternelle, feutres à la main. Le bleu du ciel est étalé avec le plat de la main et les nuages ne sont que la toile blanche mal recouverte. Un tableau sincère.

« Ils diraient que c'est bâclé. »

Elle rit en imaginant les visages sévères de ses parents et de ses critiques : ils seraient offusqués sûrement, qu'elle ose peindre quelque chose de la sorte. Ils la gronderaient aussi, pour avoir gâché une toile pour cette laideur. Mais ils ne sont pas là, non. Elle est seule, Maelys, seule et libre. Heureuse. Alors elle pose sa main déjà bleuie sur le ciel à peine sec et elle se concentre un peu, en souriant. Elle sent que ça bouge au fond d'elle et puis, le déclic. Sa main disparaît dans la toile et elle se retourne vers la fille.

« Te joindras-tu à moi ? »

Elle ne sait même pas pourquoi elle lui propose, alors que c'est une peste. Mais peut-être qu'elle a envie de lui montrer tout ce que l'on peut faire en créant. Peut-être qu'elle a juste envie de parler avec quelqu'un de sa génération. Elle ne connaît même pas son prénom ...

Elle n'attend pas vraiment de réponse, Maelys, elle s'en fiche un peu. Elle se contente de se laisser tomber dans la toile et elle y entre sans rencontrer de résistance, elle s'y glisse naturellement, comme le ferait un poisson dans l'eau. Et enfin, elle bascule totalement.

Elle chute.

Longtemps, longtemps.

Elle chute.

Sur le sol de roses.

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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   Ven 6 Mar 2015 - 11:32

Rosemary leva les sourcils, surprise.

C'était comme si elle avait une nouvelle personne devant elle.

Tout à l'heure, il y avait une petite fille qui voulait à tout prix plaire à son entourage, et à son frère en particulier ; et maintenant il y avait une jeune adolescente qui se créait sa bulle de couleurs, et en la voyant brisée, en soufflait une autre entre ses doigts. C'est fragile, une bulle de couleurs, c'est comme une bulle de savon. Alors elle la contemple jusqu'à ce qu'elle éclate puis elle reprend quelques pigments et elle recommence. Rosemary se plaça derrière elle, regardant les phalanges s'activer sur la toile.

La fillette riait. La fillette était dans son élément.

Rosemary sourit. D'un sourire extrêmement méchant.

Parce que la fillette avait tort – et que le défi qu'elle venait de lui lancer, elle l'acceptait avec plaisir.

Mais pas tout de suite. Parce que ce qu'il se passait était pour l'instant plus intéressant. La main de la jeune fille disparut dans le tableau.

- Ooh.

Rosemary n'hésita pas un instant ; après tout, elle avait déjà fait ça mille fois, et elle fonça droit dans la toile pourtant trop petite pour elle, et s'écrasa dans les fleurs – à moins que ce ne soient les fleurs qui furent écrasées.

- Depuis quand voyages-tu entre les mondes ? Tu en as visité beaucoup ? Tu peux toujours choisir de partir, comme ça, je veux dire, tu peux peindre dans ce monde-ci pour aller dans un autre ?

Voilà qui était diablement intéressant – Rosemary ne savait pas que l'on pouvait choisir d'aller dans un monde dont on aurait nous-mêmes ouvert le portail… Et celle fille, apparemment, en avait l'habitude. Elle voulait en savoir plus.

Puis, après, elle lui interdirait de peindre.
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MessageSujet: Re: Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.   

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Et sur la toile s'étalent ces couleurs si glaciales.

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